M AUX TEM
" Lorsque la faim, le fer, nous auront décimé
« quelque beau soir, nos murs, par le feu consumés. « Prendront, tourbillonnants, la route des nuages « On verra -'illustrer, certes, bien des courages; " Mais il faudra périr comme du vil gibier »
* Quant à mourir, allons sans nous faire prier. " Du coud prêt à partir mouiller un peu l'amor- « Etonner l'ennemi par quelque tour de force. " Lui mettre sur les veux un voile de frayeur »•
« Que de solides g. ent de terreur.
" Surprennent l'Iroquois. lui ferment le passage. « Et lui fassent trouver ( car la crainte rend sage I " Tant de fil à retordre à mille contre dix, Qu'il n'ose donner suite à ses projets maudits »
" A ceux qui tenteront avec moi l'aventure, " J'offre un noble combat, un drame, je Le jure,
j n pourrait bien finir au seuil «lu paradis « Réfléchissez »
•• Est-on français pour rien ? »
• I I an lis.
" Vous l'êtes; vous savez travailler de l'épée
l'expédition de dollar d 85
* Mais vos fers peuvent-ils tailler une époj « Effrayer cinq tribus par de maîtres exploits. « Et faire un large accroc à l'orgueil iroquois ? »
« 11 faut du surhumain: le péril est extrême. »
Et Dollard, se tournant vers un gars fier et blême. D'un ton calme lui dit : « Qu'en penses-tu. Martin ?
« Oh! si je convoitais un grade ou du butin. « Ce n'est pas l'Indien que je voudrais poursuivre. « Ce prince claquedent n'a que sa peau de cuivre; « Mais je sens qu'une ardeur me court dans le bras droit « Et prévient un désir de la Vierge et du roi : « Je partirai joyeux, épousant leur querelle. • Nous sauverons le bourg. »
Auprès de la chapelle.
Une voix: « Çà, pour moi. j'y vole sans chagrin' » • Pour te tailler un fief en plein ciel. Josselin ? » « Au pis aller, cela ne vaut-il pas ma vie ? « Je la mets à l'enjeu; mon sabre neuf envie « La fortune d'avoir vingt haches d'Iroquois M Pour lui faire la cour. Bah! j'ai mis aux abois 11 La crainte qui s'effare, au profit de l'audaei
« L'Indien me tûra, mais saura qu'une race
« Fière a planté sa tente au bord du Saint-Laurent,
« Qu'un Français vend sa vie et jamais ne se rend. »
De Belestre: « Bravo! Répands cette vaillance. « Dans l'extrême danger, l'audace est la prudence. « Qui dit brave et têtu, dit vainqueur en deux mots.» Et d'énergiques voix: « Honneur à Desormeaux! » — « S'il trouve des héros, l'idée a son mérite. )) — « Il ne peut qu'en trouver si la peur est proscrite. » — « D'où viendra le salut, sinon de nos efforts ? « Prenons, comme toujours, l'épreuve corps à corps. » — « Recevons de bon cœur ce que Dieu nous envoie « Et que notre assurance aille jusqu'à la joie. »
Mais quel verbe moqueur, franc comme un glaive nu. Vous saisit ?
« Ces gars-là, leur calibre est connu:
« C'est mou comme du fer et lent comme la poudre, « Et leur glaive est l'éclair qu'accompagne la foudre; « Mais l'homme exaspéré qui défend sa maison, « Son épouse, un berceau, cet homme est un lion « Furieux et griffu. J'ai femme et quatre enfant « Avant qu'un tomahawk frappe ces innocents. « Je vais, sous l'œil de Dieu, casser plus d'une tête;
l'expédition de dollard 87
« Mon fusil, mon épée auront des jours de fête. « Je te suis, Desormeaux. »
C'est la voix de juillet.
Là, voyez, à son cou s'enlace un garçonnet. Eh ! c'est plus qu'il n'en faut pour armer les courages. Les uns disent: «Bravo!» d'autres: «Sus aux Sauvages! « Goyogouins, Onneyouts, Tsonnontouans, gredins, « Baiseront leur grand'mère!» — «As-tu peur, Desjar-
[dins ?»
