‹ Aux instituteurs et aux institutricesChapitre 42 sur 68 · Mill, L'Utililarisme, ch · texte numérisé non relu

Mill, L'Utililarisme, ch

facultés supérieures, et ainsi de suite. Aussi, de plus en plus, l’homme réduit aux plaisirs de la bète, est-il obligé de chercher la surexcitation, les basses compagnies, les lectures bestiales, la stimulation du bruit, du tabac, des alcools.

Ce qui est malheureux, c'est que l'opinion publique, l'éducation si insinuante reçue du langage, trompent beaucoup de jeunes gens sur la question du bonheur. L'opinion publique est surtout formée de l'opinion individuelle de gens que leurs occupations absorbent, et que leur faible culture empèche de jamais réfléchir à leur existence. Aussi toutes les associations de mots élogieux, tous les qualificatifs brillants, glorifient-ils l’activité de notre nature inférieure. Une vie heureuse, pour le vulgaire, c’est une succession de bons repas, de vins fins, de débauches, et l'admiration va d'instinct aux égoïstes, aux puissants, parce qu'ils sont puissants, aux riches, à cause de leur luxe, de leurs équipages, de leurs chiens... « L'art de jouir, dit Ziegler, s’il dépasse le niveau des huîtres et du champagne, est à peu près inconnu à nos classes cultivées 1. »

Ah! je voudrais que nos institutrices et nos instituteurs pussent voir quel vide et quel ennui dissimule ce qu'on appelle « la vie du monde »!

« Vivre d’une vie qui n’a rien de réel, sans une pensée sérieuse, sans un sentiment profond, sans une volonté arrêtée; sacrifier la substance à l'apparence; substituer le factice au naturel; prendre une coterie pour la société ; trouver son principal plaisir dans le ridicule, et épuiser son esprit en expédients pour tuer le temps... c'est le dernier métier qui convienne à un homme

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