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EXPOSITION DE QUÉBEC

duire : Y Enseignement ménager fut créé, les Cercles de fermières organisés et les Jardins scolaires institués.

Pour encourager l'expansion de ces diverses fondations agricoles, l'Exposition de Québec invite ménagères, fermières et jardiniers scolaires à venir, chaque année, exhiber les créations de leurs labeurs domestiques et les produits de leurs études culturales.

Voilà encore une belle initiative qui doit être continuée et développée davantage, car elle oriente dans sa voie naturelle notre enseignement populaire, et assure en même temps l'enracinement plus profond des nôtres au sol canadien, gage de notre prospérité et de notre grandeur future, tant morale que matérielle.

La ville de Paris n'a pas été bâtie dans un jour, ni l'Exposition de Québec dans un an, c'est pourquoi il reste encore beau-

coup à faire dans certains domaines, bien que des efforts louables aient été tentés pour rendre intéressantes les diverses manifestations de l'agriculture, de l'industrie et du commerce.

A propos d'agriculture ou plutôt d'industrie animale, les visiteurs ont été à même d'admirer les pavillons réservés à l'aviculture et à l'apiculture. Dans les deux cas, il semblerait que les résultats obtenus sont fort satisfaisants, et les démonstrations avicoles et apicoles étaient de précieuses leçons pour les amateurs de volailles et d'abeilles.

Mais l'on ne saurait en dire autant de la grande Industrie animale, c'est-à-dire pour les espèces chevaline, bovine, ovine et porcine.

S'il se trouve de beaux sujets dans chaque espèce, le nombre en est trop souvent restreint pour une Exposition provinciale.

C'est peut-être aussi à cause du manque d'encouragement de la part des éle-

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veurs que les Commissaires de l'Exposition donnent une attention apparemment distraite aux locaux et aux abords réservés à ces espèces.

L'industrie animale, en tant qu'organisation de propagande, a-t-elle reçu jusqu'à date, de la part des autorités provinciales, la même attention que d'autres industries, telles que, par exemple, les industries laitière, avicole et apicole ; les cultures maraîchère, fruitière et potagère ?

Je pose simplement la question.

Quoi qu'il en soit, il importe que l'industrie animale reçoive un encouragement plus marqué, afin qu'elle ait le rang qu'elle devrait occuper à l'Exposition de Québec, et qu'elle ne soit pas éclipsée par des expositions régionales.

Dans le même ordre d'idées, il m'a semblé que l'étalage des produits manufacturés n'atteignait pas non plus le degré de qualité, ni de quantité désirables, pour un centre comme celui de la région

de Québec. A part quelques installations de bon goût, Ton en remarquait trop de pauvres, sans attrait, ni aucune valeur commerciale.

Je trouve encore l'occasion mal choisie pour le commerce de détail, ou la vente de billets de loterie, pour des objets insignifiants, dans le pavillon des Industries.

Il ne serait peut-être pas mauvais, qu'à l'avenir, le plan de chaque installation soit soumis à l'approbation d'un commissaire, avant de louer un espace. Ce serait là, sans doute, un moyen d'éliminer certains éléments non recommandables.

Enfin, troisième item qui mériterait considération dans la galerie des choses perfectibles, c'est celui qui a trait aux amusements récréatifs et instructifs, devant la grande estrade.

Les courses de chevaux, de motocyclettes et d'automobiles sont fort intéressantes, mais la piste est trop courte. Le terrain de la Commission ne serait-il pas assez vaste pour tracer un hippodrome d'un mille ?

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Les pagents sont aussi des leçons concrètes fort goûtées, en général, mais la réalité, cette année, n'a pas répondu à l'annonce, et encore moins à la conférence qui les accompagnait. Il fallait une foi plus qu'ordinaire pour voir une représentation, même mitigée, des scènes de bombardement que subit le fort de Vaux, quand placé en face d'un village veuf de toute fortification. La silhouette de Verdun, que l'on disait se dessiner dans le lointain, était invisible à l'œil matériel.