— « Peur de quoi ? » — «De rien.» — « Oui. » — « Ceux
[ qui sont passés maîtres « A bien loger le plomb: Soulard, Grenet, Delestres, « En avant î »
L'Epreuve de V Héroïsme,
« Chacun se disposa à partir . . . Pour être mieux en état d'affronter la mort, ils résolurent de mettre tous leurs consciences en bon état. »
DOLLIER de CaSSO\
Les voici dix-sept, prêts à partir.
A vaincre décidés, consentant à mourir, Et qui, troupe sublime autant que dérisoire,
ns AUX TEMPS HÉROÏQUES
Veulent à l'idéal enchaîner la victoire. Ports de leur dcvoûment. d'une intrépidité De en a ants sûrs d'avoir le ciel de leur côte. Ils vont livrer bataille en un étroit passage. Et là. seront l'éclair qui résoud le nuage, entre dans le ciel avec son glaive d'or.
Du bourg ou la foi prie, où l'innocence dort.
I )ans un ravissement, ils comtemplent l'étoile.
Cependant qu'à moitié le Destin se dévoile
Avec un froncement lugubre de sourcil.
1 levant lui, la mort fauche, aveugle et sans souci.
Funèbre vision, vain défi : les entraves
1 )<>nt les lâches ont peur aiguillonnent ces bra\
I )e l'égoïsme abject abhorrant le licou.
archeurs d'idéal pensent qu'un noble coup. De la gloire el du ciel ouvre l'unique porte; Que mourir eu beauté, c'est naître en quelque sorte, t revivre en lumière et dorer le blas
par la foi doit finir la raison, [ls veulent faire un vœu, purifier leurs âmes. Mang( in de vie ci jeter, tout en flammes,
•cinq ans aux pieds de l'Eternel
l'expédition de dollard 89
Matin dix-neuf avril, que tu fus solennel ! Du fleuve plein de nuit la vapeur émanée Formait de flocons noirs une longue traînée. Et planait dans les airs à mi-hauteur des monts. Le rivage, au courant, semblait dire : Dormons. Dans l'ombre murmurait à peine la rivière.
Le bourg s'éveille.
On sort . . . Voici l'allure fière De Dollard. Seize gars s'avancent avec lui A la lueur de l'aube, et le peuple les suit. Un signal, et la troupe, attentive, s'arrête ; Et le chef: « Mes amis, c'est aujourd'hui la fête « D'un saint (français, je crois) qu'on nomme Dévoûment « Jurons de lui dresser un digne monument . « Ensuite, nous courrons, joyeux, à la victoire. « Et peut-être à la mort, en tous cas à la gloire. « S'il est un lâche ici, qu'il n'aille pas plus loin. « Car nous partons pour vaincre et mourir au besoin . « Qu'aucune illusion ne hante nos cervelles ; « Mais retenons ceci : les hasards sont rebelles. « Et les prévisions sont plutôt contre nous. « Des preux auxquels la peur ne va pas aux gen< >ux, « Qui ne costument pas l'incertitude en rose
90 Al X TEMPS HÉROÏQUES
« Et seraient même heureux de tomber pour leur cause. « Voilà ce qu'il nous faut, et le nombre voulu, « C'est celui des héros. . . Le reste est superflu. »
Les hommes, chapeau bas, les femmes sous leurs voiles Entrent dans le saint lieu. Là, tremblantes étoiles. Et symboles pourtant d'un amour immortel. Six flammes font un arc au-dessus de l'autel. Jésus va s'immoler.
Souart, l'âme attendrie.
Parle aux jeunes héros. L'ange de la patrie, Tous en sont convaincus, est venu l'inspirer.
« O braves, contre vous tout semble conspirer.
« En France, l'héroïsme a son temple et ses maîtres;
« On foule un sol illustre où l'on voit des ancêtres
« L'ombre autour des châteaux et sur les champs fameux.
• Où les tours et le vent s'entretiennent des preux « Mais ici, sans coursier ni buccin, la Victoire
« N'est pas l'heureuse sœur qu'aime à baiser la Gloire; « Aucune voix ne sort du grave monument,
• Vous souillant à l'oreille un encouragement ; « Un silence jaloux règne; les rcnomim
« Volent mal à travers d'encombrantes ramées; « La solitude étouffe et la joie et l'entrain;
l'expédition de dollard 91
« Elle fige le sang dans le cœur qu'elle étreint.
