‹ Aux temps héroïquesChapitre 10 sur 27 · ALLONS SUR L'ONDE · texte numérisé non relu

ALLONS SUR L'ONDE

Voici l'heure où sur toute chose, ■ Onde, herbe pâle ou rameau noir, La lumière tombe plus rose De l'urne vermeille du soir.

Vois, vois les mésanges lassées Frôler l'eau de l'aile en courant, Et dans les branches balancées Suspendre leur vol murmurant.

Allons, avant que l'ombre emplisse Le lac, tout rougissant encor.

Allons errer sur l'onde lisse Et cueillir des nénuphars d'or.

Entrons dans l'esquif, ô ma reine; La nappe des fleurs est là-bas ; Que ton âme reste sereine, Souria, ne t'inquiète pas.

BLTJETTE. 83

Quand la svelte nacelle penche Plus \dvement^ l'on voit alors Sur l'eau légère qui s'épanche Des rides refluer aux bords.

Quels frais parfums ! voilà la brise, Voilà la brise de la nuit ! . . .

Le couchant est rouge cerise.

Jouissons de Theure : elle fuit.

Un soir . . . t'en souvient-il^ mon âme ?. Xous rasions le bord du bassin . . .

Ah ! les joyeux reflets de flamme Qui flottent au vent sur son sein ! . . .

Eu tournant la liquide allée Tu chantais : soudain, les échos Partirent comme une volée D'oiseaux chantants le long des eaux.

C'était une harmonie étrange, Un lent et beau murmure clair ; Je te dis : N'es-tu pas un ange Menant quelque grand chœur dans l'air '

Oh ! ce soir, que je puisse encore, Aux sons d'un bel hymne alterné, Côtoyer la rive sonore, Eêveur, sur ma rame incliné.

Car en ouvrant votre main vide, Vous pouvez donner un trésor.

(Musset)

O PIÉCETTE d'argent. 87

0 piécette d'argent, relique

Authentique, Brillante à ravir un joaillier !

Tu seras, ô la ronde et fine

Bizantine, La gloire de mon médallier !

Avec ta face orientale

Où s'étale Une énigme, un mot inconnu, Que d'amoureuses t'auront mise.

Vaine, en guise, De talisman, sur leur sein nu !

L'une, penchée à sa fenêtre,

A peut-être Senti sur son col se briser Ton fil, un de ces soirs de flamme

Où se pâme, Entre deux bouches, le baiser !

Car tu le sais, ô la joyeuse

Voyageuse En lieux mécréants ou païens, Si l'on y trouverait des belles

Plus rebelles A l'amour que chez les chrétien!!

O PIÉCETTE B'ABQE^T. 89

Le Turc, quand ii clioicit lui-même

Pour emljlême La luiie aux deux cernes d'argent, Fit bien: de ses persiennes closes

Que de roses Le soir, tombent furtivement !

£n Perse, dans la rue, un voile-

D'humble toile Des femmes couvre la beauté.

L'amour gagne à ce soir austère

Du mystère, X'est-ce pas plus de volupté ?

Mais ont-ils bien autant de charmes

Et de larmes Leurs yeux immenses de velours?

Tombe-t-elle avec une grâce

Aussi lasse Leur riche ceinture aux nlis lourds?. ,

90 P0ÊSIB8.

Tais-toi tais-toi, folle piécette,

Indiscrète, Pendant qu'à mes lèvres encor.

Comme un lis blanc, je tiens pressée

— En pensée — La main qui me donne un trésor î . . .

LE BON PAUVRE

LE BON PAUVRE. 93

LE BON PAUVRE

. . .Dieu mit ces degr»^ aux fortunes humaines. Les uns vont tout courbés sous le fardeau des peines. Au banquet du bonheur bien pi-u sont conviés. Tous n'y sont point assis également à l'aise. Une loi, qui d'en bas semble injuste et mauvaise. Dit aux uns: jouissez! aux autres: enviez!

Ah ! je sais que la vie est un banquet suave,

Une longue fête pour vous ; Vos chants toutes les nuits m'éveillent clans ma cave

Frères, je ne suis pas jaloux.

Dieu n'a-t-il pas placé sur les cimes sereines Le beau cèdre au riche manteau ;

Et, le long des torrents, courbé sous leur,^ haleines. Le pâle et frissonnant roseau !

0 Christ ! devant ton front que les épines ceignent

Je bénis mon sort et ta loi.

]N['a3-tu pas dit: '' Heureux celui dont les pieds saignent

" Sur les ronces, derrière moi ?" .

Mon pauvre cœur, semblable à l'épi qu'on tlagelle, Eeste vide après tant de coups . . .

Miajs que j'aie une larme à mon heure mortelle, 0 Christ, à verser sur tes clous !

