LE BOIS
La maison touche au bois. Je respire à ma porte Un air ayant gardé le goût de feuille morte. Or, telle est sa fraîcheur, que j'ai senti souvent. Quand là-haut le ciel flambe en un long jour sans v Et que quelque nuée au loin lourdement tonne, Voltiger sur ma chair comme un frisson d'automne.
Je sais les blancs bouleaux, je sais les pins moussus ; Mais qui pourra compter les nids entr'aperçus, Et les volantes voix que les arbres enchantent ? C'est ici le bois où toutes les feuilles chantent.
Bois d'ombre le midi, plein de flammes le soir. A peine est-il d'abord devenu presque noir Qu'entra ses fûts, grillant l'astre à son crépuscule, L'on voit étinceler des ors de renoncule. Au-dessus, jusqu'en haut de l'énorme couvent. Les transparences rient dans tous les tons du vent 0 fête des yeux ! . . . Tel, à l'heure vespérale, Un vitrail flamboyant d'antique cathédrale.
A wbiqht's gbove. 121
Quel lumineux matin vaut ces soleils couchants !
Toujours, lorsque ces feux sont éteints dans les champs,
Là-bas, parmi les blés, les herbes odorantes,
Qui doivent avant peu faire au maître des rentes,
Un vent se lève ; il vient, ainsi que sur les eaux
Accourent les frissons soufflés par les roseaux.
Il vient, il se soulève, il pousse les ramures.
Et feuillée à l'instant de s'emplir de murmures,
Et vent de s'irriter, et branches de crier. . .
Air mielleux de la plaine, ô suave ouvrier
De tempêtes pour rire, accours, tourmente, affole
Là-haut, d'un délectable émoi, la foule molle
Des feuilles ! . . . Que Ton boive un souffle plus amer !
Et qu'on pense écouter les vaguer dans la mer ! . . .
LE MOET
Je fuule d'un pied las l'herbe dans la prairie, Car tu m'as entraîné vers les champs, Rêverie, Fille du tioir, aimant les fronts blancs des vieillards. L'air ardent s'assoml)rit; les nocturnes brouillards, Horizontalement tendus comme des toiles, Couvrent tous les lointains. Au-dessus, les étoiles. . .
Enfin je me retrouve, et vais, bâton en main. En faisant pesamment sonner sur le chemin Le dur brin de noyer dont ma fatigue s'aide. Voilà la nuit tombée et le vent qui succède Aux longs souffles très doux venus du fond des cham] Quels soupirs il me jette, humains presque, et touchan C'est vous qui repassez, ô voix de ma jeunesse, Pourquoi, si vous voulez que je vous reconnaisse. Pourquoi vous rendez-vous plaintives à ce point ? Vous n'étiez que chanson — vous en souvient-il point ' Et rires résonnants entre les lèvres roses.
A WRIGHX'S GKOVE. 123
Si je vécus alors quelques malins moroses.
Je l'ai depuis longtemps, comme un songe, oublie. . .
Et je marchais à pas plus vifs, le corps plié,
(^uand un tremblottement d'ombres et de feux ternes
A dansé devant moi: balançant des lanternes
Des couples s'eiivolaient sans bruit d'une maison.
(},uoi ! la campagne fête, à peine en fenaison !
iFais non. pas un fredon, p-às un éclat de rire.
Non, rien que le silence, ou le veiit qui 'soupire.
J'ai vu déjà ces clos; ce toit, je le connais, l'ne blanche fleurette égayait ses vieux airs Tu soir que je passai — c'était l'autre bemaine — Au pas de mon cheval, devant l'humble domaine. Et, m'étant retourné pour revoir la maison Aux pana tout résiliés de pâle liseron. Un grand vieillard, debout dans le noir de la porte. M'avait crié: "Que l'œil du Seieneur \o\\< escorte!"
Cet homme, je devine, est donc mort aujourd'liui. Est-ce au bruit de mes pas qu'une lumière a lui?. . . Il est là, dévoilé, je le vois de la route.
L'œil fait uii grand trou d'ombre an bas du front jauni Mais l'âme vivante, elle, a sondé l'infini. L'infini ! . . . Tout se tait, même le chien de garde, Et la lampe à travers la vitre qui regarde. . .
J'ai relevé ma tête. Ah ! que le ciel est pur ! J'enfouce ma pensée en ce gouffre d'azur. . .
li'ENTANT A LA LÈVRE VERMEILLE. 125
L'enfant à la lèvre vermeille Se Jouait nu dans son berceau.
De ce corps si frêle et si beau Venez voir la merveille !. ,
Vents du ciel, que vous effeuillez
De roses
A peine écloses.
Vents du ciel, dès Taube éveillés !
Ce matin, l'enfant toute bianciie.
Est morte. . . ô mystère profond !
Des souffles qui vers Dieu s'en vont Ont défleuri la branche.
Vents du ciel, dès l'aube éveillés.
Vents du ciel, que vous effeuillez De roses A peine écloses !