« Tout est sombre, muet, en ce pays hostile ;
« De l'arbre et du rocher l'épouvante distile,
« Et ces bois ténébreux ont un air si sournois
« Que l'ombre en semble acquise aux mânes d'Iroquois.
« Tous les sentiers qu'on voit mènent à la tûrie ;
« Les branches, à l'horreur, servent de draperie ;
« Dans la calme nature, hostilité partout
« De l'Indien rôdant, sinistre, à pas de loup,
« Tendant l'embûche, ainsi sa toile l'araignée.
« Et vous qui de conscrits n'êtes qu'une poignée,
« Vous défiez les plans, le flair de l'Iroquois,
« Dans les retranchements imprenables des bois,
« Où ce sauvage, au lynx, dispute son repaire ;
« Et, lorsque à vos desseins le sort paraît contraire,
« Jusque dans le trépas vous voyez le succès. »
« Je ne vous blâme pas : çà, vous êtes français. « Quelque chose vous pousse et fait votre assurance. « La patrie est au large en votre cœur immense, « Lorsque, vous attelant à la tâche de Dieu, « Aux rêves de vingt ans vous jetez votre adieu. « C'est bien : le sacrifice exaspère l'immonde, « Et, sans lui, rien de grand ne se ferait au monde : « Judith resterait faible, Esther hésiterait,
»>2 IUX TEMPS HÉROÏQUES
Jésus ne voudrait pas se soumettre au décret Rédempteur. Votre geste impose l'espérance. »
Vous tenez l'avenir, 6 divine Puissance : Faites, laissant les sorts tomber de votre main. Qu'hier ne jette pas son ombre sur demain. Que ces braves, n'ayant qu'en vous de confiance. Echappent à l'orgueil comme à la défaillant
Oh ! qu'il es; enivrant, mes fils, de voir .sur soi Tous les regards fixés : ceux du peuple et du roi ' Mais d'un saint héroïsme avoir l'âme pétrie,
ir de bouclier à l'auguste patrie.
A la Parque inflexible arracher les ciseaux,
(Via n'est pas possible aux hommes seuls, roseaux Dont l'épn e vent, tord l'aigrette fragile
Alors, «l'un ton plus grave, en prenant l'I île:
Mai? I heu peut rendre fort le faible cœur humain i -us le savez : prenant un sublime chemin,
c Vous voulez qu'un serment derrière vous le ferm»
Dollard vient le premier et dit d'une \ rme,
Levant son glaive haut, comme pour en férir: i Je jure, Dieu vivant, de vaim le mourir.»
l'expédition de dollard 9;*
On entend dix-sept fois la phrase solennelle.
Souart conclut: « Que Dieu bénisse votre zèle. « Et que le pain des forts soit en vous l'aliment « De la fidélité qu'exige le serment. »
Communion, moment suave! Une voix chante A la Victime pure une hymne suppliante, Cependant que l'amour se sent déjà vainqueur.
Les braves, recueillis, s'avancent vers te choeur. . . Les voici, prosternés, se frappant la poitrine. Et, tout bas. implorant la clémence divine. . .
Le prêtre les absout par un signe de croix. Et voici que l'Hostie où l'humble Roi des rois S'anéantit, du vase d'or émerge, blanche. Voici l'Agneau divin dont le sang pur s'épanche Souillure, disparais! Paix règne en ce saint lieu' Adorez et priez: « Voici l'Agneau de Dieu. »
têtes, sur les mains d'une nappe couvertes, Se penchent; Jésus vient; les bouches, entr'ouvertes,
Semblent laisser les cœurs s'exhaler en amour. Cessez, heures d'angoisse, à l'aube de ce jour! Confiance, renais! Craintes, séchez vos larmes! Soldats de Jésus-Christ, le Ciel bénit vos armes; Déjà l'ordre est donné; des sublimes séjours S'élancent, glaive nu, les anges du secours!
Le Départ.
«Tout cela exécuté de point 'en fpoint, ils partirent.» Dollier de CASSOM
Réjouis-toi, Ville-Marie, Lorsque l'étendard de la foi Et le drapeau de la patrie S'envolent pour un même exploit,
De ces gars tu sais la devise, Sans la lire sur un blason; Et leur gloire est de l'avoir prise Plus liant que l'humain horizon.
l'expédition de dollard 95
A d'autres les apothéoses:
Eux construisent un piédestal, Avec des illusions roses, A leur héroïque idéal.
