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DEPART

Et donc, ce matin 22 février, dans la fraîcheur de Taube, un fusil sur Fépaule droite, un rifle sur Tépaule gauche, un solide couteau à la ceinture, un revolver en bandoulière, très héroïque et un peu ridicule, votre serviteur part de son pied léger à la conquête du monde. — Les fauves n'ont qu'à bien se tenir I

Comme nous allons passer six grands jours dans la jungle et comme la jungle présente des ressources infiniment limitées, il nous faut emmener avec nous un considérable convoi, tout ce qui sera nécessaire pour nous assurer bon souper et bon gîte partout où nous entraîneront les hasards de notre vie errante. Notre caravane présente un aspect fort pittoresque; là où nous nous proposons d'aller, il y a fort peu de routes, ou même pas de routes du tout; il est donc impossible de songer à utiliser autre chose que les charrettes à bœufs, qui par leur primitive robustesse sont aptes à passer dans les pires terrains.

Xous en avons toute une ribambelle : dans la première sont les munitions et les fusils, comme toujours beaucoup trop de munitions; dans la deuxième les provisions, comme toujours pas assez

(le provisions. Nous sommes farouchement décidés à vivre exclusivement du produit de notre chasse, et, pour être bien sûrs de ne pas voir notre résolution faiblir, nous n'emportons, en fait de vivres, que du thé, du soda, de la glace, — 100 kilos de glace! — et des rations de pain biscuité. O candeur! ô présomption! ô fâcheuse inspiration! comme nous devions vous maudire lorsque, rentrant d'un affût nocturne à la grosse bête, déconfits, bredouilles et grincheux, il nous fallait encore, sous l'impitoyable soleil brûlant, aller chercher notre déjeuner! Jamais, en somme, le repas ne devait manquer, jamais il ne devait même être par trop maigre ; mais au prix de quelles fatigues, de quelles chaleurs, de quels agacements!

Viennent ensuite nos chambres à coucher, qui ne présentent qu'une ressemblance assez lointaine avec celle de Mme Liane de Pougy; chacun de nous a la jouissance d'une longa : dans le fond de la charrette est épandue une couche épaisse de paille, sur la paille, des tapis et des couvertures, comme toiture, un dôme léger de palmes de cocotier tressées, l'avant et l'arrière fermés par des rideaux d'indienne à fleurs. Le lit est aussi dur que la férule de l'oncle Sarcey, l'absence de ressorts se fait brutalement sentir, les cahots sont d'une violence à faire trouver insuffisante la provision.

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