‹ Aux instituteurs & institutrices: consoils & directions pratiquesChapitre 33 sur 78 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Les services à rendre.

fractloD ds coRunnoe, llastltuteur fiii pour laua UD ami, no oonsaUler écontS, respecté, aimé, > (Bsyel'.)

« L'instituteur est en contact direct, constant avec Je peuple; c'est done lui qui doit former notre démocratie. » Aujourd'hui, par ses cours d'adultes, par ses conrérences, rinstituteur a appris à ne pas confitier ses efforts dans son école. A l'école, il a ajouté son couronnement : ■ l'école prolongée ». Tous nous avons pu . constater déjà combien ces efforts sont couronnés de »■ Buccés, et quel prestig* nouveau en rejaillit sur le corps ' enseignant tout entier.

Cette œuvre n'est encore qu'ébauchée, et il reste aux , instituteurs et aux institutrices beaucoup à tenter avant \ de conquérir dans la démocratie franoaise l'iniluGnce [ féconde qu'ils pourront conquérir, s'ils le veulent, car, Von l'a dit, l'inlluence ne se donne pas, elle se prend. pOn a l'influence qu'on veut avoir, il s'agit seulement de B mériter.

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AVANT d'entrer DANS LA VIE

Celle iiiHui^nce ne so gagoe pas de haute lutte. Elle s'acquiert lentement, elle est iillo du temps. Ello agit sur les volontés à la façon d'une lente et constante aimantation. C'est à lorce d'abnégation, de services rendus, de dignité de vie, que nos institutrices, que nos instituteurs, gagneront peu à peu la confiance de tout' le monde.

Aussi la stabilité est-elle indispensable à n Il faut qu'un instituteur consciencieux, tout à son devoir, soit absolument assuré d'être mis à l'abri dos ingérences des hommes politiques et surtout des politiciens de village qui, nous l'avons vu, vouent souvent une hains ardente aux maîtres qui s'affranchissent résolument do leur tyrannie. Pour donner aux maîtres l'indépendance, les inspecteurs d'académie, s'ils se sentent énergjquoment soutenus par le directeur de l'enseignement, sont suffisamment armés.

Les instiluleurs peuvent ôtro très efficacement soutenus par un inspecteur décidé à ne jamais commettre sciemment une injustice. Qijoi qu'on fasse, la suprême garantie chez un chef sera toujours sa force de caractère et sa fermeté à refuser IranquiUement et obstinément tout ce qui est contraire à l'équité. Un inspecteur ne peut donner aux maîtres que sa propre solidité; tout ce qu'il peut dire, c'est qu'il faudra lui « passer but le corps 1 pour atteindre un subordonné irréprochabla; mais cela sufht, et une volonté ferme est toujours un obstacle redoutable pour les abus de pouvoir.

Mais il est une autre sorte d'instabilité, qui tient ftn espèce d'incohérence de la volonté, à un désir malat^ de changement. Ou accuse les Français de ne se trouva bien que là où ils ne sont pas.... il faut avouer qu'iisf certain nombre d'instituteurs sont bien Français sous oa

Wpport! Ignorant que chacun est maître, dans une In j'ge mesure, de son bonheur, et que les joies de la vie dépendent peu des circonstances extérieures, sensiblement égales d'ailleurs pour tous, les instituteurs attendent merveille d'un changement. Hélas! une nomination ne peut modifier leur caractère, et on les retrouve quelques mois après tout aussi mécontents que l'année précédente. Les instituteurs et les instilulrices non satisfaits de leur poste sont généralement peu intelligents, et de faible imagination : ils sentent vivement les inconvéoients du poste actuel, mais ils sont incapables de se représenter (es ineùnvinienls du poste qu'Us solUcitenl : ces inconvénients, ilslesdécouvriront surplace, avec une surprise et une irritation croissantes : naïfs, qui n'ont pas refléchi que les causes de leur mécontentement sont d'ordre intérieur, et qu'ils les portent partout avec eux! Nous avons à ce sujet une riche expérience : presque toujours nous avons retrouvé les maîtres qui avaient le plus vivement sollicité leur changement, très mécontents de leur nouvelle résidence; ils en découvraient alors tous les inconvénients, tandis que le poste quitté se parait peu à peu d'avantages jusqu'alors non soupçonnés. C'est ainsi que certaines veuves idéalisent leur premier mari qu'elles ne pouvaient soufîrir de son vivant : le mari actuel a singulièrement à perdre à cette comparaison 'entre la réalité et un portrait dont tous les traits sont bellis.