Ils font, pour un autre héritage, En ta faveur leur testament.
Le ciel est l'infini partage Des victimes du dévoûment.
Ils sont allés se faire absoudre Et communier: le bon sens Conseille d'allumer la poudre Après avoir brûlé l'encens.
Certes, la paix de conscience Rend le cœur fort et met, sans bruit, Dans le courage la constance Et la liberté dans l'esprit.
La valeur dans la foi trempée, Frappe d'un bras si résolu, Qu'elle peut, dans une équipée, Tailler la planche du salut.
Elle est une austère pucelle Au chaste et foudroyant baiser.
Le triomphe la rend plus belle En refusant de l'épouser.
En ces frais gaillards pleins de vie, Souart vénère des héros; De Maisonneuve, avec envie, Leur met le havresac au dos
La sœur Bourgeoys et Jeanne Mance Vont distribuant, yeux baissés, Aux braves les mots d'espérance.
La charpie aux futurs blessés.
Lemoyne dit à Lambert Clos** « Mon vieux mousquet a le cœur gros, « Et mes mains en cherchent la crosse « Dieu! que ces gars paraissent beaux' »
JJ
l'expédition de dollard 97
« Ah! si la Gloire a l'humeur sombrt* « Et veut son favori sanglant, « Sa rigueur s'adoucit dans l'ombre « Du symbolique drapeau blanc. »
Juillet, baisant, sur le rivage, Quatre petits enfants blondins, Dit à l'ainé: « Tu seras sage, « Car Dieu nourrit les orphelins. »
A leur engagement fidèles.
Ils partent, confiants: Adieu!
L'automne voit les hirondelles S'en aller au signal de Dieu.
Ils voguent sans inquiétude Au rythme des flots azurés, Etant contre l'incertitude Dans leur conviction murés.
Un concert de voix énergiques.
« Va pour la Vierge et le devoir ! » Vent d'âmes, sur les flots épiques, Pousse les barques de l'espoir.
« Le voilà parti, résolu à tous événe ments. » Dollier de Casson
Sur le fleuve gonflé, loin des rives tranquilles,
Ils tournent maints glaçons qu'on prendrait pour des îles
Ou des nuages lourds ayant changé d'azur,
Car un masque de ciel couvre l'abîme obscur,
Et chaque vaguelette a la crête étoilée.
Les bises vers le nord ont pris leur envolée, Et l'hiver, en déroute, abandonne au soleil Ses tentes en lambeaux sur le sable vermeil. Il s'esquive, muet, tandis que l'eau murmure Et dépouille sa glace avec un bruit d'armure, Et que tout se réveille au mot d'ordre divin. Le ruisseau gazouillant réjouit son ravin, Et le chant de la grive en turlutaine éclate.
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Les bourgeons vernissés se pointent d'écarlate Près des derniers frimas que talonne le chaud. Des nids, à coups de bec, s'arrondissent en haut Ou se creusent en bas, parmi l'herbe fanée; Et voguent les espoirs vnr cette matinée.
Surprise
« Il poussa si vigoureusement les Iroquois, qu'ils les eut pris en canot, sans qu'ils abandonnèrent tout pour se jeter dans les bois et se sauver. »
Dollier de Casson
On sent la peur dans l'aile et le cri des oiseaux. Ils ne redoutent point le calme des roseaux; Ils ont vu d'autre chose au tournant de cette île Dollard: « Serrons la rive et naviguons en file. Tâchons, sans être vus, d'approcher et de voir » .
Quarante Goyogouins tatoués rouge et noir, Vrais démons refondus et dressés au carnage, De leurs rames perçant le miroir du rivage,
100 ai X TEMPS HÉROÏQUES
En suivent les contours, voguent silencieux,
Et leurs regards tranchants flambent sous leurs cheveux.
Viennent-ils cTégorger encore une famille ? Plus d'un scalpe sanglant à leurs ceintures brille. Ils portent du butin dans leurs canots fangeux. Au tournant d'une pointe, on se toise des yeux, [.es deux partis, soudain, se trouvant face à face.
Avant de s'élancer, les Français, pleins d'audace,
Salués par des cris, comptent les Iroquois:
Dix nefs de quatre, en ligne allant du large au bois.
