‹ Aux IndesChapitre 52 sur 120 · EX CHASSE · texte numérisé non relu

EX CHASSE

fusils; les fusils une fois apportés et passés à la douane, Dieu sait au prix de quels ennuis, c'était bien le moins de les essayer; et, comme les environs d"Hyderabad ont la réputation d'être la contrée la plus giboyeuse de tout l'Hindoustan, c'est ici que je me suis résolu à endosser la casaque (qui me craque un peu aux coutures) de Gérard, de Bombonel ou... de Tartarin. Avouons-le tout de suite et sans fausse honte, c'est au bon Tarasconnais que je craignais le plus de ressembler; vous verrez de reste que mes craintes n'étaient point tout à fait vaines.

Je ne pouvais tomber, pour voir mes désirs se réaliser, sur un guide plus autorisé que l'aimable capitaine Boardman, très fervent chasseur, tireur remarquable, ayant à son actif maints superbes coups de fusil, parmi lesquels un nombre fort respectable étaient destinés à messieurs les tigres (et sont, par parenthèse, arrivés à leur adresse); le capitaine s'était mis, dès le jour de mon arrivée, à ma disposition, avec une bonne grâce et un entrain dont je demeure à jamais confus et reconnaissant. Il avait expédié à la découverte et aux renseignements un certain nombre de shikaris • ;

1. En hindouslani s/«t/i"rt?' signifie chasse, et shikari chasseur; les shikaris sont des indigènes professionnels de la chasse. Dans la chasse à la grosse bête, à chaque tireur est

180 AUX INDKS.

il s'était procuré auprès des tenanciers les autorisations nécessaires, et, depuis quatre jours, nous attendions les nouvelles, tout en occupant nos instants de loisirs à fabriquer des cartouches et à nous faire faire la leçon sur les habitudes des fauves, sur la manière de les tirer, sur le choix de la partie du corps où il convenait de diriger la ligne de mire, sur les dangers à courir en cas de blessure insuffisante, sur la meilleure façon d'y parer, etc.

Hier soir, enfin, les nouvelles sont arrivées, après quatre jours de recherches; vous trouvez peut-être que, quatre jours, c'est bien long; je vous prie de réfléchir que, même en ce pays, tigres et panthères ne sont pas tout à fait aussi communs que lapins ou faisans dans les tirés d'Achères. Et les nouvelles sont très bonnes : dans la jungle, près d'un village dont j'ai oublié le nom, à 35 milles d'Hyderabad, ont été vus et suivis un couple de tigres, le mule et la femelle, une dizaine de panthères, des sangliers en quantité, deux ou trois ours et des troupeaux entiers d'antilopes et de gazelles. Le plat, comme vous voyez, est alléchant et bien garni; il n'y a plus qu'à se servir.

adjoint un shikari. dont le fusil, toujours très sûr, est destiné à corriger les maladresses et à remédier aux émotions, particulièrement dangereuses.

Page 1