Sans amertume, comme sans reproches non plus, voilà quelques points sur lesquels je soumets humblement mon opinion, et qui justifient l'aphorisme placé en tête de ce paragraphe : la ville de Paris n'a pas été bâtie dans un jour. . .

Reste à dire un mot des vulgarités et des spectacles qui demanderaient une réglementation plus sévère encore, quoi-

qu'il y ait progrès considérable depuis quelques années.

Une grande amélioration, à mon avis, a été la prohibition de la vente des liqueurs alcooliques sur le terrain de l'Exposition. Les pochards pourront s'en plaindre, mais les honnêtes gens sont heureux d'en féliciter qui de droit.

Qu'il subsiste encore des amusements, tels les montagnes russes, le fouet, le carrousel, la roue, le musée de guerre, la ménagerie et autres du genre, je n'y vois rien de mal. Mais l'Exposition y gagnerait en supprimant toutes les inventions attrape-nigauds ou démoralisantes qui s'étalent encore un peu partout, comme les roues de fortune, les cibles, les marteaux à cloches, la tente des monstruosités, les sous-marins, les dompteurs de puces, les charmeurs de serpents, les montreurs de singes et autres pitres forains qui battent monnaie sur la naïveté populaire.

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Ceux qui veulent se récréer, et c'est légitime, n'auraient qu'à se rendre sur la grande estrade, où des spectacles intéressants, en même temps qu'honnêtes, sont offerts pour une somme modique.

Je suggérerais, comme amusement à bon marché et lieu de repos, l'organisation d'un cinéma où des représentations choisies et variées se donneraient à toute heure du jour et du soir.

Voilà, brièvement esquissées, les impressions que j'ai rapportées de l'Exposition de 1917, et les suggestions qu'elle a fait éclore dans mon esprit.

Humblement, je les soumets au verdict des juges de ce concours, et j'ai confiance qu'ils les accueilleront avec le même esprit que je les ai tracées, puisque, comme eux, je n'ai en vue que le développement normal de cette œuvre.

Je le répète "développement normal", ce qui implique un progrès dans l'ordre moral, intellectuel et économique, afin

que la population qui fréquente cette exposition en conserve une impression saine, durable et procréatrice de résultats bienfaisants pour l'avenir agricole et industriel de la région où son action se fait le plus vivement sentir.

^oëls ^amestttjms

/^T'EST en relisant, l'autre VJ' soir, le délicieux "Noël rustique " de l'abbé Camille Roy, le savant et délicat critique littéraire québécois, que je fus frappé par l'heureuse association d'idées, pleine de jusjy tesse et d'à-propos, contenue \7 dans la proposition suivante :

" Certes, chez nous, où tant de noëls domestiques s'ajoutaient en toutes saisons aux Noëls liturgiques, le tour d'être grand et d'être sage venait lentement (2)".

(1) A la Noël de 1917.

(2) L'auteur rappelle, dans cette narration, la première nuit de Noël où il fut jugé assez grand — et sans doute assez sage — pour accompagner ses parents à l'église. " Pbopos Canadiens ", page 59, (1912).

Pendant que d'autres traceront ici, dans ce numéro-souvenir, (1) des contes naïfs pour les enfants, des légendes attendrissantes pour la jeunesse et des dissertations religieuses pour le grand monde, moi, plus profane que tous ces collaborateurs, j'exposerai brièvement les réflexions que fait surgir dans mon esprit et les sentiments que développe dans mon âme l'approche de la grande fête anniversaire du 25 décembre.

