Channing, De l'Éducation personnelle
2. Voir sur ce sujet notre brochure : Education de la démocralie, derniers chapitres.
Il nous serait possible toutefois de moins gaspiller Ie trésor d'énergie qui nous est dévolu. Presque tous nous nous livrons passivement aux impressions du monde extérieur. Chacune de ces impressions distrait un peu de notre attention, en émousse la pointe, et en dissipe l'énergie; nous ne permettons jamais à une pensée, à un sentiment de prendre force : nos pensées et nos sentiments avortent, faute de temps et de calme pour se développer. Nous faisons comme les enfants trop impatients pour attendre la lente germination des graines, et qui retournent sans cesse la terre pour faire de nouvelles semailles : leur jardinet contient bientôt plus de graines qu'un très grand jardin ne pourrait en nourrir, mais aucune ne vient à maturité.
Arrêtons-nous donc, enrayons cette rapidité d’impressions qui tarit notre énergie. Soyons maîtres chez nous et sachons donner aux idées et aux sentiments profondément humains et, par suite, féconds en bonheur, le calme qui leur est nécessaire pour éclore.
Maintenant que nous avons étudié les rapports intimes du bonheur et du travail, que nous avons démontré la radicale insuffisance de l’égoïsme au point de vue du bonheur, et déblayé des sophismes et des préjugés qui la cachent, la conception du plaisir, il nous reste à passer en revue les délassements de l’institutrice et de l'instituteur.
En dehors du travail imposé, il est nécessaire, pour remplir les longs moments deloisir, de ne négliger aucune source de plaisir. Mais à côté des délassements divers, il faut avoir une occupation favorite librement choisie, à laquelle on s'intéresse chaque jour un peu plus, et qui finisse par devenir une espèce de passion. C’est ce qu’on appelle, en langage familier, «avoir une marotte ».