Voix !<: Dollard: « A droite, un front de balles;
Et rame/ vers la gauche
Et c'est fait.
« Haut les pâlies ; fi Abordage d'assaut et lame nue au poing. »
« Massez- vous près du bord; coupez-en le chemin.»
La bande qui hurlait, a dû changer de gamme Soulard, ivre d'ardeur, assomme à coups de rame. Juillet, glaive en avant, saute dans les canots • Des Peaux-Rouges surpris qui se livrent aux flot
l'expédition de dollard 101
Coups de crosse, clameurs, lames étincellantes ; Affollement de l'eau, des barques vacillantes. On s'étreint, on chavire, on plonge à corps perdu Puis rien,
Entre deux eaux, l'Iroquois s'est rendu A la rive sauvage.
Eparses, les épaves :
Esquifs, rames, totems, font l'éloge des braves. Mais, ô sombre revers d'un fait d'armes si beau ! La barque de Duval s'est changée en tombeau; Et Soulard qui rendait la vaillance jalouse, Juillet que vont pleurer ses petits, son épouse, S'enroulent dans les plis froids du Ladauanna, l Linceul de gloire. Un sang que la France donna Comme un gage d'amour à sa lointaine fille. Rougit le flot sauvage; et triste, la flottille. Avec les canots pris, s'en revient en aval, Tramant la nef où gît l'infortuné Duval.
1 Antique nom indien du Saint-Laurent.
Au Cimetière.
Au champ des morts, le prêtre entonne la prière Pour trois guerriers dont Rome eut fait ses demi-dieux ; Et le tertre où Du val sommeille dans sa bière, Se recouvre d'humus, de larmes et d'adieux.
Quelques vierges, les mains pleines de sanguinaires, Sourires dérobés aux gazons reverdis, En jetant leurs bouquets aux mottes funéraires, Arrosent le défunt de leurs « De profondis. »
Et de jeunes soldats que le sublime tente, Se sentent tressaillir et ne savent pourquoi : Cette fosse muette, oh! qu'elle est éloquente Avec son souvenir de triomphe et de foi !
« Daulac et son monde avait trop envie de voir l'ennemi pour attendre.»
Dollier de Casson
« S'il est d'autres sujets que la gloire réclame
« Et que grise l'entrain du glaive et de la flamme,
l'expédition de dollar d 103
« Qu'ils entendent l'appel. Par le même chemin, « Vides comblés ou non. nous repartons demain. »
Ainsi parle Dollard près de la tombe fraîche.
Et le fossoyeur dit, appuyé sur sa bêche :
« Tavernier y va, sûr! et peut-être Doussin 9
Ils repartent dix-sept le lendemain matin
Tous, au tranchant du fer, veulent écrire un drame Dans la chaîne des flots passe une blanche trame Que traînent les esquifs. Nos gars filent, suivis D'une course de feux à l'aurore ravis Et de regards pensifs, vers les horizons vagues. On ne voit plus enfin que des points sur les vagues
Ange de Montréal, prends soin de tes élus.
Jeanne Mance à la sœur: « Ils ne reviendront pins »
En Route.
t Le cœur les rit surmonter ce que rleui peu d'expérience ne leur avait pas acquis. » Dollier de Casson
On vogue tout le jour, l'âme au but attachée; A la brunante, on voit comme une chevauchée De glaçons galopant sur la croupe des flots Que l'Outaouais échappe à travers des îlots.
La forêt est épaisse à côté des cascades.
Où de criards geais bleus volent dans les arcades
Et l'enchevretrement infini des rameaux.
Là vole aussi le bruit des glaces que les eaux
Projettent, en courant, sur les roches, les pointes.
y bâtissant des monts sur des bases disjointes
Où gronde, en cent détours, l'orageux élément.
Déjà, tandis qu'oïl campe, un glauque diamant
Crête chaque glaçon, et, prunelle hagarde
De l'abîme sortie, au firmament regarde
Les étoiles briller, yeux célestes, dans l'ombre
(Vi m. couche, le front vers les branches Banfi nombre
l'expédition de dollard IOo
D'où s'exhale un soupir qui jamais ne s'achève . On s'endort près du gouffre où la brume se lève. Où l'onde tourmentée entre les roches luit. Gronde, cascade, écume et dans l'ombre s'enfuit.