Les " noëls domestiques ", ou la natalité, dans les foyers où résonne le verbe français au Canada, voilà un problème qui mérite qu'on s'y arrête au moins une fois l'an, pour rappeler à la foule absorbée par les mille et un soucis de la vie quotidienne, quel puissant facteur a été le ber dans notre prodigieux développement comme entité distincte, depuis un siècle et demi ; pour dénombrer aussi nos forces vitales à l'heure actuelle, et en faire état à côté des éléments hétérogènes

(1) Numéro de Noël du "Soleil".

qui nous enveloppent de toutes parts ; et, enfin, pour tenter de soulever un coin du voile de l'avenir et de pronostiquer sur nos possibilités d'accroissement futur.

Au lendemain de la cession de 1760, nous étions environ 60,000 paysans échelonnés sur les deux rives du St-Laurent et abandonnés de nos chefs — à l'exception toutefois du clergé qui devint alors le guide temporel et spirituel de la poignée de braves qui survécut à la guerre de Sept Ans.

Avec un rare courage et une ténacité digne de tout éloge, nos pères entreprirent de relever leurs foyers dévastés et s'adonnèrent presque exclusivement à la culture de la terre, s'occupant peu, en général, des affaires publiques.

Après trente ans de ce nouveau régime, la Métropole accorda aux Canadiens une forme de gouvernement démocratique, grâce à la largeur d'esprit des hommes

d'état anglais, dont Pitt et Fox furent les leaders. Les provinces du Haut et du Bas-Canada furent créées et le suffrage populaire établi.

Les statistiques les plus probantes que nous puissions établir donnent une population de 156,000 âmes, dont environ 10,000 de langue anglaise, à la province du Bas-Canada, lors de l'adoption de l'Acte Constitutionnel, en 1791.

En trente ans, les 60,000 Canadiens étaient arrivés au chiffre relativement phénoménal de 146,000 âmes, ce qui représente une augmentation de 143 pour cent. Il importe d'ajouter qu'à cette époque, le taux de la natalité, par mille habitants de religion catholique, était de 65, tandis qu'il est descendu à 36 aujourd'hui pour la province entière. (1) Nos ancêtres doublaient alors leur nombre à tous les douze ans, par le seul accroissement

(1) La natalité moins nombreuse au sein des familles noncatholiques, qui forment environ un cinquième de la population, a sans doute contribué à faire baisser ce coefficient.

naturel de la population, c'est-à-dire par l'excédent des naissances sur les décès, quand le même résultat ne s'obtient maintenant qu'après plus de trente ans.

Voilà des chiffres officiels que nous citons ici sans commentaires, mais qui méritent que s'y arrêtent sérieusement tous ceux qui, en raison de leurs fonctions éducationnelles, ont pour mission de développer dans le cœur de nos populations l'esprit de foi et le don de force morale qui sont les plus sûrs garants de la fidèle observance du précepte divin : " Croissez et multipliez-vous ".

Après cette digression, reprenons le fil du développement commencé au sujet de l'accroissement des nôtres.

Un siècle après la cession du Canada, les habitants d'origine française étaient au nombre de 850,000 âmes, soit 14 fois plus nombreux qu'au lendemain des jours sombres où

.... notre vieux drapeau, trempé de pleurs amers, Ferma son aile blanche et repassa les mers !

A côté de nous, dans l'ancienne pro-

vince du Bas-Canada, nos concitoyens de langue anglaise avaient atteint le chiffre de 260,000 âmes. Comme force numérique, nous étions donc, à cette période de notre histoire, trois contre un, sur les rives du Bas St-Laurent.

Le dernier recensement décennal de la population, en 1911, nous apporte encore des faits consolants, car nous y constatons que la multiplication rapide des nôtres se continue, et que nous étions alors, dans la province de Québec, quatre contre un de toute autre origine, soit, en nombre absolu, 1,605,339 sur une population totale de 2,003,232 habitants.

Quel serait, à l'heure actuelle, le chiffre de notre population, dans la province, si, depuis cinquante ans, les états de la Nouvelle-Angleterre et les provinces de FOuest ne s'étaient pas enrichis à nos dépens ? Le double peut-être, et cette double force n'eut pas manqué de faire son empreinte, non seulement au point de vue économique mais aussi, et de façon

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plus efficace, dans le conseil de la nation, en établissant un quotient de représentation plus élevé pour certaine province où fleurit . . . l'oranger.

