‹ Aux instituteurs et aux institutricesChapitre 16 sur 68 · L AUTORITÉ · texte numérisé non relu

L AUTORITÉ

et abondante, des yeux pénétrants, une belle figure, des attitudes élégantes, une noble prestance, l’air franc et généreux, une grande situation de fortune, sont des qualités importantes. Toutefois on peut les posséder toutes, mais n’avoir aucune autorité; on peut être, au contraire, assez mal traité sous le rapport physique et avoir une autorité incontestée. De mème, une mémoire vigoureuse, une imagination brillante, un jugement sûr, une grande facilité de riposte, peuvent ne point donner l'autorité. Évidemment toutes ces qualités physiques et intellectuelles contribuent à ce privilège, mais elles ne sont qu’un appoint. Marivaux nous raconte l'histoire d’une femme admirablement belle, à qui tout le monde reconnaissait un esprit captivant, et qui, défigurée par la petite vérole, se trouva n'être qu'une bète : l'autorité n'est point sujette à de telles méprises, parce qu'elle repose sur ce qui est le plus fondamental en nous, sur notre caractère. Elle diffère de l'intimidation, qu’on obtient, comme Napoléon Ie et comme beaucoup d'hommes politiques, par une assurance « écrasante » qui a sa source dans un orgueil sans bornes; elle est faite de calme, de fermeté, de tact, d'une volonté sûre d'elle-même, et souvent aussi d’un enthousiasme contenu pour le vrai ou pour la vertu, qui donne à toutes les paroles, à tous les actes, «un je ne sais quoi», qui les fait irrésistibles. | Nous voici en présence d’une vérité que l'on tend à méconnaître à notre époque de dilettantes, à savoir que l'essentiel d’un éducateur, c’est la force de volonté. « La plupart des savants de premier ordre, des grands inventeurs, sont bien plus ignorants que leurs élèves. la condition de toute découverte, c'est surtout une activité d’esprit infatigable dans une direction déter-

minée !. » Ce qui est vrai du savant, l'est à un très haut degré de l'éducateur. Pour faire un éducateur, il faut une intelligence lucide et des connaissances suffisantes. Mais, il faut surtout une volonté très ferme, très calme, et sans « à-coups ». L'éducation peut être comparée à l’aimantation d’un barreau de fer doux : l'opérateur passe et repasse lentement son aimant sur le barreau à aimanter, toujours dans le mème sens, et peu à peu les myriades de courants qui se contrariaient, s’orientent dans le mème sens, et, au lieu de s’annihiler les uns les autres par leur désordre, ils se coordonnent, se fondent tous ensemble en une force de direction constante, et le barreau, neutre tout à l’heure, est devenu un aimant.

En éducation, de même, nulle transformation n'est instantanée : on n'obtient de résultats, aussi bien dans la culture de l'intelligence que dans celle de la volonté, que par l'espèce d’aimantation lente et persévérante que produit le contact réitéré et toujours de même direction, de la volonté du maître.

Dès qu'on entre dans une classe, on sent, et nulle erreur n’est possible, si le maître est une volonté calme et saine ou non, c'est-à-dire s’il est un éducateur ou non. Le premier signe extérieur de la force de volonté, c'est le calme, c’est-à-dire la possession de soi. Si le maître ne se possède pas, tout l’irrite. Il se met dans des colères violentes, dont les élèves, plus calmes, s'amusent; il crie, parfois même il se laisse aller à injurier les enfants, et il présente le spectacle, non d’un homme qui se possède, mais d’un aliéné pris d’un accès de folie furieuse; — en effet tout accès de colère est un accès de folie :

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