a feuille Palpite moins au bois
Quand la tempête ])loio Chaque arbre ainsi qu'un jonc
Et broie Les branches sur son tronc.
Mais un rayon essuie Bientôt dans les rameaux
La pluie ; L'air se remplit d'oiseaux.
Hélas ! pour moi l'orage N"a-t-il pas épuisé
Sa rage ?
Oh ! que Je suis brisé !
Je ne vois que ténèbres, Et je n'entends que cris
Funèbres ! . . .
Ha, ha !.. . je ris, je ris.
Le rire étreint mes joues Et je sens de nouveau
Des roues Tourner dans mon cerveau.
Ha ! lia ! elle chancelle Ma raison, elle bat
De l'aile, Et tombe et se débat.
Quels fantômes m'obsèdent ?
Arrière ! je vous vois.
Ils cèdent Aux éclats de ma voix.
Xon, non, non, ils reviennent.
Sur mes yeux deux yeux gris
Se tiennent.
Ha ! ha ! je ris, je ris.
Est-ce encore un vertige ?
Mes efforts sont-ils vains ?
Ne puis- je La brover dans mes mains ?
FOLLES TERREUBS. 173
Cette araignée ardente A me couvrir de fils
Qui tente D'emmêler tous mes cils.
Son œil fixe regarde ; Ses cent bras sont levés.
Dieu garde Mes yeux d'être crevés.
Arrière, arrière, louve !
Comme 5on œil fatal
Me couve !
Arrière, esprits du mal !
Arrière, une ombre humaine Penchée au milieu d'eux
Promène La flamme de ses veux.
Si tu n'es pas de roche, 0 toi, souâ're qu'ici
J' approche Ce drap de mon sourcil.
L'horreur étreint mes joues Et je sens de nouveau
Des roues Tourner dans mon cerveau.
Abbé, je vous adresse Ce vœu : dites pour moi
La Messe !
Car je me meurs d'effroi.
Abbé, si je succombe, Que l'on couvre à foison
Ma tombe De terre et de gazon ;
Et, dans l'étroite enceinte.
Versez aux quatre coins
L'eau sainte, Abbé, pour que du moins,
Aucun regard de braise Qui trouble le repos
Xe pèse Alors sur mes yeux clos!.
Sous un vieux toit qui tremble Hier, le mal a surpris
Ensemble Une mère et son fils..
Les dormants cimetières Auront dû recevoir Leurs bières A l'approche du soir.
La femme est morte comme S'en revenait des bois
Son homme Après plus de six mois.
En entrant dans la rue.
Le jeune bûcheron
Salue Du regard sa maison.
Quelle joie!. . . il se hâte, Car son cœur le piquait ;
Il tâte Doucement le loquet.
Eiant dans son poil sombre — Femme ! dit-il du seuil . .
Dans l'ombre Eeposait le cercueil . , .
FOLLES TEREEURS. 177
Depuis le matin pâle Depuis l'heure où survint
Mon râle Qui fit dire : il s'éteint !
La joue humide et blanche.
Celle que j'aime tant
Se penche Dans mon re^-ard flottant.
Vois, je suis sans délire :
Eegarde-moi, je peux
Sourire Au baiser — de tes yeux.
Paix au beau front d'opale !
Demain tu me verrais
MoiuB pâle, Soulevé sur mon bras.
Folle était notre nlainte , Et d'abord j'ai pâli
De crainte En te voyant im pli
Au front, signe d'alarmes.
Et quand j'ai vu jaillir
Tes larmes.
J'ai pensé défaillir.
Mais toi, vraiment la cause De ton angoisse est peu
De chose.
Quoi ! mes tempes en feu.
Et notre belle joie.
Veux-tu que dans tes pleurs
Se noie Ce rire de nos cœurs ?
FOLLES TERBEURS. 17 S)
Dans ce monde morose, Jouir d'un éden bleu
Et rose C'est ton rêve — et mon vœu.
L'aube refleurit-elle ?
Dis-moi si la lueur
Nouvelle Kougit dans la vapeur
Dis-moi, de ma fenêtre Vois-tu le jour si beau
Eenaître ?
Lève bien le rideau,
Que 1e soleil, chère âme.
D'un ^'if et joyeux jet
De flamme Empourpre mon chevet,
Grands enfants que nous sommes, Où donc sont-elles, dis,
Les pommes Du Dieu du paradis ?
Moi, qu'étai's-je ? un brin d'herbe Heureux, faible, petit.
— Superbe :
Du ciel tombe, une nuit,
La goutte légère.
Me voilà tout plié.
Ma chère, iS^ous l'avions oublié.
Chut ! . . . ma raison, sois forte !
Ces petits pas. . . ce bruit
De porto . . .
Ce murmure qui fuit.
FOLLES TEREEUR8. 181
Oui, mou cœur qui s'incline ' — Ne le lui dites pas —
Devine Qui sont ces petits pas.
Passez au loin, passez 11 le faut : qu'on m'évite !
Dieu ! je vous ai chassés.
Bien vite !
Vous, mes beaux anges frêles Dont j'ai senti souvent
Les ailes Dans un embrassement !
0 mal qui désespères Tant d'êtres chers et doux,
Sœurs, pères.
Epouses à genoux.
Ma lèvre violette Où saigne ton sillon
Te jette La malédiction !