Quoi qu'il en soit, la population de la province de Québec, en 1911, était de vingt-six fois plus élevée que celle de 1760, un siècle et demi auparavant.

Voilà, brièvement esquissés, les grands jalons du développement numérique des nôtres, en cette province ; développement que des écrivains remarquables ont qualifié, et non sans raison, de " Miracle canadien ".

Et malgré les tempêtes politiques essuyées au cours de ces cent cinquante années ; malgré notre manque d'organisation scolaire pendant tout près d'un siècle, après la cession ; malgré la pauvreté et le dénuement qui furent le lot de nos ancêtres pendant longtemps ; malgré tout cela, jamais le vainqueur n'a réussi à étouffer les syllabes de France sur nos lèvres ; sans arrogance, nous

sommes restés fiers, le front haut, malgré les injustices ; et nul ne peut se vanter de nous avoir fait abdiquer un droit.

Nos églises, nos écoles et nos palais de justice sont là pour attester la vérité de cette assertion. "Bon sang ne peut mentir ", pourrait être inscrit sur notre blason, car nous sommes issus des meilleures familles de France.

Auguste, empereur romain, rendu à l'apogée de sa gloire, voulut connaître, en Tan 4004 avant J.-C, la population relevant de son sceptre. Les juifs ayant reçu Tordre d'aller se faire inscrire dans le pays de leur origine, Joseph et la Vierge Marie partirent pour se rendre de Nazareth à Bethléem, où David était né. Et c'est là que Marie, n'ayant pu trouver de place dans les hôtelleries, se réfugia dans une étable et y mit au monde le Fils de Dieu, qu'elle coucha dans une crèche.

L'Histoire Sainte nous apprend encore qu'Hérode, roi des juifs, averti de la naissance du Christ, résolut de le faire périr afin d'empêcher l'accomplissement des prophéties. Prévenus à temps par un ange, Joseph et Marie se sauvèrent en Egypte avec l'Enfant Jésus.

Hërode,ne sachant comment atteindre PEnfant qui lui causait de si vives inquiétudes, fit massacrer tous les bébés du sexe masculin, âgés de moins de deux ans, dans le royaume.

Il y a cent cinquante ans, comme jadis la Judée tombant au pouvoir des Romains, la Nouvelle-France était cédée à la Couronne britannique.

Le premier dénombrement après le traité de Paris fut entrepris en 1765, et l'on établit que les Canadiens français étaient alors au nombre de 65,000. Comme aucun prophète n'avait annoncé notre épanouissement futur, on nous laissa croître et multiplier suivant le décret divin, sans trop nous molester. Mais un

jour où nos nouveaux maîtres s'aperçurent de notre expansion phénoménale, ils résolurent d'imiter, mais de façon plus voilée, le geste d'Hérode.

Les plus belles preuves de notre fidélité et de notre loyauté en 1774 et en 1812-13 ne suffirent pas à convaincre le vainqueur. Par mille moyens, on s'efforça de nous ignorer dans le conseil de la nation et de nous réduire au rôle d'ilotes.

L'Acte constitutionel de 1791 établissait bien une assemblée législative élective, mais le Conseil exécutif n'en avait cure dans ses décrets, pas plus d'ailleurs que dans l'emploi des deniers publics.

Plus tard, V Union des deux Canadas fut décrétée, après les troubles de 1837-38, pour nous humilier davantage, en abolissant l'usage officiel de la langue française, et en nous forçant à payer la dette énorme, pour l'époque, ($ 5,000,000) de la province d'Ontario.

La Confédération, consentie par la province du Canada, comprenant la pro-

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vince d'Ontario et la province de Québec, et auxquelles se joignirent le Nouveau- Brunswick et la Nouvelle-Ecosse, devait permettre aux deux groupes ethniques des provinces du Bas et du Haut- Canada de se développer sans friction.