Les changements qui sont de simples changements, et [ni n'améliorent pas très sensiblement la situation, sont nuisibles à tous égards : ils grèvent lourdement le petit idgel de l'instituteur, et ils n'apportent guère que des leptions; de plus, l'inslituteur qui commençait à être ipprécié, et dont l'inHuence allait grandissant, doit

AVANT D'ENXnER DANS LA VIE

di^buler à nouveau : pierre qui roule, dit le proTerbe, n'amasse pas mousse,,. Enfin les nomades se privent des joies très grandes que leur apporteraient les progrès des enfants auxquels ils ont consacré leurs soins : ils ensemencent, el ne voient jamais lever la récolte. Ils finissent par perdre le goiH de leurs fonctious.

Au contraire, les maitres el les maîtresses qui ont résolu de ne point être toujours eu route, et qui veulent mériter sur place un avancement légitime, s'attachent h leurs élèves; ils ont tout intérêt à ne point négliger les débuts, puisque la conscience qu'ils apportent à leur tâche journalière allégera d'autant leur tfiche ultérieure : en outre les villageois, heureux et un peu fiers de voir que la t demoiselle > ne s'ennuie point chez eux, loi témoigneront parfois leui- affection d'une manière touchante ; quand l'inspecteur passe au village, ce n'eat qu'un concert d'éloges ; la classe est bien tenue ; visiblement les enfants aiment la maîtresse : le rapport d'inspection va à l'académie, et un excellent dossi^ se constitue : félicitations, récompenses honorifiques, pro* motions au choix, iront tout naturellement à ces dévottés;

Il est des mattres et des maltresses à qui les changOr ments fréquents ne sufUsent point, et qui confondent ta bonheur avec l'agitation, le mouvement. Presque tott» les jeudis, et tous les dimanches, ils parlent, ils dépens sent sottement en chemin de fer l'argent qu'ils pourrairaH) employer à se meubler ou à acheter de bons livres; ch(»6 plus grave, ils gaspillent leur temps, les belles heures â6 loisir et de repos, â se fatiguer dans une agitation vi qui n"a rien de commun avec le bonheur, car l'agitation,, le bruit, le mouvement ne remplacent pas le contentâtment, môme pour les médiocres, toujours t fugïtife. d'eux-mêmes >. Nous reviendrons d'ailleurs sur ce sujet.

Nos maîtres, s'ils savent s'attacher au village où ils ont été nommés, peuvent, en dehors de l'école, rendre aux populations, et par suite à leur pays tout entier, des services immenses. Ils peuvent, par des conFérences habi- »iement choisies, enseigner aux paysans les quelques vérités primordiales dont notre démocratie et notre ■pays ont tant besoin. Us peuvent « prolonger • l'école par des cours d'adultes, et enfin ils peuvent par leurs .conversations, par leur exemple, acquérir une intlueuce profonde et bienfaisante. Instituteurs et institutrices peuvent être » des amis, des conseillers écoutés, respectés, aimés >, suivant la pafole déjft citée d'un homme qui est liti-mâme pour les instituteurs un ami, un con- ^^ seiller écoulé, respecté, aimé. En dix ans, un institu- ^E^leur et une institutrice, peuvent donner à un village une ^^empreînte morale profonde.

