‹ Aux temps héroïquesChapitre 9 sur 27 · AIMEE · texte numérisé non relu

AIMEE

A Mademoiselle Avgustine P.

Ecoute. Afin que toute chose Pour l'homme ait du charme ici-bas, Dieu donne à nos vallons la rose, A l'aube des rayons lilas.

Dieu fait d'aimer une loi même :

Dans l'ombre du cœur c'est écrit.

Ainsi que l'on boit l'air on aime, On aime ainsi que l'on sourit.

Le papillon à l'asphodèle, Sais-tu ce qu'il dit ? — Aimons-nous ! , Et la blanche fleur sur son aile Répand son parfum le plus doux.

Ouvre donc la cage à ton âme.

Aime : l'amour, c'est du bonheur.

Prête l'oreille aux mots de flamme Qui font les surprises du cœur.

de &

La montagne a le chant des nâtres, L'océan vert, les goélands, La grève, les galets bleuâtres, Et cette vie a son printemps !

0 soleils d'or ! jeunesse pure !

Comme alors les sentiers sont verts !

Les heures que cet âge azuré Ont le chant léger des flots clairs.

Mais les heures sont fugitives.

Où sont-elles? dit- on un jour.

Or la saison des aubes vives Est aussi celle de l'amour.

Aime, pour qu'au bal qui flamboie, Dans nos veilles sous le treillis, On se dise : Comme la joie Donne du charme à son souris !

Mais il est des hommes étranges Qui font parfois cesser les jeux.

Garde-toi de ces mauvais anges, Esprits sombres, cœurs envieux.

Vois-tu, de cette fleur brisée Pour toi dans l'herbe ce matin.

S'il tombait des pleurs de rosée, Ils diraient : voilà ton destin !

Enfant, de ces esprits moroses N'écoute jamais les discours. . .

Pour moi, j'environne de roses La coupe belle de tes jours.

OCTOBRE

OCTOBBE. 7X

OCTOBRE

Ah ! l'air de deuil que tout respire ! . , C'est le mois des dernières fleurs Où le rayon, ce beau sourire.

Toujours s'éteint mouillé de pleurs ;

Où les vagues sont plus profondes.

Où l'ombre est pleine de frimas, Où les aubes sont infécondes, Où le ciel frissonne de glas.

L'Astre comme vide de flamme?.

Naît et déjà tombe des cieux.

La tristesse envahit les âmes ; Les fronts jeunes sont soucieux.

Le nocher à la chanson lente, En jetant de ses bras lassés L'ancre sous la proue oscillante.

S'inquiète des flots glacés.

OCTOBBE. 73

Les gais bûcherons dont sam cesse Sonne le fer, couvrent les voix :

Ah ! disent-ils, quelle tristesse !

Comme se lamentent les bois !

Le pâtre, par le sentier rude Poussant son troupeau rallié.

Traverse l'âpre solitude A grands pas et le corps plié..

0 terreur ! des spectres difformes Sont accroupis dans les ravins . . .

Xon, c'est l'ombre qui prend ces formes Au pied des sinistres sapins . . .

Les hameaux, asiles champêtres, Sont sans charmes, presque sans voix.

Pins fie roses sons les fenêtres !

Plus cl 'hirondelles snr les toits.

La vitre bleue à la lumière Reste close au matin qui luit.

La porte moins hospitalière Sur nos pas retombe avec bruit .

Pieds nus et blessés par les chaumes, Un pauvre enfant au doux profil S'en vient à moi. — Voici des baumes, Achetez-les, soupire-t-il.

OCTOBRE. 75

Et comme clans mes mains hâtées Avec émotion je prends Vulnéraires, herbes vantées, Et résine à l'odeur d'encens.

Il me dit qu'un soir sur la lande L'orage grêla leur maison ; Le mal fut grand ; il me demande Du blé, du pain, un faible don.

automne, automne, reine au lourd manteau de brume, ^a beauté trop sévère est sans charme pour moi. ih. ! qu'un autre au long bruit d'un orage qui fume /hante le dur grésil bondissant devant toi.

Je n'aime que les pleurs de l'aurore embrasée, Tout oiseau, toute fleur, et le céleste azur. Les oiseaux, ils ont fui ; la fleur, tu l'as brisée, Et dans les vallons nus traîne un rayon obscur.

Quand tu parais, adieu les sourires sans nombre Qui flottaient par le ciel et la terre et les cœurs . . . Fîeur éclose du soleil, ma gaîté meurt dans l'ombre Eends-lui les beaux matins et leurs douces lueurs.

MÈBE AU FRONT RIAXT. 77

Mère au front riant, auprès d'elle

Le bonheur fut fidèle.

Ah ! quel autre ici-bas, Quel autre mère fut meilleure

Jusqu'à sa dernière heure ?

— Enfants, ne pleurez pas.

De vertus toute parfumée,

Elle s'était formée

Au pied du Crucifix. La main d'un Ange, sans secousse,

Cueillant cette âme douce.

L'emporte au paradis.

BLUETTE

BLUETTE. 81

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