Dieu sait ce qu'il reste encore à faire du côté de Tharmonie! Mais il ne s'agit pas de cela pour l'instant.

Combien sommes-nous de Canadiens français, au Canada, à l'aurore de l'année 1918?

Quelques chiffres approximatifs, basés sur le dernier recensement, nous le diront.

Dans la province de Québec, nous sommes aujourd'hui environ 1,900,000 ; dans Ontario, 240,000 ; au Nouveau-Brunswick, 120,000 ; dans la Nouvelle-Ecosse, 65,000; à l'Ile-du-Prince-Edouard, 13,000; au Manitoba, 35,000 ; dans l'Alberta, 25,000 ; dans la Saskatchewan, 30,000 ; dans la Colombie-Britannique, 10,000 ; ailleurs, au Canada, 2,000. Ce qui fait un total de 2,440,000 habitants de langue française au Canada, ou 30 pour cent du

total si nous l'estimons à 8,000,000 d'habitants.

Le petit groupe ,de 60,000 paysans abandonnés sur les rives du St-Laurent, s'étend aujourd'hui, sans solution de continuité, de Gaspé à Ottawa, soit un parcours de plus de sept cents milles de longueur.

Les Acadiens font aussi bloc à l'ouest du Nouveau-Brunswick. Dans quatre comtés, ils sont en majorité et, avant peu d'années, leur envahissement pacifique, par la colonisation et l'agriculture, se fera sentir dans d'autres comtés plus à l'est, en gagnant vers les châteaux forts anglophones de St-Jean et de Frédéricton.

Jadis des groupes acadiens de Grand-Pré vinrent s'établir à la Baie-des-Chaleurs; plus tard, d'autres, partis de la Nouvelle- Ecosse et de l'Ile-du-Prince-Edouard, essaimèrent dans la Vallée-de-la-Matapédia.

Aujourd'hui, ce sont les Canadiens du Bas-Québec qui vont ouvrir des terres

dans le bassin de la rivière Tobique, le long du chemin de fer Interprovincial, dans le comté de Ristigouche. C'est le trait d'union qui se complète entre les deux groupes de langue française ; c'est la soudure définitive et durable entre les deux chaînons d'origine commune, à l'est du Canada.

Si nous portons maintenant nos regards vers l'ouest, nous remarquons que dans Ontario, on compte aussi un groupe de compatriotes déjà considérable, dont la majeure partie est établie dans les comtés limitrophes de la province de Québec, tels que Russell et Prescott, et un autre à l'ouest, celui de Essex.

A l'est d'Ontario, un chemin de fer, le T. N. 0., (Temiskaming Northern Ontario Railway), reliant Ottawa à Cochrane, sur le Transcontinental, a ouvert un nouveau débouché aux pionniers canadiensfrançais, qui se propagent rapidement le long de cette voie.

On rapporte encore que les nôtres élèvent chaque jour de nouveaux avant-

postes le long du Transcontinental, à l'ouest de Cochrane, laissant espérer que, dans un quart de siècle, s'étendra de Québec à Winnipeg une longue suite de villages et de paroisses où l'on entendra résonner le beau verbe français. (1) Si l'on y ajoute, maintenant, tout le territoire de Québec à Moncton, où les habitants d'origine française dominent par le nombre, nous aurons alors une tranchée continue de plus de 1,800 milles de longueur, protégée par une armée de pas moins de 5,000,000 de poilus canadiensfrançais.

" Mais c'est un rêve que vous faites là", me dira-t-on peut-être. " Vous savez bien que la fin de la guerre va couper

(1) Un récent décret ministériel du gouvernement d'Ontario, obligeant tout nouveau colon à se soumettre, au préalable, au Règlement scolaire No XVII, pourrait bien enrayer la migration des nôtres dans cette région d'avenir. Heureusement qu'il y a encore de l'espace et du sol arable dans la province de Québec. Dans l'Abitibi seul on peut former deux cents paroisses nouvelles.

court à vos plans de développement.

