EN REVENANT, MA SŒUR, DE CETTE FÊTE
En revenant, ma sœur, de cette fête Si prolongée — et si courte à la fois, Car je ne puis me mettre dans la tête Qu'elle a pourtant duré plus de deux mois
J'avais dans l'âme un si pesant nuage,
Le jour en outre était si pluvieux,
Que je n'ai vu rien de tout le voyage,
Ayant toujours eu la main sur les yeux.
OIï DIT qu'elle fut BELLE. 185
On dit qu'elle lut belle en la belle jeunesse, Brune blanche à l'œil velouté,
Que nulle plus riante avec plus de finesse, Avec plus de o;oût n"a chanté.
Elle échappa sans peine à la mélancolie ;
Heureuse, elle n'a jamais eu Dans cette coupe en fleurs de ses jours, d'autre lie Que son frais printemps disparu.
Ah! cruelles toujours seront nos destinées !
Si fort qu'on ait noué sies doigts Aux belles grappes d'or de se« jeunes atiné"?.
Les lèvres n'y vont nu'uno foi?. . .
A ELLE
A ELLE. 189
A ELLE
Toi qui portes au front la blancheur de ton âme, Et dont l'œil animé d'une pieuse flamme
Interroge les eieux ; Pourquoi sourire ainsi ? jeune fille imprudente, De ton ange gardien est-ce l'ombre contente
Qui s*^ montre à to? yeux ?
Vois-tu dans le beau rêve où tuii cœur «"abaudouue Dieu poser sur ta lùte uue biauclie couroune,
Vierge aux grandes vertus ; Ou bien, sentant déjà des transports plus intimes Visites-tu les deux sur tes ailes sublimes,
Compagne des élus ?
Mais un rêve aussi saint aurait-il ses alarmes ?
Eéponds, réponds, ma sœur, Pourquoi soupires-tu? tea yeux sont pleins de larme^j Quoi, n'as-tu ])oint vu fuir une ligne brillante ? Jeune fille craintive, une étoile filante
Fait donc battre ton comr ?
Ah ! quand tu reviendras errer sur cette rive, Cache mieux le secret ([ui te rend si pensive.
Car je puis dire moi :
Toi, dont l'astre éclipsé fait naître ses alnrmes. Oubliant son dédain, vite, sèche tes larmes.
Elle pensait h toi !
PENSEE DE NOVEMBRE
PENSEE DE NOVEMBRE
N'ayant plus rien en moi, pas même une espérance,
Car j'ai sur cette terre essayé tout en vain. Comme un vaisseau perdu sur l'océan immense. Je m'en vais ballotté sur des gouffres sans fin.
L'oeil terne, sans vigueur, le front creusé de rides, Btreignant ma poitrine en feu dans mes deux mains, Je suis comme un lépreiux en des landes arides, Et je traîne mes pas loin des sentiers humains.
Comme l'aigle blessé laisse exhaler sa rage. Tel, dans la nuit profonde où je vais anxieux, Mon pauvre cœur meurtri pousse un sanglot sauvage, Qui roule sans écho dans la noirceur des cieux.
Grand Dieu ! qui, dominant les espaces sans bornes, Me vois ramper dans l'ombre en un pareil émoi. Jette un rayon joyeux sur des jours aussi mornes. Et mes chants radieux monteront jusqu'à toi.
JuM:.ril JiAKMETTE.
PENSÉE DE NOVEMBRE. 193