Payot, De la Croyance, p
viduelle, en se greffant sur la vie humaine, s'épanouit, et en elle circule l'énergie sociale tout entière. La plus belle prière que nous connaissions, c’est celle de Jeanne d'Arc demandant à Dieu un grand cœur et de nobles pensées. Le but des efforts incessants de tout instituteur et de toute institutrice devrait être d'agrandir leur cœur, d'ennoblir leurs pensées : d’agrandir leur cœur jusqu'à vivre d’une vie large, toute de justice et de bonté; d’ennoblir leur pensée jusqu'à la confondre avec la pensée des plus purs génies français. Chacun d’eux peut imprégner son âme d’un profond sentiment d'amour pour la Patrie: amour actif, s'entend, puisque le seul moyen de travailler efficacement à la grandeur de la Patrie, c'est de combattre en soi d’abord, pour les combattre ensuite autour de soi, l'ignorance, l'envie, la méchanceté, la haine et l’orgueil, la paresse, le mensonge, et la sensualité bestiale.
Rien ne donne plus d’ampleur et de force à nos pensées et à nos sentiments, que cette considération secrète et fréquente de notre profonde solidarité avec nos concitoyens, et de la gratitude que nous devons à leur labeur, ainsi qu’au labeur des générations qui nous ont précédés.
« L’ouvrier doit songer à l’intérèt de ceux pour lesquels il travaille, aussi bien qu'au sien propre; et en agissant ainsi, en désirant, au milieu de ses sueurs et de sa peine, servir les autres aussi bien que lui-même, il s'exerce au dévouement, il grandit en vertu autant que s’il distribuait l’aumône à pleines mains. Un tel motif sanctifie, ennoblit les occupations les moins relevées. C'est chose étrange que les travailleurs ne songent pas davantage à l'immense utilité de leurs peines, et ne cherchent pas dans cette réflexion un plaisir de bonne
qualité. Cette belle cité, avec ses maisons, ses ameublements, ses marchés, ses promenades et ses nombreux établissements, a été élevée par les mains d'artisans et d'ouvriers; ne devraient-ils pas trouver une joie désintéressée dans la vue de leur œuvre? Le maçon ou le charpentier qui passe devant une maison qu'il a construite ne devrait-il pas se dire : « Cet ouvrage de mes « mains procure chaque jour, chaque heure, à toute une « famille, du bien-être et des jouissances, et ce sera encore « un doux abri de réunion domestique, un séjour d’affec- « tion, plus d’un siècle après que je dormirai dans la « poussière. » Une satisfaction généreuse ne devrait-elle pas naître de cette pensée? C’est en mèélant ainsi des idées de bonté à un travail vulgaire, que nous leur donnons de la force et que nous en faisons une habitude de l'âme !. »
= Combien ces sortes de réflexions sont faciles à l’instituteur don l’enseignement peut, s’il le veut, comme une bienfaisante pluie de printemps, faire germer dans les âmes les pensées élevées et les résolutions viriles... S'il prend l'habitude de se mouvoir dans ces pensées de solidarité ?, l’instituteur donnera à son enseignement un accent pénétrant; ses pensées et ses actions acquerront cette surabondance et cette énergie que donne une intime communion avec la Pensée et la Volonté éternelles, dont les meilleurs d’entre nous sont des expressions encore fort imparfaites. Cette énergie surabondante de pensées et de sentiments, si elle pouvait être
constante, constituerait le bonheur parfait.