L'INSTITUTEUR DEVANT LES QUESTIONS DE L'ÉPOQUE
une violence de sentiments qui ôte aux esprits même rassis, toute lucidité, et même tout souci de la vérité.
Les agitations politiques les plus violentes, tant qu'elles ne mettent pas en question les principes fondamentaux de la République, ne font guère sentir leurs effets en dehors des politiciens et des exaltés. Ces agitations ne sont déchaînées la plupart du temps que par des questions de personnes qui sont assez indifférentes au peuple qui travaille.
Aussi, l'instituteur est-il bien placé pour se pénétrer de la haute leçon politique qui ressort de l'étude des dissensions des divers partis de la Révolution. Les républicains de l'époque se sont successivement envoyés à la guillotine, sans qu'il nous soit bien facile d'établir aujourd'hui pourquoi ils étaient aussi irréductiblement hostiles les uns aux autres. Ils étaient, politiquement parlant, séparés par de simples nuances, et il est très vraisemblable que les oppositions n'étaient aussi violentes que parce qu'elles étaient en quelque sorte incarnées dans des hommes dont les caractères étaient incompatibles.
Si nous examinons sincèrement la situation aujourd'hui, nous verrons de même que les divisions entre républicains n'ont guère de raisons d'être. Nous nous exagérons d'ailleurs singulièrement l'importance de la politique : le travail des citoyens, leur initiative, leur affranchissement vis-à-vis de leurs passions, ont, en définitive, une autre importance sociale que le changement de dix ministères, pourvu que les ministres soient fidèles à l'esprit républicain, c'est-à-dire à l'esprit de liberté.
D'ailleurs, le gouvernement républicain étant un gouvernement d'opinion, la meilleure politique que puisse
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pratiquer l'instituteur, c'est de s'appliquer à améliorer autour de lui les mœurs ; c'est de développer chez ses élèves la décision et l'initiative, la fermeté du jugement et l'esprit de tolérance. Nous avons examiné ailleurs le danger qu'il y a pour un maître à se mêler aux querelles locales : qu'il n'oublie point qu'au village les questions politiques dégénèrent presque toujours en questions de personnes, et qu'il a tout à perdre à descendre dans la mêlée des partis.
Quant aux questions sociales, nous ne pouvons que répéter la parole d'un grand patriote : il n'y a pas de question sociale, il n'y a que des questions sociales. En d'autres termes, c'est se leurrer que d'espérer changer la face des choses par un décret. Il faut prendre les questions les unes après les autres, les étudier mûrement, à cause des répercussions funestes de toute réforme hûtive.
Il est certain qu'il y a beaucoup à faire dans notre société : bien des fortunes sont fondées sur l'exploitation du travail des pauvres; le travail n'est pas toujours récompensé à sa juste valeur, etc.; mais si la société doit prendre de plus en plus la tutelle des faibles contre les forts, et des pauvres contre les riches, il ne faut pas se dissimuler qu'après tout les décrets ne réforment pas la nature humaine, et que c'est en définitive l'association des efforts individuels qui assurera le succès : la paresse, l'imprévoyance, sont, pour une large part^ responsables de la misère qui désole nos yeux.
Le rôle de l'instituteur peut être immense dans la lutte contre les maux sociaux. Les ennemis de l'humanité sont la maladie, l'ignorance, la misère et la mort. La maladie a souvent pour cause la misère physiologique provenant des chagrins, des soucis d'argent, de