Maurice Maeterlinck, Le trésor des humbles, I8M
LES PRINCIPES DIBECTEUHS 295
s'atrophier en lui cette faculté : < La perte des goûts esthétiques est une perts de bonheur; elle peut être nuisible à l'intelligence, et plus probablement au caractère, en affaiblissant la capacité d'émotions que notre nature peut ressentir'. » Ce passage est d'autant plus signilicatif que Darwin, ainsi que le prouvent ses expressions dubitatives : < elle peut être nuisible à l'intelligence et plus probablement au caractère », ne se rendait pas un compte exact du mal que lui a fait son dédain des choses esthétiques. Il y a dans ses œuvres quelque chose de sec, d'aride, si bien que, malgré son profond enthousiasme scientifique, on ne peut citer àê lui aucun passage d'une beauté supérieure comme ceux qu'on cite de Herschel, de Humboldt, de Cuvier, de Tyndall...
Aussi recommandons- nous aux élèves-mai très de lire assidUment un petit nombre de poètes de haute intelligence, et, par poètes, nous n'entendons pas seulement les poètes proprement dits, mais tous ceux qui, ayant puissamment ressenti des émotions devant les spectacles de la nature, ou devant les spectacles humains, ont essayé de les traduire en vers ou en prose.
Quelle poésie vaudra jamais certaines descriptions de George Sand, qui nous font si profondément sentir les beautés de la campagneî c Nature éternellement jeune, belle et généreuse! Elle verse la beauté à tous les êtres et k toutes les plantes... elle possède le secret du bonheur, et nul n'a su le lui ravir. Le plus heureux des hommes serait celui qui, possédant la science de son labeur, et travaillant de ses mains, puisant le bien-être et la liberté dans l'exercice de sa force intelligente,
aurait le temps de vÎTre par le cœur et par le cerveau, de comprendre... » « Le rêve d'uiie existence douce, libre et simple poar l'homme des champs, n'est pas »i diflicile à conf^evoir qu'on doive le reléguer parmi le:S chimères. Le mot triste et doux de Virgile : ô forlunalos... est un regret, mais comme tous les regreU, c'est aussi une prédictiou. On jour viiindra où U labnurew pourra être un nrtiste, sinon pour exprimer, da moins f>oii sentir U berm. Croit-ou <jue cette mystérieuse întuilioD de la poésie ao soit pas en lui à l'état d'instiDct et de vague rêverie 'T »
Si l'on veut savoir ce que G. Sand entend par 1 poésie des champs, qu'on lise celte belle page. enTant de six à sept ans, heau comme un ange, et les~ épaules couvertes, sur sa blouse, d'une peau d'agneau qui le faisait ressembler au petit saint Jean-Baptiste . des peintres de la Renaissance, marchait dans le sillonn parallèle k la charrue, et piquait le Hanc des bœuffl avec une gaule longue et légère, armée d'un aiguîtloM peu acéré. Les fiers animaux frémissaient sous la petili main de l'enfant, et faisaient grincer les jougs et In courroies liés' à leur front, en imprimant au timon d violentes secousses. Lorsqu'une racine arrêtait le s le laboureur criait d'une voix puissante, appelai chaque héle par son nom, mais plutôt pour calmer qui pour exciter; car les bœufs, irrités par cette brusqu) résistance, bondissaient, creusaient la terre de leur| larges pieds fourchus, etse seraient jetés de cdtéempoH tant l'arçon à travers champs, si, de la vois et deTaigi Ion, un jeune homme n'eût maintenu les quatre micrs, tandis que l'enfant gouvernait les quatre autt