‹ Aux jardins de Murcie; pièce en trois actes. AdaptéeChapitre 42 sur 61 · SCENE XIII · texte numérisé non relu

SCENE XIII

Les mêmes, Domingo, Conception et Migalo, puis Fuensantica.

Andres, saluant avec tous les autres invités. — • Soyez les bienvenus !

Tous. — Bonjour !

Domingo. — Que tout îe monde soit ici chez soi !

Anton, à Migalo, à voîx basse. — L'affaire s'estelle conclue à votre gré?

Migalo. — Je n'ai pas marchandé, pas même un centime.

Anton. — Et que donnez-vous à votre fille?

Migalo. — Rien... C'est lui qui donne tout! (Il montre Domingo.)

Anton. — Tu as été généreux !

Conception, embrassant sa jille. — Comme nous te faisons heureuse, ma fille!

Maria. — Ah ! ma mère ! Que Dieu vous récompense de votre bonne intention !

AndrES. — Voilà un mariage bien réglé!

Domingo. — Pour ça, oui ! Asseyez-vous, Messieurs, et s'il n'y a pas assez de chaises, prenez place sur le sofa des gens de la Huerta, qui est la sainte terre. {Quelques-uns des assistants sortent des chaises de la maison, pareilles à celles qui sont déjà sur la ^cène. Les uns s'assoient sur ces chaises; d'autres sur le banc de pierre; d'autres, hommes et femmes, s'accroupissent sur le sol; plusieurs restent debout.) Sans cérémonie, ici on ne fait pas de manières ! Fuensantica!... OiJ est-elle?

FuensanTICA, apparaissant sur la porte. — Je suis là, je suis là... Sans moi, point de réjouissance, puisque j'ai la clef du garde-manger!

Domingo. — Mets la table et sors ce qui a été préparé. {Fuensantica entre dans la maison, suivie de trois ou quatre femmes invitées; elle ressort, couvre la table d'une belle nappe propre, garnie de dentelles, puis elle entre et sort plusieurs fois avec les autres femmes, qui portent des plateaux ronds et blancs, rayés de couleurs vives et aux reflets métalliques. Sur un de ces plateaux, il y aura des tasses du même genre pleines de chocolat, et sur les autres, des brioches et des gâteaux. Elles apportent de plus deux Verres avec des fleurs peintes, une bouteille d'eau, la calebasse contenant le vin, du pain et d'autres plateaux avec toutes sortes de provisions que nomme Domingo. Le tout est disposé convenablement sur la table.) Venez ici. Que chacun prenne ce qui lui plaira le plus. Il y en a pour tous les goûts : du chocolat et des brioches pour les bouches délicates, du saucisson, des saucisses et autres choses substantielles pour celui qui aime bien faire travailler ses mâchoires, et du pain frais, et du bon vin. Prenez, c'est offert de bon cœur !

MiGALO. — Que ça dure longtemps !

Anton. — Et après le goûter, en avant la musique !

Domingo. — Bravo ! Sans la danse et les guitares, il n'y a pas de fête complète !

Conception, regardant sa fille et Xavier. — Je sais bien qui ouvrira le bal !

Domingo. — Si vous parlez de Xavier, vous vous trompez. Aujourd'hui, mon fils ne danse pas.

Tous. — Si, si !...

Xavier. — Mais pourquoi pas, mon père? Avec Maria del Carmen!... je suis très bien!... {Avec emportement.) Va, je danserai!...

Domingo, — Tu vas te fatiguer !

Maria. — Nous ne danserons pas.

Xavier, soumis. — Bien, je t'obéis.

FuENSANTICA, se plaçant eu milieu de la scène, prête à danser. — Moi, je danserai ! J'ai mes castagnettes ! {Elle les jait sonner.)

Domingo. — Approchez ! Ici, vous et moi. (// offre des chaises à Conception et à Migalo, à gauche de la table.) Et ici le gouvernement. {Anton s'assoit, Fuentantica distribue les tasses de chocolat, que quelques-uns prennent, tandis que les autres font circuler le saucisson, les saucisses et le pain. Chacun coupe sa part avec le couteau qu'il tire de sa poche. Ils mangent et boivent à même la calebasse, très peu boivent dans les verres. Sur la scène, il y a un grand mouvement. Fuensantica mange aussi au dernier plan.)

AndRES. — Commencez l'attaque.

Domingo. — Allez, tout ça, c'est pour vous autres !

Andres. — Courage, Xavier!

Xavier. — Rien ne me tente. Ce que j'ai, c'est une grande soif !

Maria. — Prends ce verre d'eau.

Xavier. — Non, celle de la cruche. Elle est plus fraîche. (// Va Vers la cruche, la décroche et boit.)

Domingo. — Bois avec prudence, mon enfant. {Xavier raccroche la cruche et revient à sa chaise. Court

silence, pendant lequel les invités mangent et boivent.)