Pour notre compte, nous regrettons vivement que l'enseignement des écoles normales ne prépare pas suffisamment nos élèves-maîtres et nos élèves -maître s s es à leurs devoirs sociaux. Mais si nos maîtres ont de la bonne volonté, ils pouirout aSsez facilement suppléer à l'instruction spéciale qui leur manque. Qu'ils rélléchissent seulement que c'est un scandale à l'heure actuelle que de ne faire aucun bien autour de soi, et que leurs devoirs vis-à-vis de la Patrie ne cessent pas quand la cloche annonce la lin de la classe.

Le devoir le plus urgent de nos maîtres et de nos maîtresses, c'est et ce sera toujours de bien faire leur classe. Mais une partie de leurs efforts risque d'être perdue si, lorsque l'enfant quitte l'école à treize ans, on ne lui offre aucun moyen de rafraîchir régulièrement ses souvenirs et de compléter ses connaissances. I.e L«oui's d'adultes est comme le prolongement de la

classe... Les conférences, qui réussissent d'une façon si inespérée dans les villag'es, sont un puissant moyen d'action, parce que l'inslituteur fient son public, parce que peu à peu il peut dire à son auditoire les rudes vérités qu'il est de son devoir de lui dire...

D'abord, la nation ne peut être forte que si elle compte un grand nombre d'tiommes énergiques, dure i fatigue. Malheureusement les notions d'hygiène sont peu répandues dans nos campagnes, et c'est sar l'hygiËne que doivent tout d'abord porter les elTorls des înstitiilenrB et des institutrices.

Les citadins se figurent généralement qu'à la campagne tout le monde est robuste et bien portant : rïea n'est malheureusement plus faux : la mis6re physiologique est fréquente : la mauvaise nourriture, lo mépris des principes d'bygiéne les plus élémentaires; les. chambres basses et mal aérées, o(i la famille s'entasse durant l'hiver; les habitations humides, sans soleil, sans air; les fumiers étalés sous les fenêtres, le purin s'inhltranl dans les puits; les marécages stagnants qui donnent des fièvres intermittentes, etc., minent I populations agricoles si ignorantes, si routinières, et si inertes. La misère et la saleté continuelle dégradent I^ gens jusqu'à s'en faire aimer, et le pire résultat de Ia misère, ce n'est pas la souffrance physique qu'elle p duit, mais celte dégradation et cotte destruction du respect de soi, qui fait qu'on se contente d'une vie toate bestiale, sans efforts d'amélioration. A la vie de famille' se substitue une espèce de promiscuité toute animate, car la famille, entassée dans une pièce basse, som)^ sans gaîté, prend l'habitude du désordre et de la ra|t{ propreté. La femme et les jeunes lilles, sales, perdsH tout attrait... ; la mauvaise humeur, la grossièreté et la:

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violence se donnent libre cours; le niveau de la vie s'abaisse dans cet enfer, parce qu'il faut pour vivre, du grand air, de la lumière, de la gaieté;... les gargoDS se réfugient, quand ils ont quelques sous, au cabaret, et l'eau-de-vie commence ses ravages.,.

Que nos maîtres s'attachent à démontrer aux paysans qu'ils laissent larir sottement, par inertie, bien des sources de vigueur et de bonheur. Qu'ils s'efforcent de leur donner le goùl d'un intérieur propre, bien ordonné, bien aéré. Qu'ils leur fassent comprendre que, s'ils n'éliminaient pas par le travail énergique au grand air, les produits toxiques qu'ils accumulent pendant la nuit dans leiirs chambres étroites, ils seraient tous malades.

» C'est sur les jeunes surtout qu'il faut agir. Que nos maîtres songent qu'aucun médecin flgé de quarante ans n'accepta la théorie d'Harvey sur la circulation du sang; qu'ils n'essaient donc pas de convertir les hommes « mûrs • i qu'ils concentrent tous leurs efforts sur les adultes, de treize à vingt-cinq ans. Qu'ils leur enseignent la nécessité de l'air pur pour la santé; la nécessité de la propreté sur soi et autour de soi. Qu'ils leur montrent la nécessité de s'unir pour drainer les parties du sol marécageuses; qu'ils leur démontrent par des expériences très simples los pertes énormes que fait chaque village pour empoisonner les puits au moyen ^^ du purin, dont la puissance fertilisante est si précieuse, ^b^ et pour corrompre l'atmosphère par les vapeurs ammo- ^Kt niacales qui représentent le gaspillage de l'azote fécon- ^B dant.

