MARIAGE D'AMOUR
Amour, amour, amour ! . . . Comme cette parole Parfume notre lèvre, et qu'elle a de douceur ! 11 semble que l'on hume, au bord de sa corolle. Le baiser et l'haleine et l'âme d'une fleur . . .
Mariage ! mot saint, mot auguste et suave !. . . L'ignorance finit, on commence à savoir Que, même au gai matin, la vie est déjà grave L'époux a son laheur, l'épouse n son devoir.
Mariage d'amour! ô la divine chose !. . . Paix aux foyers heureux que l'Amour a construits ! Paix aux jeunes jardins où veille un Ange rose ! Beaux Edens retrouvés, remplissez-vous de fruits!...
FLEURETTES SAUVAGES
FLEURETTES SAtTVAGES. 133
FLEURETTES SAUVAGES
Vaudreuil. — En me promenant dans la campagne, en septembre.
En août, durant des lieues J'ai, je pense, frayé Ce sentier égayé Alors d'étoiles bleues.
Je les revois toujours
Les fleurs aux douces teintes.
Elles se sont éteintes
En les derniers beaux jours.
L'air était vif d'abeilles.
Dont les vols argentins Passaient sur les jardins Formés de cent corbeilles
Fleurs venant du Pérou, Et fleurs orientales Aux fastueux pétales, Et fleurs j'ignore d'où.
FLEURETTES SAUVAGES. 135
Alors que croiseaux-mouehes, Heurtant des papillons Les dansants tourbillons !
Que de frelons farouches !
Mais, j'en fus bientôt sûr.
Abeille, aux étrangères, Abeille, tu préfères Les fleurettes d'azur. . .
Dans mon sentier superbe Je croyais voir un peu De ciel, ardemment bleu, Emietté parmi l'herbe.
lit *
S'il faisait quelque veut, Ah ! les haleines molles Qu'exhalaient les corolles, Comme un souffle vivant.
Léger souffle, caresse Céleste, sans peser !
Impalpable baiser Du parfum ! Pure ivresse !,
Pourtant pas une main Dans les fêtes ne cueille.
Ou sous des pleurs n'effeuille L'étoile du chemin.
FLEUKETTES SAUVAGES. 137
On dirait que voltige Une âme en cette fleur Qui reste sans couleur Dès qu'on l'ôte à sa tige.
Las ! jamais la Beauté A son sein ne la pose.
N'a-t-elle pas la rose Pour cette volupté ?
ut pictura xioesis.
(De l'album Je lady Belleau.)
L'aube sur la Laie éclatante
Se joue encor, Et sème au loin l'eau palpitante
D'écaillés d'or.
Déjà le cap Percé rayonne :
Sur ses pieds biens
La liux rejaillissant résonne Harmonieux.
0 beau rocher ! tes blanches lignes
Courent dans l'air, Puis s'enfoncent comme des cygnes
Dans le flot clair !
En longues flammes frissonneuses,
Sous ton arceau Pendent des mousses lumineuses
Au fil de l'eau.
Silence ! . . . Une baigneuse blonde,
Seule en ce lien, Eit et se fait des plis de l'onde Un voile bleu.
Voici qu'une vague s'avance
En folâtrant ; Conque humide, elle se balance
Dans le courant.
La joueuse qu'elle a frôlée Eit aux éclats,
Et roule, bruyante et perlée, Dans l'eau lilas.
0 fraîcheur divine ! ô délices ! . .
Ses doigts joyeux Ouvrent frileusement les lisses
De ses cheveux.
Ainsi, quand les pleurs de l'aurore
Baignent son sein, Frémit l'iris qui se colore
Sur le hassin.
Dans l'écume une écaille rose Pend au rocher. . .
Elle vole, s'écirie et n'ose La détacher ;
Car, au long de la pierre humide,
Effroi soudain !
Une lame a sauté rapide
Jusqu'à sa main.
Qu'elle a de plaisir ! . . . Enfantine !
Elle est debout, Plus vermeille qu'une églantine
De la fin d'août.
Sa chevelure que l'air roule, — Voile ingénu —
Fléchit sur son col, puis se moule A son flanc nu,
Et bat Teau. Par Tai-ceau de roche,
L'astre naissant Dans ces plis longs et frais décoche
Un trait perçant.
Couvrant d'une main qui ruisselle
Son œil châtain, Ah ! . . . la baigneus.e au vent chancelle
Et sort du bain !
Près d'elle, une abeille sauvage,
Fille du ciel.
S'abat, laissant sur son passage
L'odeur du miel.
L'enfant la voit. . . " L'abeille est lasse
De voltiger ! "" Dit-elle, et, comme un souffle, passe
D'un pied léger.
x\ peine, sur la marge étroite De galets bruns,
Effleure-t-elle le jonc moite, Plein de parfums. . .
Au loin, d'une aile soleilleuse,
L"n goéland Ease au bord la grève écailleuse
En s'envolant.
BILLET
BILLET. 161
BILLET
A mon avii Louis Frécheite, Député aux Communes.
Trois dames de ma connaissance, Friandes de belle éloquence (Phrase fleurie est un bouquet !) Me demandent triple billet, J'entends billet de galerie Et non pas amoureux poulet.
Fais m'en tenir trois je t'en prie.
Une adore la Poésie, — Long poème ou petit sonnet — Je crois, par-dessus toutes choses.
Mais enfin l'on peut varier. Le trio, sans débats moroses, Peut-être veut-il s'assurer Si, dans ce jour d'apothéoses.
L'éloquence avec son laurier Peut faire un moment renier La Poésie avec ses roses.
A Meademoiselles XXX.
L'aube dansait sa danse ailée Sur la colline, au fond du ciel.
Elle aperçut des fleurs dans la vallée.
La tête, hélas ! plus d'à-demi voilée.
Qui doucement versaient leurs pleurs de miel.
L'aube sourit, l'aube, la fée au.\ roses " Petites fleurs, petites fleurs, " A peine écloses, " Séchez vos pleurs ! ''
" — Ah ! que nous sommes malheureuses!
-' Nous nous mirions au bord de l'eau, '■'- Rivalisant de formes gracieuses, '•• Quand des zéphyrs les troupes querelleuses " Ont en passant ridé le clair ruisseau. "
L'aube sourit, l'aube, la fée aux roses " Petites fleurs, petites fleurs, "A peine écloses, " Séchez vos pleurs ! "
— " Puis, nous avons, soupirent-elles, " Pour tout voisin un laid chardon.
" 11 nous a dit, malgré nos fronts rebelles : '•' Embrassez-moi, vous qui serez si belles ! '" Horreur ! il a des piquants au menton!. . . ''
L'aube sourit, l'aube, la fée aux roses " Petites fleurs, petites fleurs, " A peine écloses, " Séchez vos pleurs ! "
" Hélas ! ô marraine, marraine, " Sur un hippogriffe, dans l'air, " Un cavalier à mine souveraine, " Aux habits d'or, descend chez la Verveine. " Mais nous, l'ennui nous ronge comme un ver."
L'aube sourit, l'aubo, la fée aux roses " Petites fleurs, petites fleurs, " A peine écloses, " Séchez vos pleurs ! "
Or, à l'instant, une volée
De papillons poudrés, brillants,
Légers, accourt vers la source isolée,
Où chaque rose incline désolée
Son beau front fait pour les baisers riants.
L'aube sourit, l'aube, la fée aux roses "Petites fleurs, petites fleurs, " A peine écloses, " Séchez vos pleurs ! "
M. le sénateur LOUIS LACOSTE