Anton. — En voilà une belle après-midi !

Conception. — Après-midi de mai.

AndrES. — C'est ainsi que Dieu les fait pour nous.

Xa\IER. — Tout y contribue, bonne humeur, bonne compagnie !

MîGALO, la bouche pleine. — Et bon goûter î

Maria. — Si les hommes savaient estimer tous ces bienfaits, il n'y aurait dans ce pays que paix, amour et content em.ent.

Conception. — C'est un sol béni !

Anton. — Terre de fleurs ! Si tu te baisses, si tu en prends une poignée, et si tu la flaires, elle embaume !

MiGALO. — Mais il faut la labourer !

Anton. — Tu y plantes ton gourdin, mettant de côté ce qui te gêne pour boire un coup, tu soulèves la cîlebasse et, pour peu que tu restes à boire, le gourdin a fîeuri !

MiGALO, prenant la calebasse. — Je vais voir si le tien fleurit ! {// boit longuement.)

Conception. — Est-ce que tu y couches?

(Rires.)

AndreS. — Hé... Il y en a qui attendent leur tour !

Anton, s'adressant à sa canne, quand Migalo laisse la calebasse. — Tu aurais eu le temps de fleurir !

Domingo. — Eh bien ! Si nous parlions de ce qui nous réunit ici ! (Le cercle des invités se resserre autour de Domingo.) Vous savez déjà de quoi il s'agit.

Andres. — Oui, inutile de se fatiguer.

Domingo. — Maintenant, je vais vous annoncer ce que vous ne savez pas, c'est que l'affaire est définitivement conclue.

Conception. — Et bien conclue !

Domingo — Maria del Carmen et mon fils vont tout de suite échanger leurs paroles.

Xavier. — Maria del Carmen, je te la donne, moi, de toute mon âme, et je bénis mon heureuse fortune.

Conception. — Bénis aussi la tienne, ma fille.

Migalo. — Vas-y et bénis-la !

Domingo, à Maria del Carmen. — Tu nous donnes ta parole, toi?

Maria. — Pourquoi faut-il répéter ce qui a déjà été dit? Je vous l'ai donnée à Xavier et à vous, et j'ai la vôtre.

Anton. — Très bien.

Xa\IER. — Dieu te bénisse!...

Domingo, — Quant à la question d'intérêt, voici ce qui a été convenu : Maria apporte pour dot sa précieuse pei£onne et cette fleur de beauté que lui donna la divine

grâce pour quelle n'eût pas besoin d'autres richesses. Cela suffit, il n'y a pas à lui en demander davantage.

AndRES. — C'est bien.

Tous. — Très bien.

Domingo. — Elle entre dans cette maison et elle y entre pour régner et pour dépenser notre bien selon son désir et pour son contentement.

Andres. — Elle le mérite.

Domingo. — Quant au père Migalo, moi, en reconnaissance, je lui cède le fermage des terres que j'ai du côté du canal, une paire de bêtes pour les labourer et, s'il en a besoin, des semences et des outils, rien ne lui manquera.

Anton, à Migalo. — De façon que celui qui se marie, c'est toi.

MiGALO. — Il a tout offert. Je n'ai rien demandé.

Domingo, donnard un écrin à Xavier. — Maintenant, mets cette bague au doigt de la fiancée, je me réjouirai si elle lui plaît.

Xavier, mettant la bague au doigt de Maria. — Donne-moi la main. {Tous s'approchent pour regarder la hague.) Comme elle brille à son doigt ! (// soutient la main de Maria pour montrer la bague à tous.)

Andres. — Quel beau bijou!

Anton. — Il est superbe !

Maria, à Domingo. — Songez à ce que vous m'avez promis.

Domingo. — Ce que je garde dans mon coffre?

Maria. — Oui.

Domingo. — Tu l'auras en sortant de l'église.

Maria. — Hâtez- vous.

Domingo. — On se hâtera.

Andres. — Et la danse, ne commence-t-elîe pas?

Domingo. — Dansez.

Anton. — Faites de la place. {Tous se retirent, laissant un espace vide pour les danseurs.) Ici les musiciens. (// les place au jond.) Les couples.

Andres. — En voici un.

FuENSANTICA, faisant sonner ses castagnettes. — Un

autre.

Tous. — Bravo! bravo! (1)

(Grand mouvement. Les couples s'avancent. La musique joue au milieu des cris des assistants. On danse. Les jeunes filles font sonner les castagnettes. Pencho arrive (2) , suivi de Pepuso, Roque et d'autres jeunes gens, et pénètre dans le cercle.)

(1) MUSIQUE. N'' 13 PARRANDA. N^' IJ BIS REPRISE DE LA MARCHE D'e?s'TRÉE N° 12 N" 14 EL PAVO N" 2. N° 15 BOLERO.

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