^B Comme conséquence de cet enseignement de l'hygiene,

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Le danger

3 ceuvro patriotique à accomplir, nous ' do la lutte contre l'alcoolisme, est un véritable danger national, car la

AVANT n ENTHEn BANS LA VIB

latioii alcoolique < qui étnit (

3ar habilant en 1830, atteint 4 lit. 32 en 18,)3. Encore ne s'agit-il que de l'alcool pur, à (00 degrés. Trappe de droits réguliers ' . ■ Ce chiffre doit ôtre triplé, si l'on veut le traduire en litres des mélanges livrés sous diverses formes aux clients. Ajoutons la quantité immense d'alcool que le privilège des bouilleui permet d'introduire frauduleusement dans la malion. Le nombre des aliénés pour cause d'ulcoolisme atteint en 1893 le cbiffre de 3380. Les dépenses en alcool atteignent vraisemblablement aujourd'hui dei liards; la somme des salaires perdus par l'alcoolisme un milliard 250 millions, d'où perle annuelle de 3 milliards 250 millions. Si à cas chiffres on ajoute le pris des usines où l'on distille les poisons, absinthe, etc., les accidents et les incendies causés par l'ivresse; les journées d'hôpital, les vies gâchées, les frais d'entretien des fous alcooliques, des prisons, etc., on voit que le pays perd actuellement chaque année bien près de 6 milliards. Cette énorme contribution serait encore supportable, si l'alcoolisme ne menaçait de nous faire une population de di^g^m'-rés.

Si nous mettons au premier rang des préoccupationB que doivent avoir nos instituteurs les questions d'hygiène, c'est qu'elles se rattachent étroitement aux questions morales, et que le sort de la famille est en partis lié à la tenue de l'intérieur. C'est aussi parce qu'en présence du ralentissement du mouvement des naissances qu'il ne faut pas espérer enrayer, c'est pour la Patrie française une question de vie ou de mort, que de com-

penser le déclin de la population par un valeur donné aux unités qui la composent, Le succès à la guerre ne dépend pas, heureusement, du nombre; il dépend surtout des qualités d'endurance et de la vifcueur morale des troupes. A nous d'orienter notre éducation nationale dans le sens d'une culture intelligemment comprise de l'énergie morale; mais nous ne devons point oublier qu'une volonté forte est bientôt trahie par un corps débile, et que rien ne sert d'être un artiste de valeur si on joue sur un instrument discordant. Faisons donc tout d'abord des corps robustes et aains, et pour collaborer à cette œuvre capitale, que les inetiluleurs s'attachent à répandre de limpides notions d'hygiène; qu'ils luttent contre l'alcool, corps à corps, à l'école, aux cours d'adultes, dans les conférences publiques, dans leurs conversations, et par l'exemple '. Les instituteurs doivent aussi consacrer quelques leçons à l'enseignement civique. Les paysans ignorent

1. A vrai dire nos insUluteurs devraient a'interdire, d'une (açoQ absolue, les alcoûU, l'absinlhe surtout. Ce o'eat nen en soi qu'une •at)siDtlie ■ prise en passant, et c'est beaucoup comme exemple ; k parler Tranc, ce n'est point une bonne action. Il vaut mieux prendre un peu de vin blanc coupé d'eau, si on ne peut refuser une invitation. C'est pour l'instituteur, dont l'ins' traction est supËrleure à celle du villageois, un devoir de taire savoir qu'il conaidÈre l'alcool, an quelque quantité que ce soit, non comme un forlillant, mais comme un poison. Son refus motivé sans pose, en quelques paroles simples, et de nature k frapper ses compagnons de table, vaudra bien des conrérenccs.

