CHAPITRE I
L'instituteur devant les gprandes questions de l'époque.
2j-'instituleur, surtout s'il a la respons^ilité d'une école, doit, qu'il le veuille ou non, prendre parti dans les grandes questions essentielles qui divisent la société contemporaine, c'est-à-dire dans les questions religieuses, politiques et sociales.
Vivant au milieu des parents de ses élèves, il ne pourra se réfugier dans la neutralité, qui n'est possible qu'aux intelligences et aux activités nulles.
Mais, s'il n'a longuement réfléchi aux principes qui doivent le diriger, l'instituteur, dans le feu de la conversation, livré aux impulsions du moment ou au désir de la contradiction, se laissera aller à dire des paroles fâcheuses, qui engageront son amour-propre et ramènetont à faire suivre ses paroles fâcheuses d'actes plus fâcheux encore.
Il est donc indispensable que l'instituteur ait réfléchi
d'avance auK problèmes dont nous parlons, aCnden'ÔLre jamais pris au dépourvu.
Ce que nous avons dit, au début du livre, relativamenl. h la crise religieuse des élèves -m al très, pourra déjà donner au jeuuo iosUluluur dos principes généraux pour sa conduite dans les questions religieuses.
Il professera le plus profond respect pour la religîoa et pour ses ministres, en tant que ceux-ci se renferment dans leur œuvre d'évangélisation. Il n'hésitera jamais & désapprouver en un langage ferme et mesuré toiîfe tentative de fomenter la haine contre les sectes religieuses dissidentes. Si c'est la seule supériorité de la morale rationaliste que d'être une doctrine de tolérance et de largeur de vues, du moins cette supériorité est-elle iudiscu table.
La vérité religieuse ne peut être, elle aussi, qu'una vérité d'union et d'amour : ce sont les erreurs combinées avec le fondséterneldesreligions, qui divisent; et ànutre époque, quand tant de signes prouvent que dans toutes les religions dogmatiques les esprits d'élite tendent à laisser dans l'ombre les dogmes qui divisent, pour placer en pleine lumière les vérités éternelles, patrimoine commun de toutes les religions supérieures, c'est un devoir pour touthommehonnêtede désapprouver hautement les paroles de haine et les actes de haine, qui sont la négation de l'esprit vraiment religieux.
D'autre part, nous vivons à une époque de profonde hypocrisie politique. 11 est incontes ta Me que les anciens partis, soucieux uniquement de ressaisir le pouvoir, ont réussi, avec un succès que déplorent tous les catholiques clairvoyants, à lier à leur cause perdue la cause (le la religion. La plupart des écrivains religieux, effrayés des progrès de la libre pensée et de la
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laïcisation de l'htat, ont combatLii la République aans songer qu'en associant étroitement la peligiou à des''' intérêts politiques caducs, ils l'exposaienl elle-même aux coups des adversaires. Cette coalition monstrueuse avec la religion d'appétits politiques, d'aversion pour la tolérance, de haine pour les principes de la Révolution, s'appelle le cléTKalisme, Pour lui, la religion ne sert que d'enseigne k des convoitises qui n'ont rien de religieux.
L'instituteur, dont l'existence, par elle-même, représente la cou<]ucte victorieuse par le peuple de sa liberté de penser, sera toujours, par le seul fait qu'il est laïque, et quoi qu'il TasBe, In cible du parti clérical : son attitude est donc indiquée par la force même des choses' :'. il professera le plus scrupuleux respect pour les'PBÎP'" gions et pour leurs ministres, tout en réservant son droit de pratiquer ou de ne pas pratiquer, et il donnera aux adversaires irréductibles de nos écoles à la fois une lei^on de tolérance et une legon de loyauté, en séparant neltenieut de la religion les convoitises politiques de tous ceux qui se servent de la religion comme d'une simple arme de parti.
