‹ Aux instituteurs et aux institutricesChapitre 17 sur 68 · L'AUTORITÉ · texte numérisé non relu

L'AUTORITÉ

c’est la bête qui se déchaîne pendant que l'intelligence et la volonté sont annihilées. |

Chez tous les gens mal équilibrés, les impressions extérieures produisent des réactions exagérées, hors de proportion avec les causes qui les provoquent. Bien des maîtres sont de mauvais maîtres parce qu'ils sont mal équilibrés : si on les presse de questions, ils avouent qu'ils sont un peu nerveux! Un peu nerveux! c'’est-àdire irritables, tantôt faibles à l’excès, tantôt hérissés et punissant à tort et à travers pour des peccadilles. Ils laisseront impunis une grossièreté en récréation, un mensonge — et ils puniront en classe pour une règle qui tombe.

Cette irritabilité a sur les enfants un effet déplorable. Elle les ahurit : ils ne comprennent que les directions simples et nettes : si ce qui était permis hier est défendu aujourd’hui, et inversement ; si les mêmes actes laissent le maître souriant à huit heures, et déchaînent sa colère à dix heures, l'enfant ne cherche plus à s'orienter. Il agit comme nous agissons en présence du temps, si capricieux pour nous qui en ignorons les lois: les jours de pluie, nous ouvrons notre parapluie; de même les jours où le maître est à variable ou à tempête, l'enfant s'arme d'indifférence contre ces perturbations dans l’état psychologique du maître que personne ne peut prévoir d'avance. Il n’y a plus d'éducation possible dans de telles conditions : l'enfant retrouve à l’école le décousu qu'il trouve presque toujours à la maison, et il obéit à la bonne loi de nature, tiraillé en tous sens par ses instincts, et ballotté par les hasards extérieurs.

Autant c'est un malheur pour la population enfantine d'un hameau, que d’avoir pour institutrice ou pour instituteur un caractère irritable, autant c'est un bonheur

pour tous, que la présence dans un village d’un véritable éducateur.

Conscient de sa tâche, ayant le calme robuste qui lui permet de l’accomplir sans à-coups, les enfants qu'on lui confie savent où il les conduit : la route est toute droite, sans détours. Sous la direction de son maître, l'enfant s'élève à l’idée des grandes lois de la nature, destructives des superstitions, il apprend à observer, à généraliser sainement; il devient prévoyant. Toute manifestation d’orgueil, d'envie, d'égoïsme, de déloyauté étant immédiatement réprimée, et les sentiments de droiture, de bonté, de solidarité encouragés, les idées et la moralité de l'enfant s'’épurent, et durant les cinq ou six années de présence à l’école. la continuité d'action du maître développe assez dans l'intelligence et dans la nature morale de l'enfant les germes excellents, pour que les circonstances défavorables ne puissent entièrement les détruire : ces germes achèveront de s’épanouir si le milieu en favorise quelque peu l'éclosion.

Pour ne pas contrarier le développement harmonieux des facultés de l'enfant, il est indispensable que le maître n’use de la punition qu'avec un tact judicieux, et il devra méditer mûrement ce qu’en ont écrit nos meilleurs maîtres en pédagogie.

La punition est, en définitive, une douleur infligée, et destinée à avertir l'enfant qu'il n’est pas dans la bonne voie. La nature inflige la douleur à l'enfant chaque fois qu'il méconnaît les lois des choses : s’il approche sa main du feu, il se brûle; s’il heurte un objet, il se blesse; et peu à peu ces rudes avertissements lui apprennent bien vite à se soumettre aux lois naturelles.

Cette obéissance est prompte, pourquoi? Parce que la répression est inéluctable. L'enfant se brûle chaque fois

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