A MA SŒUR

A MA SŒUR. '

A MA SŒUR

Pourquoi le ciel met-il dips jours si loin des vOtres ?

Victor Hugo.

0 ma sœur, chaque jour mon âme te désire; Au fond de ma pensée en tous lieux je te vois. — L'enfant au baiser pur, l'épouse au doux sourire, Ne font pas oublier les anges d'autrefois.

• Mme Joseph Marmette.

Hélas! nos Jours troublés ne coulent plus ensemble: Les miens sont emportés vers un but indécis. Mais, comme un frais rayon plonge dans l'eau qui trem Ton souvenir charmant traverse mes soucis.

De tes plus jeunes ans je garde souvenance. J'avais, quand tu naquis, vu sept nrintemps fleurir : Enfant, je t'ai montré les plaisirs de l'enfance., Et quels êtres bénia il nous fallait chérir.

Tu grandis : la raison à ton front déjà pâle Alors donna sa grave et calme expression . . . Ah ! trop tôt la douleur sur ce beau front d'opale Cruellement devait labourer son iillon !

A MA 8CBUB. 99

Une sœur est uu clou du ciel comme Tépouse ;

Dieu les met dans nos jours pour qu'ils nous soient plus doux.

L'une de consoler les peines est jalouse,

L'autre est l'ange d'amour qu'on adore à genoux.

Toi, toi, dans ton cœur d'or, ma sœur, la première. Tu reçus de mon cœur les confiants aveux, Et parfois tu voulus, colombe-messagère, Porter mes cliers secrets, mes soupirs et mes vœux.

0 doux ressouvenir d'anciens jours pleins de charmes 1 Pleins de charmes pour moi, car ta jeune âme encor. Redoutant de ramour et l'ivresse et les larmes, Dans un monde inconnu n'osait prendre l'essor. . .

Mais tombe, tombe, Oubli, 'sur ces scènes heureuses 1 Le passé ne peut plus me sourire à présent. La Mort, qui se repaît de larmes douloureuses, A dans les pleurs noyé mon cœur en le brisant.

Oui, la Mort, la Mort sourde, aveugle, sans entrailles, Un jour, heurtant le seuil, s'écria : Me voilà ! Et, jetant tout à coup sa grêle ombre aux murailles^ Fit fuir notre bonheur, fidèle jusque-là.

Hélas ! nous entourions à genoux notre père ; Ses yeux près de s'éteindre à ses côtés cherchaient, San.> rien voir ils cherchaient, toi, sans doute, ma mère, Et nous, ses quatre enfants ; ses lèvres remuaient.

A MA SCEUB.

Four mieux rasséréner sa paisible agouie. On faisait à voix haute une prière à Dieu. C'était une suprême et lente litanie . . . Soudain un grand sanglot la rompit au milieu ,

Au bruit des tristes pleurs et des saintes paroles La chère âme défit ses liens doucement . . . Ah ! là-haut les martyrs, aux vives auréoles, Ont conduit cette sœur au Christ, le Dieu clément.

BîBL/OTHEQUE C. S. V.

Maintenant la tristesse est dans nos deux demeures. Si du moins nous avions pour nous tous un seul toit ! Si je pouvais sécher tes larmes quand tu pleures ! Si tu pouvais encor me ])resser contre toi !

Tu dis : " Seules ainsi, nos Jours sont bien arides. " Mais béni soit le ciel qui nous veut séparer ! ■'• A tout foyer sans doute il est des places vides ; "Chacun a ses absents et ses morts à pleurer. . . '

— Oui, ma sœur, une peine est de peines suivie, Comme un flot par des flots, c'est la loi d'ici-bas ; Oui, tôt ou tard, le sort, désenchantant la vie, Sème tombes, débris et ronces sous nos pas.

A MA SŒUB. 103

Pourtant, si vous vouliez, ô ma sœur, ô ma mère. Dans l'ombre où nous pleurons les rayons renaîtraient ; Même au flot débordant de notre coupe amère Quelques gouttes de baume aussi se mêleraient.

A vous, à moi, l'absence allonge les semaines ; Vous gémissez, mon cœur soupire incessamment Mille inquiets pensers ajoutent à vos peines. Je 'sens partout le deuil de votre éloignement.

Eh bien ! mettons un terme à ce long ennui sombre Venez à mon foyer vous asseoir toutes deux. Des anges du logis vous doublerez le nombre ; Et nous redeviendrons ensemble presque heureux.

Le liseron eliarmaut suspend ainsi ses branches Quelquefois au-dessus d"un vieux seuil sans beauté, Et, le couvrant soudain de ses larges fleurs ])lanches, L'embellit pour le don de l'hos])italité.

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