La conduite de l'instituteur sera donc d'une correction parfaite : un profond et sincère respect pour toute manifestation religieuse qui sera d'accord avec la juslice, avec une recherche sincère de la vérité, avec un 'Hmour désintéressé des hommes; une attitude iri:s [modérée, mais ferme, en face de l'intolérauce qui n'est lorme de l'orgueil et de la violence de la bOle humaine, et en face des entreprises politiques dirigées contre les conquêtes de la Révolution, même si ces entreprises se dissimulent sous le couvert de la religion.
Eu politique, l'atliLude de l'instilulcur ne peut être
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r[ac celle d'une loyauté parfaite envers la Itépnhlique II pourra avoir ses prérérences pour telle ou lell nuance de la majorité républicaine : mais il se soi viendra que les parents des partis les plus opposés 11 confient leurs enfants, et que c'est pour lui un devoi de simple convenance que de a'abslenir absolument d toute allusion politique dans sa classe. Il est facîl d'ailleurs à l'instituteur de demeurer calme, parce qn' est éloigné des grands centres où sévit une espèce d folie politique qui, sous le nom d'esprit de parti, engendi
I. En deliors de la question de loyalisme, lea inslituteurs i peuvent avoir d'existence digne que sous une rfrublique tib raie. Us peuvent méditer sur ce qui eal advenu de leurs eu lùgueg de Belgique, après le triomphe du parti clérical! Si, cl» nous, le parti clérical s'emparait du pouvoir, il rendrait au communes la norainalion et le choix des instituteurs, et il n^ aurait pas un liomme de cœur qui consentirait à subir rbum' liiition des marchandages avec les communes el qui acceptera l'incessante inlervenUon dans son enseignement de gens pa faitr^ment Incompéleata et souvent puusscs pnr des lyrânnervt de villages, contre lesquels, aujourd'hui, les administrateurs oi besoin de toute leur énei^îe pour lutter. La carnère de fensi! gnement primaire deviendrait en peu d'années la plus mépris! et la plus méprisable des corriÈrcs. On verrait renaître le lyj du magister rApé el famélique d'autrefois, et tes • rebuta • di nutrus cuiTlâres consentiraient seuls t enseigner. C'en sera (ait du nos écoles normales, qui se videraient inslantanémen c'en serait Tait de toute laborieuse préparation i. l'enscignemen Les congrégauisles seuls, protégés par leur rot)e, pourraiel DlTronlcr la niisËre et la déconsidération qui seraient le lot t QHS • errauls ■ chassés tous les quatre ans par les municipalili successives. Donner aux communes le choix des instituteurs ( Ecrait dfcréler hypocritement le retour delà Nation k l'ignt
Kn outre, que deviendrait la • liberté des pères de lamitle apparlcnonl i la minorité, dans les communes oii rioatitutetl serait à la merci d'un maire despotique? Aujourd'hui, au csoi iraire, la Iil)erl.é de chacun est garantie par l'école neutre. I, Jiherté de l'instruction religieuse est complûlo en dehon 4c teures de classe.
violence de sentiments qui ôte aux esprits m(?me ^rassis, toute lucidité, et même tout souci de la vérité.
agitations politiques les plus violentes, tant ( qu'elles ne mettent pas en question les principes fondamentaux de la République, ne font guère sentir leurs effets en dehors des politiciens et des exaltés. Ces agitations ne sont déchaînées la plupart du temps que par »des questions de personnes qui sont assez indifférentes au peuple qui travaille.
Aussi, l'instituteur est-il bien placé pour se pénétrer de la haute legon politique qui ressort de l'étude des dissensions des divers parlis de la Révolulion. Les républicains de l'époque se sont successivement envoyés à la guillotine, sans qu'il nous soit bien facile d'établir
» aujourd'hui pourquoi ils étaient aussi irréductiblement hostiles les uns aux autres. Ils étaient, poliliquemenl parlant, sijparés par de simples nuances, el il est très vraisemblable que les oppositions n'étaient aussi violentes que parce qu'elles étaient en quelque sorte incarnées dans des hommes dont les caractères étaient
t incompatibles.
