‹ Aux instituteurs & institutrices: consoils & directions pratiquesChapitre 12 sur 78 · CHAPITRE ill · texte numérisé non relu

CHAPITRE ill

he service militaire comme éducation de la volonté.

Aujourd'hui les instituteurs doivent faire un an de service militaire. Cette année passée sous les drapeaux peut èlre très fructueuse pour les jeunes gens qui abordent le régiment en futurs instituteurs conscients de la grandeur de leur rôle.

Pour les jeunes gens qui réfléchissent, l'entrée au régiment a quelque chose de solennel : c'est la reconnaissance du néant de la vie et de la volonté individuelles en présence de la Patrie. C'est la révélation de la nullité de notre égol'sme, et l'acceptation de cette vérité que nous n'avons de valeur réelle que lorsqu'avec notre vouloir collaborent les milliers de vouloirs de nos concitoyens. L'armée, par son existence même, est une grande leçon de solidarité, puisque l'elTort isolé y est manifestement impuissant.

La reconnaissance unanime par les soldats et par les chefs d'un principe supérieur à tous les égoïsmos individuels, et l'acceptation implicite du sacrifice de la vie de chacun à ce principe, ennoblit les moindres actes de ia vie militaire.

Le sai^rilku de la vîo n'est demandé qu'il la guerre : s il fRut que ce sacrifice entraîne pour la Patrie d avantages surTisants. Un sacriQce absolument inatU» serait un crime... aussi est-il nécessaire de préparer longtemps à l'avance la victoire; les chefs doivent B* forcer de devenir de plus en plus instruits ot de plus en plus maîtres d'eux-mêmes. Instruits parce que < le coi d'u>il • leur est indispensable, et que le coup d'œil est pour une largo part affaire d'expérience, de connaissances solides et étendues qui permettent la comparaison rapide des décisions ù prendre dans uu cas nouveau, et aussi parce que l'instruction donne confiance en soi. Maîtres d'eux-mêmes, parce qu'ils ont toujours besoin de sang-fi'oid, et qu'ils doivent donner l'exemple de l'oubli de soi, du mépris des fatigues ot de la eouTfranco.

Quant aux soldats, la forme pratique «t journatiAre du devoir est la subordination. Cette gubordiontioa n'implique pas l'anéantissement de la volonté indivis duelle, au contraire, car de même que la pensée du vrai poète gagne en vigueur, en énergie concise, à être coiitrainte à so plier à la discipline du vers, de même U volonté du vrai soldat gagne en énergie à être assouplib par les nécessités de la discipline militaii'e. L'institti^ teur soldat qui ennoblit les corvées les plus pénibles eA iîsant sa pensée sur le grand devoir patriotique, trouvera par surcroît dans la vie militaire quotidienne une admirable éducation de sa volonté. Il lui suffit, pour que cette éducation soit fructueuse, de comprendre la nécessité do la discipline et d'accepter de bon cœur toutes les conséquences du devoir patriotique.

Dès lors, tandis que le mauvais soldat, c'est-à-dire le soldat borné, ami de ses aises, asservi à son bien-être,

LE SERVICE militaire:

à ea pareBse, à sa sensualité, trouve partout niatiùre à récriminer, l'instituteur soldat accepte avec Joie la régularité inllexible du règlement, la ponctualité exigée dans les actes les plus infimes. Le réveil matinal est une occasion de dompter la paresse du corps et d'assouplir la volonté. Car chacun, qu'il le fasse en recliignaut ou non, est obligé de se lever, et l'exercice de la volonté est ici Tacite, puisqu'il consiste simplement à occomplîr vivement, joyeusement co qu'il est impossible de refuser de faire. De mémo la propreté rigoureuse exigée, l'exactilude imposée, sont des acquisitions de valeur dans l'éducation de soi. La fatigue des marches assouplit le corps; la promptitude et la précision exigées dans les mouvements, obligent l'attention k toujours être ea

Comme l'éducation de la volonté consiste à maîtriser la lenteur, la mollesse, la paresse du corps et à pouvoir résister aux penchants égoïstes, à l'irascibilité, h, l'orgueil, pour soumettre sa pensée et ses actes à quelque haut principe moral, on voit facilement que nulle vie ne peut être comparable à la vie militaire pour conduire assez avant l'éducation de la volonté.

En résumé, l'instituteur, qui a l'immense avantage de ne faire qu'une année de service, et qui n'a pas le temps de se fatiguer d'une subordination prolongée durant trois années, peut retirer de cette année de réels avantages éducatifs. Il se pénétrera, au régiment, de la grande leçon d'oubli de soi que donne l'armée; il y sentira le néant individuel en dehors de la solidarité; il fera l'éducation de son énergie en matant son corps, et en apprenant k subordonner ses goûts, ses Jlésirs, Bes instincts à la loi supérieure du patriotisme : il sera ^Ltout prêt, en reprenant sa classe, ë poursuivre le grand

œuvre de maîtrise de soi, et à accepter pour toutes ses pensées et pour tous ses actes, la mftle discipline du devoir, qui centuple la portée des efforts individuels en faisant collaborer avec eux TefTort de toutes les âmes

d'élite.

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