‹ Aux instituteurs & institutrices: consoils & directions pratiquesChapitre 44 sur 78 · chapitre du livre ■ comme dans un champ à mettre en · texte numérisé non relu

chapitre du livre ■ comme dans un champ à mettre en

rapport >. On lira peu, mais qu'ioiporte? Un champ

soumis à une culture intensive rapporte plus que des

hectares non fumés et non labourés. H faut lire d'aiiord

un peu vite, pour bien saisir la suite et la liaison des

I idées, le déroaiement logique de la pensée de l'auteur,

et ensuite revenir, et prendre des notes, et relire ses

I notes sourent. Il faut se mettre à lire • comme on se

I met à prier >, c'est-à-dire qu'il faut casser l'os médul-

I laire pour mettre à nu la moelle, c'est-à-dire remplacer

I les mots par les choses, voir distinctement et dans le

I détail. La lecture, dit Tolstoï, est une » Communion >;

cela consiste dans le fait qu'un hojume soi-disimt vivant

devient réellement vivant, lorsqu'il entre en communion,

et s'unit avec ces soi-disant morts, et les fait entrer dans

sa propre vie =.

L 11 est cinir que, dans ces conditions, il ne faut lire que

k des livres de grande valeur, capables d'exciter la pensée

Let de la nourrir- Il fiiut, pour chaque matière, choisir un

^L livre en chef > qui ait une grande réputation, qui soit

^ki courant de la science, et qui soit solidement cons-

^lit, riche à la fois, et bien ordonné; en un mot un

Kre qui mérite que nous nous en servions comme d'un

excitateur pcrmnneDl de nos pensées. Un ïustJtutear q ferait de Channing el d'Horace Mann, el des Essais d murale de Nicole, ses livres de fond, arriverait, t d'années, à une liante culture morale et pédagogiqw Saint François de Sales avait fait sa lecture de pré lection, pendant dix-huit ans, du Combat spirituel, tout petit livre rempli de choses excellentes, tl s'eo ë nourri, et de cBlt« méditation sfrtîl l'admirable Intn duelion à kt vie d^'oU; une des plus Leiles œuvres C notre littérature morale.

Une fois c[ue nous avons dégragé de nos lectures et d notre expérience personneUe quelques grandes qui illuminent l'ensemble des faits, nous pouvons L beaucoup, parce qu'iilors, la lecture n'est plus une li ture au hasard : nous passons rapidement sur ce qui nous intéresse pas, et nous tombons en arrêt sur idées qui conlirment ou qui contredisent les nôtres, ( quelques jolies expressions qui rendent, mieux que no n'aurions su le faire nous-mêmes, nos propres penséai Nous n'imitons pas les érudits, « riches en provision inutiles, grands dans les minuties et très petits dans li grandes choses ».

S'il est essentiel de lire intelligemment, il est e aussi de lire. Les livres ne sont pas des puissances are trices r ce sont des outils. Les sources profonde» ( notre savoir sont la vie, l'expérience, la pensée per nelle, l'aclion personnelle, el, sans l'expérience d vie, les livres seraient pour nous des recueils de i dépourvus de sens. Mais si nous ne lisions pas, tioi serions bornés à notre expérience si limitée et si su àerreur. Nous devons savoir, en pédagogie, parexei ce qu'on a découvert avant nous; l'expérience d'à' nous permet d'enrichir notre propre expérience; elle no;

miliarise avec les méthodes de tous les temps el do

tous les lieux, el elle nous Tait profiter même des erreurs

de nos devanciers, en nous permettant de les éviter. En

outre, nos lectures nous apprennent la modestie : ua

homme qui ne lit point s'exagère son importance et

celle de ses pensées, semblable, dit Zimmermann, « à

ces animaux qui enflent et qui crèvent sous le vide d'un

^^Trécipient >. En outre, la lecture nous apprend â observei'

^^Batà ne jamais regarder sans discerner, parce que, avertis

^H^ar les réllesions des prédécesseurs, nous apprenons

^^Kpeu à peu que nulle question n'est simple, et que nous

^Bdevons tenir toujours notre esprit en éveil.

^^P^ Enfin, la lecture est une puissance d'allranctiissement.

Tandis que les gens qui ne lisent pas sont comme

emprisonnés dans les opinions de leur milieu, dans les

pensers vulgaires, dans la routine des traditions et dans

|i1b médiocrité des motifs d'action du commun, celui qui

lime l'étude cesse de ramper; d'un coup d'aile, il peut

i la sereine région des idées supérieures et

des sentiments universels; il peut vivifier son âme à

• fréquenter les plus grandes âmes des lemps passés >;

il peut vivre dans la société des plus purs génies

humains.

Mais la lecture doit èlre un travail personnel et actif.

Il faut lire pour mieux penser, pour perfectionner son

esprit, et non pour encombrer sa mémoire. Ce qui n'est

déposé qu'en la mémoire n'est que l'apparence du savoir,

t J'aime mieux forger mon âme, dit Montaigne (III, m),

que la meubler. * Des données sufOsantes sont indis-

insables pour généraliser, mais la généralisation est

iposeibje si la mémoire est encombrée. Il faut donc

le l'acquisition et l'organisation marchent du même pas,

'«fins quoi, plus on saura, plus la confusion augmentera,

et au lieu d'avoir une armée de souvenirs bien encadrés, bien en main, souples et obéissants, on aura une cohue amorphe, dont la mobilisation sera impossible.

Pour cette organisation des connaissances, il faut du temps, beaucoup de calme, et le travail personnel de l'esprit. On n'est pas éclairé en proportion de ses lectures, et beaucoup de lecteurs voraces sont ce que Montaigne qualifie &ânes savants, t II vaut mieux avoir la tête bien faite que bien pleine >, dit encore Montaigne, et Bacon a raison d'écrire que c la vérité sort plutôt de l'erreur que de la confusion >. Ce n'est que dans La Fontaine qu'on voit < des rats qui, les livres rongeant, se font savants jusques au bout des dents >. Molière nous montre plaisamment la différence qu'il y a entre la connaissance verbale et la connaissance pratique :

(Lépine vient de se laisser choir...)

PHILAA1INTE

Voyez rimpertineiit! Est-ce que Ton doit choir, Après avoir appris l'équilibre des choses?

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