W.-MO. BUCHANAN
Agissant comme secrétaire particulier.
A MM. L. Riel, A.-D. Lépine, Pierre Parenteau.
Cette lettre supposait-elle que le temps du dauger était passé, et que par conséquent la coopération de l'élément français était devenue inutile par suite de procrastination ?
En efiet, que pouvaient faire de mieux les chefs métis ? Si l'on considère la distance qui sépare certaines localités mentionnées dans la liste ci-dessus, on s'étonnera même que celles-ci aient pu être atteintes par les courriers du comité central en si peu de temps.
Du reste, on appréciait si bien le concours des troupes métisses que, le lendemain même, cinquante de leurs cavaliers étaient envoyés dans le sud de la province, à la recherche des féniens qui s'y étaient, croyait-on, concentrés. Ce ne fut qu'au retour de ces éclaireurs qu'on apprit le fiasco des flibustiers américains, ce dont les historiens avec une cause à servir voudront bien prendre note.
Même les plus hostiles parmi ceux-ci se laissent d'ailleurs aller à des aveux qu'il est bon de relever. Par exemple, le paragraphe suivant de Tuttle va remettre les choses à point. Parlant ae l'un des chefs féniens, il remarque :
Il était presque certain d'être reçu en ami par les métis français, et il est douteux si le Canada inspirait assez de sympathie aux métis anglais pour les porter à se faire battre pour lui, tandis que, la masse des volontaires
avant été rappHée, Il y avait en réalité fort peu de matériatix pour offrir une résintanoe vigoiireuNe, Ajoutons à cela qu'il [le chf^f fénien] avait unn ample provision d'hommes à sa portée | oar il y avait alors d»ins le nord du Minnesota deux oh<*minfi de fer «*n oonutruotlon qui occupaient plusieurs milliers d'hommes, Mandais pour la plupart....
Quant aux armes et aux munitions, il y en avait une assez grande quantité vu que le gouvernemc^nt des Etats* Unis avait eu la bonté de lui rendre celles que ses troupes avaient capturées après le premier raid K
Un envahisseur eut-il jamais pareilles chances de succës ? Non, s'il est réellement favorisé de toutes ces conditions. Mais dans le cas présent un petit contretemps, Terreur fondamentale sur laquelle ses plans étaient basés, fut sa perte. Qrftce à Mgr Taché et à Biel, les méiis français se prononcèrent unanimement contre le mouvement d'invasion — le aocument ci-dessus en fait maintenant foi ; O'Donoghue fut arrêté par un parti de métis français— Ilill l'admet lui-même^; la sortie du côté de Saint-Joseph, qui devait âtre la pi^ce de résistance de la campagne projetée, avorta par suite de l'hostilité ouverte des chefs français, et l'ouest canadien resta à la Couronne anglaise. Cuique saura I
Terminons par le témoignage de la personne dont l'opinion doit primer toutes les autres. Sous la foi du serment le gouverneur Archibald fit en 1874 la déclaration suivante : (c Je crois que l'attitude des métis, lors de l'invasion fénienne, fut due aux représentations de leurs chefs que j'ai déjà mentionnés, et ii Ui métis eussent pris une attitude différente^ je ne crois pas que la prO' vince serait maintenant en notre possession ^.
Apres cela les dires et insinuations des fanatiques ne sont guère du nature à faire impression.
1 — L'auteur fait loi allusion k la première éohauffourée des féniens dans TEst du Canada. Oj), eitf p. 470.