Ce verre d'absinthe pris en public, et en passant, c'est une contradiction entre la conduite et l'enseignement ; cette contradiction c'est la feiure invisible de la cloche dont la résonance est détruite sans cause apparente : quelques contradiclinns de ce genre, et la parole du maître ne porte plue, ne pénètre plus : ce n'est plus la parole expression de l'Amu, c'est un bruit sans valeur et sans inDuence. Combien de mallres ruinent ainsi sans s'en douter leur autorité morale!

1 J* AVANT D'ENTRER DANS LA VrE

l.-op ce que c'est qu'un État, et comment Tonplionnent I les grands rouages administratifs. Cet enseignement 1 doit Éire très concret et en quelque sorte expérimentaL] l^e maître doit leur apprendre i lire et à comprendre J leur feuille d'impôts; il doit leur expliquer la n'-partitionl (les sommes qu'ils versent, et l'emploi de ces sommeal pour les services publics ; leçon excellente pour rem tangible en quelque sorte la solidarité des citoyens d'à même Ëtat. On leur montrera pourquoi on fait son sêr-1 vice militaire, et en quoi consiste la Patrie. On leupfl expliquera le rôle des grandes administrations, et lel fonctionnement de la justice. On mettra on garde l6«i| paysans contre la manie des procès : on leur montrera.] l'énormité de l'impôt prélevé sur les sots incapables concessions réciproques et de conciliation, d'abord pari les agents d'affaires pIuR ou moins véreux, chargés] d'exciter les convoitises, d'amorcer les procès, et ensuite par des avoués, par des avocats, souvent d'une étOB^^ naiite rapacité, et qui engagent à fond les procès les plto perdus d'avance... On leur fera comprendre ensuite « qu'est le gouvernement, ce que sont les deux Chambres^S

Le paysan croit son député omnipotent. On lui mon- Irera qu'il n'en est rien, et on insistera sur le rôle légis^ latif des députés ; on fera comprendre quels bouleveivl sements une loi, mal étudiée, peut apporter dans lijK^ pays 11 est facile de donner, au moyen de quelqUefl exemples, l'idée du la complexité inouïe du milieu sooi et de prouver l'impossibilité de prévoir les eD'ets d'il loi dans un tel milieu '.

Ils se défleront des exaltés, des esprits simplistes 4]

1. On consultera arec (ruit sur ce sujet soit la Scieaee ii de Spencer, soit le petit volume du mâmc autour iotitaU'] L'individu contre l'Èlat,

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e complaisent dans des formules sonores, et pour qui tout parait facile, parce qu'ils sont dans une ignorance complète des réalités psychologiques et sociales.

L'instituteur ne craindra pas de mettre ses auditeurs en garde contre la presse populaire qui est un agent actif de démoralisation, La plupart des journaux sont rédigés par des gens passio nés c est à d re incapables de réflexion, et pour qui l'amour de la vtrité n'existe pas. Il n'y a pas place pour u bonne foncièrement sincère et honnête dans les jou aux de parti, parce qu'un journal a une ligue de condu te et que ses rédacteurs sont payés, non pour défendre la vérité, mais pour défendre les întérèis du parti, fussent-ils eo con- , tradiction avec la raison. Passionnés d'ailleurs, la plukpart des rédacteurs ne sont plus capables de penser EeaiDemeQt, et loin que leurs passions soient au serivice de leur raison, c'est leur raison qui est au serfrice de leurs passions. Considérons en outre que les yournaux sont une entreprise commerciale, qu'on leur ftl>aye les annonces au prorata du tirage, que, par suite, V^B sont obligés, pour faire leurs affaires, de plaire à la de flatter ses instincts, ses préjugés, son goilt ' ignoble pour les commérages, pour les attaques personnelles haineuses. Ils doivent rassasier son appétit pour les romans dramatiques, violents à la fois, et sentimentaux, et la plupart du temps foncièrement grossiers |\et immoraux. Si l'on ajoute que les journaux sont pour Kl'ordinaire entre les mains de lïnanciers et qu'ils doivent Tdéfendre les intérêts de qui les paye, on comprendra mment la presse a pu organiser la prodigieuse escra- B''querie du Panama.

