‹ Aux instituteurs & institutrices: consoils & directions pratiquesChapitre 11 sur 78 · LA CRISE RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

LA CRISE RELIGIEUSE

faite de nos états de conscience, groupi5s dans le temps

et dans l'espace suivant des lois invariables. Le temps

et l'espace ne sont eux-mêmes que des visions de notre

I esprit. L'univers est tout entier expliqué par l'esprit,

c'est-à-dire en définitive par la volonté consciente : or la

Tolonlé et la conscience humaines ne s'expliquent pas

1 seules, et cous voici ramenés k la source de toutes les

[ religions, à cette puissance inconnaissable en elle-même-,

l et dont nos pensées et nos volitions ne sont qu'une

expression symbolique. Cette puissance inconnue, des

h raisons très pressantes démontrent qu'elle » travaille

pour la droiture •, mais les raisons ne présentent pas

une certitude absolue, et la foi religieuse doit intervenir

pour fonder le devoir et la loi morale en transformant

celte haute probabilité en une vérité acceptée de tout

cœur, et dont on t s'enchante » soi-même jusqu'à

ce qu'elle ail pénéiré notre pensée et vivifié notre

volonté'.

Dans la pratique, cet acte de foi religieuse revient à choisir entre la vie d'une personne humaine et la vie de l'animal i on choisit de lutter pour développer en soi toutes les puissances de l'intelligence et de la moralité, ou de se laisser aller à croire que Dieu • travaille pour le mal », et de permettre en soi le libre développement des instincts do la brute, de l'orgueil stupide, do l'égotsme étroit, de la violence et de la sensualité bestiales.

Par le seul fait que l'instituteur a choisi d'être instititeur, il a tranché cette question primordiale, et il a,

1. Il est clair que nous ne pauvoas traiter ici celle question vitale. Nous ne pouvons que renioyer les maîtres soucieux de l'étudier, à noire livre sur la Croyance. Ils consulteront avec fruit sur celte queslion, un beau livre : La religion basée aw la morale, Iraduclion lloITmaii, Paris, IB31. Voir aussi notre brochure sur VEdui^alion de la Démocratie, chcï Colin, 1898.

16 AVANT DENTliER DANS LA VIE

par Tacceptation de Thypothèse religieuse, de quoi asseoir solidement sa vie morale.

Voila la part exacte de la foi religieuse dans la vie : elle consiste à choisir entre deux hypothèses essentielles sur la valeur de la vie humaine; à accorder à une thèse, dont toutes les raisons humaines de tous ordres démontrent le bien fondé, une libre adhésion; à transformer celte vérité en notre vérité; en une foi personnelle, vivante, principe de pensée et de conduite, dont reflet sera d'orienter notre jugement et notre vouloir dans le plan de la pensée et du vouloir divins.

Le résultat de cette orientation, s'il nous était donné de la réaliser parfaite, serait de faire de toutes nos pensées et de tous nos actes, des pensées et des actes de justice et de fraternité.

L'élrve-maîtresse ni Télève-maître ne doivent donc se désespérer si leurs croyances confessionnelles s'écroulent : beaucoup d'esprits ont passé plus tôt ou plus tard par cette crise : pour ceux à qui elle n'est pas inspirée sourdement par la béte désireuse de rejeter toute entrave, cette crise est une véritable épuration do la foi religieuse, désormais débarrassée de l'entrave et des limitations de dogmes qui divisent, et ramenée à sa pure essence métaphysique et morale.

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