‹ Aux instituteurs et aux institutrices: conseils et directions pratiquesChapitre 57 sur 73 · L INSTITUTEUR DEVANT LES QUESTIONS DE L'ÉPOQUE · texte numérisé non relu

L INSTITUTEUR DEVANT LES QUESTIONS DE L'ÉPOQUE

rhabitation défectueuse, du travail exagéré, et ce sont des causes d'origine sociale qu'il est du devoir des représentants de la nation de combattre. Mais la nialadie a plus souvent pour origine Tintempérance, les excès, l'alcoolisme, et aussi l'ignorance des lois élémentaires de l'hygiène et du monde physique au milieu duquel nous vivons. Or les instituteurs et les institutrices peuvent combattre victorieusement contre ces causes de malheur, par l'enseignement à l'école, par des conférences aux adultes, par des visites aux mères de famille.

L'ignorance est aussi féconde en infortunes : elle stérilise tant de bonnes volontés et tant de forces vives! mais il est bien inutile d'en parler ici, l'instituteur étant, par destination, l'ennemi-né de l'ignorance.

Quant à la misère, elle provient en partie des arrangements sociaux défectueux. Mais quelle part de cette misère ne doit-on pas attribuer à l'ignorance volontaire, à l'intempérance, aux différents vices, à l'imprévoyance qui dépense sans songer au lendemain? Si la somme des misères que la sagesse des individus suffirait à éviter, pouvait être séparée de la misère indépendante de la moralité et du courage individuels, combien la misère dont la responsabilité incombe directement à la société, ne serait-elle pas diminuée?

Aussi le rôle social de nos instituteurs et de nos institutrices est-il bienfaisant, car ils peuvent beaucoup pour combattre par l'exemple, par l'enseignement, par l'insistance auprès des familles, contre les causes facilement évitables de misère !

Il n'est pas jusqu'à la mort dont les institutions de prévoyance, encore si peu répandues, ne puissent atténuer les coups imprévus.

Est-ce à dire que l'instituteur doive être socialiste? Si

l'on entend par ce mot le souci sincère des maux qui s'appesantissent sur les faibles et sur les misérables, soyons ardemment socialistes! Si, être socialiste, c'est aimer son prochain, et se dévouer pour adoucir son sort, l'instituteur est par définition un socialiste.

Mais un fossé nous sépare des socialistes collectivistes : ils pensent qu'en réformant les lois concernant la propriété individuelle, ils réformeront du même coup la nature humaine. Nous ne pouvons, hélas! partager cet optimisme trop manifestement chimérique : nous pensons que < la bête humaine > ne mourra pas d'un décret; nous pensons que le lendemain d'une révolution violente, l'orgueil des hommes recommencera à créer des castes analogues à celles qui, dans nos villes, nous séparent les uns des autres; nous croyons que l'avarice trouvera de nouveau le moyen d'exploiter la faiblesse ; que les ivrognes continueront à s'avilir et à ruiner leur famille; que les paresseux s'éviteront toute peine, et qu'ils chercheront à vivre au détriment des travailleurs; que les violents opprimeront les timides, et que les sensuels satisferont leurs bas instincts par les moyens les moins honorables pour eux et les plus cruels pour leurs victimes.

Voilà pourquoi nous ne sommes pas collectivistes : nous pensons que la réforme sociale doit commencer modérément par le Code, et vigoureusement par la moralisation des masses. Faites les lois les plus humaines : si l'éducation ne fait en même temps des hommes pour les appliquer, et des hommes pour les subir, les lois ne serviront qu'à déplacer le mal, et peutêtre à l'aggraver. Voilà pourquoi,. encore, nous pensons que le problème social le plus urgent à résoudre, c'est '•elui de l'éducation morale.

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Mais l'éducation d'une démocratie n'est pas l'œuvre d'un instant. Pour que les ouvriers de la ville et de la campagne soient affranchis du joug économique qui pèse sur eux, il faut qu'ils soient aussi affranchis du joug de leurs passions, de leurs bas instincts, de leurs vices, de leur paresse. Le jour où nos ouvriers seront instruits, énergiques, maîtres d'eux-mêmes, sobres et vraiment humains, les questions sociales seront toutes résolues puisqu'à ce moment ils seront capables d'une union très forte pour des projets de longue haleine, et qu'ils sont le nombre, et qu'en République, le nombre fait la loi. Mais nous n'en sommes pas là; nous sommes en route vers cet idéal d'une démocratie maîtresse d'elle-même, et notre rôle est de hâter la marche, en hâtant l'émancipation intellectuelle et morale des enfants du peuple.

Cette marche est lente, et voilà encore pourquoi nous sommes des < socialistes > raisonnables et modérés, et pourquoi la violence, la haine des classes, les injures des journaux et des réunions publiques, ne nous paraissent nullement avancer la marche des choses vers le mieux.

Il résulte de ce qui précède que la meilleure façon d'être un bon socialiste, consiste, pour l'instituteur, à faire tout son devoir en classe, et à le faire hors de sa classe en aidant à l'éducation des adultes.

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