Si nous examinons sincéromcnl la situation aujourd'hui, nous verrons de même que les divisions entre républicains n'ont guère de raisons d'être. Nous nous exagérons d'ailleurs sîngulièi'ement l'imijortance de la politique : le travail des citoyens, leur initiative, leur
I affranchissement vîs-ù-vis de leurs passions, ont, en déiinitive, une autre importance sociale que le changeaient de dix ministûres, pourvu que les ministres soient fidèles à l'esprit républicain, c'est-à-dire à l'esprit de Uberlé.
D'ailleurs, le gouvernement républicain étant un gouvernement d'opinion, la meilleure politique que puisse
AVAtTr d'ëntreu dans la ^ praliquer rinstituteur, c'est de s'appliquer it ami^liorer aulonr de lui les mœurs; c'est de développer chez ses éli'fves la décision et l'initiative, la fermeté du jugement et l'esprit de tolérance. Nous avons examiné ailleurs la danger qu'il y a pour un maître à se mêler aux querelles locales: qu'il D'oublié point qu'au village les questions politiques dégénèrent presque toujours en questions de personnes, et qu'il a tout à perdre à descendre dans la m 61 6e des partis.
Quant aux questions sociales, nous ne pouvons que répéter la parole d'un grand patriote ; il n'y a pas de question sociale, il n'y a que des queslions sociales. En d'autres termes, c'est se leurrer que d'espérer changer la l'ace des choses par un décret. II faut prendre les questions les unes après les autres, les étudier mûrement, b cause des répercussions funestes de toute réforme hattve.
11 est certain qu'il y a beaucoup à faire dans notre société : bien des fortunes sont fondées sur l'exploilatioa du ti-avail des pauvres; le travail n'est pas toujours récompensé ù sa juste valeur, elc. ; mais si la sociétd doit prendre de plus en plus la tutelle des faibles contra les forts, et des pauvres contre les riches, il ne faut pas se dissimuler qu'après fout les décrels ne réforment pas la nature humaine, et que c'est en définitive Tassodation des elTorts individuels qui assurera le succès ; la paresse, l'imprévoyance, sont, pour une large part^ responsables de la misère qui désole dos yei
Le rôle de l'instituteur peut être immense dans la lutte contre les maux sociaux. Les ennemis de l'bunianité sont la maladie, l'ignorance, la misère et la mort. La maladie a souvent pour cause la misère physiologique provenant des chagrins, des soucis d'argent, da
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•l'habitation défectueuse, du travail exagéré, et ce sont ■-des causes d'origine sociale qu'il est du devoir des Vrcprésentanls de la nation de combatlro. Mais la maladie I s plus souvent pour origine l'intempérance, les excès, ■l'alcoolisme, et aussi l'ignorance des lois élémentaires wde l'hygiène et du monde physique au milieu duquel ■■nous vivons. Or les instituteurs et les institutrices peu- ■yent combiillre victorieusement contre ces causes de Binallieur, par l'enseignement à l'école, par des confé- Ktences auic adultes, par des visites ans mères de Tamille, H L'ignorance est aussi féconde en inlbrlunes ; elle Hjtérilise tant de bonnes volontés et tant de forces Kïîves! mais il est bien inutile d'en parler ici, l'inslitu- Bteur étant, par destination, l'ennemi-né de l'ignorance. W Quant à lu misère, elle provient en partie des arranlig^cmeuts sociaux défectueux. JMais quelle part de cette B misère ne doit-on pas attribuera l'ignorance volontaire, VA rintempcraoce, aux différents vice^, k l'imprévoyance R'^i dépense sans songer au lendemain? Si la somme I des mist'res que la sagesse des individus sufllrait à éviter, pouvait être séparée de la misère indépendante de la moralité et du courage individuels, combien la misère dont la responsabilité incombe directement à la société, ne serait-elle pas diminuée?
Aussi le râle social de nos instituteurs et de nos institutrices est-il bienfaisant, car ils peuvent beaucoup pour combattre par l'exemple, par l'enseignement, par l'insistance auprès des familles, contre les causes facilement évitables de misère!
11 n'est pas jusqu'à la mort dont les institutions de prévoyance, encore si peu répandues, ne puissent atténuer les coups imprévus.
Est-ce ù dire que l'iosliluteur doive être socialiste? Si