Que nos maîlres apprennent à nos agriculteurs et à s ouvriers à se défier des journaux, surtout des jour-

laiix passionnés, violents, destinés à satisfaire les instincts combatifs des « niais fougueux > '.

Quel progrès, si les meilleurs de nos élèves prenaient l'habitude de ju^er par eux-mèmos et de ne nommei* plus tard comme conseillers municipaux, comme c seillers généraux, comme députés, que d'honnêtes gens bien connus d'eux, éclairés et calmes.

La plupart de nos maîtres vivent au milieu de populations agricoles, et de nouveaux devoirs naissent pour eux de la répercussion immense que les plus légers perfec- . tionnemenls peuvent avoir sur la fortune publique. Un progrès dans le choix des graines, qui produirait en plus ÛD litres de grains à l'hectare, donnerait une surproduction de cent millions de francs pour le pays. Une

1. Souvent en province une minorité violente fonde un journal qui vivra quelques années seulement. On met h la tête du journal quelque rédacteur taré, généralement un jeune homme qui a manqué se vie faute d'énergie et de courage au travail. On lance ce jeune homme, aigri, comme le sont généralement lea ■ ratés >, i l'aâsaut de tout ce qui a quelque valeur : le meuEonge, la calomnie, l'injure, remplissent les numéros impatiemment attendus par un public spécial de badauds. Souvent, des instituteurs sont attaqués, el ils songent à se défendre; mais outre qu'ils n'ont pas le droit de répondre sans une autorisation de leurs chefs, qu'Us soient bien persuadés qua répondre est une sottise, qu'un dédain tranquille est comms vis-à-vis des roquets qui aboient, le seul moyen de Taire cesser les attaques. On peut répondre à une attaque loyale, parcs qu'on peut discuter avec un honnête homme, et espérer de la. convaincre, mais répondre k une attaque déloyale c'est fcundy des armes à l'adversaire : car il Taudrait que cet adversaire ttt bien médiocre pour ne pas trouver le moyen de relever daiû □ne réponse des phrases susceptibles d'une interprétation per^ Ode. • Qonnez-moi deui lignes de l'écriture de quelqu'un, et Ja me charge de le faire pendre •.disait un maglstru-t du xvn' siËcle. Ne répoodez donc jamais qu'en redoublant de bonté et de.' dévouement dans vos fonctions et dans votre vie. Les attaque* sans fondements sont sans portée.

LES SEHVICKS A RE.VDRE 131

Jéconomie d'un centime sur la ration journalière de chaque animal de ferme, suffirait presque à payer l'impAt foncier sur les biens ruraux, car elle donucrait 2)5 millions de francs de bénéHces. La substitution deti macliines à battre aux fléaux et au foulage, a amélioré le rendement de 4 pour 100 et a produit 8 millions d'hectolitres à 15 francs : c'est 120 millions de francs d'importation étrangère en moins. Un perfectionnement de la charrue permettant de diminuer l'effort de tracliond'un sixième, représente cent millions de bénéflces. Ajoutons qu'on peut évaluer k un demi-milliard la perte annuelle jirovenant de la négligence apportée par les ignorants idans la conservation des fumiers '.

On peut donc dire avec Mathieu de Dombasle que, si en France l'activité et l'intelligence étaient dirigées dans le sens de nos véritables intérêts, la France, avant un demi-siècle, devrait compter cinquante millions d'habitants deux fois mieux pourvus qu'actuellement de tout ce qui est nécessaire â la satisfaction des besoins matériels, moraux et intellectuels.

11 y a fort à faire pour rappeler aux champs la bourioisie française, qui dirige ses enfants vers des postes

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