Ne voyez-vous pas déjà la lutte qui se prépare de tous côtés pour vous refouler dans le vieux Québec, et vous empêcher d'étendre davantage vos racines prolifiques dans les autres provinces, afin d'y éviter la répétition de la tragédie dite des cantons de l'Est ?

La lutte n'est pas d'aujourd'hui. Celle que nous subissons depuis quelques années n'est tout simplement qu'une étape un peu plus hardie et plus tapageuse que d'autres. Que de moyens n'a-t-on pas déjà employés, depuis 1760, pour nous empêcher de grandir ou pour nous amener à nous fondre dans le creuset impérialiste de John Bull ?

Il n'y a pas de doute qu'on ne reculera devant aucune tentative politique pour nous affaiblir, voire nous saigner au cœur, afin d'empêcher notre accroissement numérique et notre expansion territoriale.

D'un autre côté, l'immigration d'aprèsguerre va couvrir les provinces de l'Ouest,

et Québec, comme toujours, devra continuer à se développer par le seul excédent des naissances sur les décès.

L'Ontario, qui vient de perdre quatre députés à cause de l'accroissement plus rapide de la population de la province de Québec, va tenter l'impossible pour garnir son territoire d'éléments nouveaux et anglophones, afin de reprendre le terrain perdu, au prochain recensement, en 1921.

Les provinces de l'Ouest attireront naturellement la plus grande partie des nouveaux venus, et leur représentation au parlement fédéral s'en augmentera de nouveaux membres aux Communes.

Mais en attendant la crise de nerfs qui se produira sans doute encore dans certains quartiers fanatiques et antipathiques à la province de Québec, en attendant cette explosion de. . . jaunisse, après le décompte du dénombrement de 1921, il reste aux Canadiens français de se grouper dans la province de Québec d'abord ; de se concentrer, afin de se

mieux sentir les coudes, et de pouvoir ainsi s'entr'aider au besoin ; puis de consolider les forts que nous avons au Nouveau- Brunswick et dans l'Ontario, en procédant par étapes,à travers le Témiscamingue et l'Abitibi, à l'ouest, et le long du Miramichi et du St-Jean, à Test, afin d'éviter toute solution de continuité.

Au point de vue de la cohésion future, ce serait une faute de tactique, croyons-nous, à l'heure actuelle, que de laisser éparpiller les nôtres à l'ouest de Winnipeg, car l'immigration étrangère les noiera toujours dans l'Alberta et la Saskatchewan.

Dans les régions où il faut défricher, nous n'aurons jamais de concurrents dangereux, car, seul, le Canadien français a l'endurance voulue pour ce rude métier.

Si donc nous savons nous unir ; si nous nous occupons de fortifier les points stratégiques que nous possédons déjà ; si nous prenons les moyens de nous "emparer du sol", suivant le mot favori de Mercier, nous nous assurerons une prospérité nor-

maie, solide et durable, et jamais on ne pourra nous empêcher de grandir ni de faire résonner notre verbe.

Grâce à nos qualités natives ; grâce à notre système de groupement paroissial ; grâce aussi à la richesse du sol canadien, nous continuerons à nous emparer pacifiquement de la plaine pour y attacher nos fils et nos filles, et assurer de la sorte le fondement de notre édifice national.

Ainsi, le rameau français transplanté au Canada, vigoureux et exempt de tout greffage, continuera à se développer pour atteindre le plein épanouissement qui lui est destiné et qui ne saurait manquer d'être remarquable, pourvu que les Canadiens français soient fidèles à leur devise " Je me souviens ", et que, dans leurs foyers, les noëls domestiques s'ajoutent souvent et en toutes saisons aux noëls liturgiques.

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