‹ Aux temps héroïquesChapitre 19 sur 27 · a feuille Palpite moins au bois · texte numérisé non relu

a feuille Palpite moins au bois

Quand la tempête ])loio Chaque arbre ainsi qu'un jonc

Et broie Les branches sur son tronc.

Mais un rayon essuie Bientôt dans les rameaux

La pluie ; L'air se remplit d'oiseaux.

Hélas ! pour moi l'orage N"a-t-il pas épuisé

Sa rage ?

Oh ! que Je suis brisé !

Je ne vois que ténèbres, Et je n'entends que cris

Funèbres ! . . .

Ha, ha !.. . je ris, je ris.

Le rire étreint mes joues Et je sens de nouveau

Des roues Tourner dans mon cerveau.

Ha ! lia ! elle chancelle Ma raison, elle bat

De l'aile, Et tombe et se débat.

Quels fantômes m'obsèdent ?

Arrière ! je vous vois.

Ils cèdent Aux éclats de ma voix.

Xon, non, non, ils reviennent.

Sur mes yeux deux yeux gris

Se tiennent.

Ha ! ha ! je ris, je ris.

Est-ce encore un vertige ?

Mes efforts sont-ils vains ?

Ne puis- je La brover dans mes mains ?

FOLLES TERREUBS. 173

Cette araignée ardente A me couvrir de fils

Qui tente D'emmêler tous mes cils.

Son œil fixe regarde ; Ses cent bras sont levés.

Dieu garde Mes yeux d'être crevés.

Arrière, arrière, louve !

Comme 5on œil fatal

Me couve !

Arrière, esprits du mal !

Arrière, une ombre humaine Penchée au milieu d'eux

Promène La flamme de ses veux.

Si tu n'es pas de roche, 0 toi, souâ're qu'ici

J' approche Ce drap de mon sourcil.

L'horreur étreint mes joues Et je sens de nouveau

Des roues Tourner dans mon cerveau.

Abbé, je vous adresse Ce vœu : dites pour moi

La Messe !

Car je me meurs d'effroi.

Abbé, si je succombe, Que l'on couvre à foison

Ma tombe De terre et de gazon ;

Et, dans l'étroite enceinte.

Versez aux quatre coins

L'eau sainte, Abbé, pour que du moins,

Aucun regard de braise Qui trouble le repos

Xe pèse Alors sur mes yeux clos!.

Sous un vieux toit qui tremble Hier, le mal a surpris

Ensemble Une mère et son fils..

Les dormants cimetières Auront dû recevoir Leurs bières A l'approche du soir.

La femme est morte comme S'en revenait des bois

Son homme Après plus de six mois.

En entrant dans la rue.

Le jeune bûcheron

Salue Du regard sa maison.

Quelle joie!. . . il se hâte, Car son cœur le piquait ;

Il tâte Doucement le loquet.

Eiant dans son poil sombre — Femme ! dit-il du seuil . .

Dans l'ombre Eeposait le cercueil . , .

FOLLES TEREEURS. 177

Depuis le matin pâle Depuis l'heure où survint

Mon râle Qui fit dire : il s'éteint !

La joue humide et blanche.

Celle que j'aime tant

Se penche Dans mon re^-ard flottant.

Vois, je suis sans délire :

Eegarde-moi, je peux

Sourire Au baiser — de tes yeux.

Paix au beau front d'opale !

Demain tu me verrais

MoiuB pâle, Soulevé sur mon bras.

Folle était notre nlainte , Et d'abord j'ai pâli

De crainte En te voyant im pli

Au front, signe d'alarmes.

Et quand j'ai vu jaillir

Tes larmes.

J'ai pensé défaillir.

Mais toi, vraiment la cause De ton angoisse est peu

De chose.

Quoi ! mes tempes en feu.

Et notre belle joie.

Veux-tu que dans tes pleurs

Se noie Ce rire de nos cœurs ?

FOLLES TERBEURS. 17 S)

Dans ce monde morose, Jouir d'un éden bleu

Et rose C'est ton rêve — et mon vœu.

L'aube refleurit-elle ?

Dis-moi si la lueur

Nouvelle Kougit dans la vapeur

Dis-moi, de ma fenêtre Vois-tu le jour si beau

Eenaître ?

Lève bien le rideau,

Que 1e soleil, chère âme.

D'un ^'if et joyeux jet

De flamme Empourpre mon chevet,

Grands enfants que nous sommes, Où donc sont-elles, dis,

Les pommes Du Dieu du paradis ?

Moi, qu'étai's-je ? un brin d'herbe Heureux, faible, petit.

— Superbe :

Du ciel tombe, une nuit,

La goutte légère.

Me voilà tout plié.

Ma chère, iS^ous l'avions oublié.

Chut ! . . . ma raison, sois forte !

Ces petits pas. . . ce bruit

De porto . . .

Ce murmure qui fuit.

FOLLES TEREEUR8. 181

Oui, mou cœur qui s'incline ' — Ne le lui dites pas —

Devine Qui sont ces petits pas.

Passez au loin, passez 11 le faut : qu'on m'évite !

Dieu ! je vous ai chassés.

Bien vite !

Vous, mes beaux anges frêles Dont j'ai senti souvent

Les ailes Dans un embrassement !

0 mal qui désespères Tant d'êtres chers et doux,

Sœurs, pères.

Epouses à genoux.

Ma lèvre violette Où saigne ton sillon

Te jette La malédiction !

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