‹ Aux instituteurs & institutrices: consoils & directions pratiquesChapitre 68 sur 78 · Lcconte de Llsie, Foitnes antiquei, Midi · texte numérisé non relu

Lcconte de Llsie, Foitnes antiquei, Midi

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ràcimal, un arbre, un fleuve, un pays, à snsciler dans l'esprit des enfants une impression de la beauté particulière à chaque chose. S'U s'agit d'animaux, il trouvera fréquemment dans La Fontaine quelque trait caractéristique : la recherche du trait caractéristique, qui est toujours beau, est le propre des grands artistes. Ce Irait, La Foolaine le trouve presque toujours; aussi at-on pu dire avec quelque raison qu'on étudie mieux l'histoire naturelle chez La Fontaine que chez BulTon, car le premier dessine vigoureusement une silhouette qui contient tout l'essentiel, tandis que le second décrit s après les autres tous les traits, et nous fait un fwgnalement de passeport, car il procède par accumulation.

Un professeur d'histoire ne perd pas non plus son temps lorsqu'il s'arrête devant un beau trait d'hérotsme moral pour le signaler aux enfants qui l'écoutent.

c'est par d'incessantes invitations à considérer la rbeauté des choses et des êtres, qu'on développe dans Frame de l'enfant le goûtdu beau, et le sens du beau. On n'enseigne pas le beau de huit heures à huit heures et demie les lundi, mercredi et samedi... on l'enseigne comme on enseigne la morale, c'est-à-dire constamment, parce que le maître a longuement développé en lui-même, par une culture bien comprise, le besoin de tout envisager du point de vue moral et esthétique. Que le maître aime le beau et le goûte profondément, et tout son enseignement sera transformé et communiquera de proche en proche, comme par contagion, le sens de la H beauté.

^ft A une époque où les religions ne dirigent plus guère ^Hiile conscience populaire, il est plus urgent que jamais de ^KBe laisser perdre aucun des moyens d'embellir et de

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poétiser la vie quotidienne, et de donner aux homme» des goûts supérieurs.

Il faut que nos instituteurs luttent avec énergie contre le sot préjugé que la poésie est un luxe.

Nous noue souvenons qu'au collège, nous considérions la physique comme nue science intimidante, que nous n'étudiions que dans certaine salle ornée d'instruments qui sollicitaient, par leurs formes étranges, notre curiosité, et dans certains livres à figures... l'idée tie dous venait pas que, lorsqu'on élude, nous nous brûlions a tisonnier rougi à l'autre extrémité, < nous Taisions de la physique». Notre science n'était pas liée b la viequoti' dienne !

De même, il faut lier la poésie k la vie, ou plutOI découvrir que nous baignons dans la poésie, qiioiqut l'habitude nous rende insensibles à son charme trant. L'habitude a sur notre sensibilité passive deB elTets inexorables : elle l'affaiblit et finit par l'éteindre C'est ainsi qu'on s'habitue au luxe et qu'on arrive trô vite h n'en plus goûter le plaisir; c'est ainsi encore qutt io montagnard des Alpes se familiarise si bien avec ]ti sublimité de ses montagnes, qu'il y semble indifférent : mais vienne pour celui-U la misère, et pour celui-ci l'exil dans une grande ville, et l'étendue de la privation subie apparaît alors : le désespoir du premier sera profond; quant à la douleur du second, elle deviendra ce mal meurtrier qu'on appelle « le mal du pays ».

Il faudrait que nous eussions toujours, devant Is nature, la fraîcheur d'impression du pauvi-e qui retrouve l'aisance, ou l'élan d'amour passionné du montagnard que le mal du pays ramène dans ses montagnes; oi cela est possible. Il suffit de transformer en sentimenU actifs la passivité des impressions, de manière à ce qufl

nous soyons maîtres de dos sentiments, c'est-à-diro que nous puissions les éveiller facilement. Cette transformation s'opère par une éducation intellectuelle appropriée, et principalement par l'étude des sciences, dont on peut exposer les résultats généraux, à grands traits, aus enfants. Il faut lier la poésie de la nature à la science. L'étendue infinie du monde, sa durée éternelle par rapport à nous, sont des idées profondément poétiques par elles-mêmes; la prodigieuse diversité des formes produites par les lois immuables de l'Univers, sont un aliment pour l'admiration sans cesse renouvelée. La vue d'une pierre portant l'empreinte d'un fossile peut provoquer le sentiment du grandiose chez qui réfléchit à l'Océan qui recouvrait la plaine il y a des millions d'années.

La lecture des œuvres des savants de premier ordre «st, au plus haut degré, capable d'enflammer les sentiments d'admiration pour ta nature, et nul poète, par exemple, n'a su encore chanter les magnificences des Alpes avec autant d'éclat que l'ont fait de Saussure et Tyndall.

L'étude de l'astronomie, de la géologie, de la paléontologie est poétique — et cette étude, au moins dans ses grandes lignes, est ouverte à nos élèves-maîtresses et à nos élèves -maîtres.

Le botaniste, le zoologiste, familiers avec les secrets de ta vie partout répandue; familiers avec les mœurs des oiseaux, des insectes, des innombrables animaux qui animent nos champs et nos campagnes, trouvent à chaque pas de nouvelles sources d'intérêt : il faut savoir observer dans le plus grand détail, et ne point imiter le paysan inculte qui vit en étranger au milieu de la foule 1b bestioles qui travaillent infatigablement autour de

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lui. Quelle source de vivante poésie pour dos jeunei lilles et pour nos jeunes gens de la campagne, s'il] ijpiouvaient quelque chose de ce sentiment de < fratep niti5 ■ qui débordait du cœur de saint François d'Assisi pour les animaux M

En outre, la poésie humaine élargit chaque jour see horizons. La découverte de la solidarité sociale Iran» /'orme les relations humaines, et bien des poètes oal découvert et découvrent chaque jour la profonde poésia de la vie des humbles, et, comme le dit un esprit d'une singulière pénétration ', le < tragique de la vie quotidienne >. 11 faut montrer * la beauté, la grandeur, et la gravité de l'humble existence ordinaire >. Pour donner c ce ton > à l'esprit, il esl nécessaire de lire des poètes et surtout les grands poètes contemporains, qui souvent savent évoquer en nous une puissante aympathi( pour les choses et pour les êtres. Ils nous révèlent des analogies ténues que nous ne soupçonnions pas entre li nature et notre âme, et ils nous apprennent le grand ar d'associer aux objets nos joies et nos tristesses.

Faute de culture, on perd cette faculté de goûter la poésie et d'introduire dans la vie quotidienne une frat' cheur d'impressions, une richesse de sentiments, qui U transforment, et qui lui donnent une saveur exquise; Cette sensibilité poétique est dans les choses de V&mé ce qu'est dans l'ordre matériel, l'appétit d'une personne bien portante qui trouve succulents les mets très natu' rels et très simples de la table de famille.

Darwin, sur ses vieux jours, déplorait d'avoir laissa

i. Voir à ce sujet le livre ravissant de M. Paul Sabatier : 1 vie de saint Français d'Assise.

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