‹ Aux temps héroïques; poèmesChapitre 9 sur 23 · L'EXPÉDITION DE DOLLAR · texte numérisé non relu

L'EXPÉDITION DE DOLLAR

L'Enrôlement.

« Il trouva de braves garçons qui lui promirent de la suivre. »

Dot. lier de Casson

Par six longs mois d'hiver la terre refroidie

Chauffe au soleil sa glèbe où fermente la vie

Près de la neige en pleurs l'herbe verte renaît

Une tourte revient, l'arbre la reconnaît ;

Mille chantres ailés célèbrent la lumière.

Voici venir, proprets et suivis de leur mon-.

Une grappe d'enfants se tenant par la main

La chaumière se vide et remplit le chemin

Le pionnier n'a plus, vif à changer de rôle.

Le mousquet et la hache ensemble sur l'épaule

C'est dimanche; le ciel sourit d'un air serein

Doucement remués par les sons de l'airain.

Les forêts et les cœurs mêlent leurs voix lointaines.

Tous recueillis, colons, soldats et capitaines,

Attendent, du saint lieu prêts à franchir le seuil.

Le châle sur Le iront, plusieurs femmes en deuil Hantent déjà la \w\ , comme de noirs présage

On entre; le ciel s'ouvre à l'autel; les visages Se recueillent encor; les prières, les chants, Volent dans le nuage échappé de l'encens.

Et quand le peuple sort de l'étroite chapelle, Il a la flamme an cœur, l'éclair dans la prunelle; L'espoir perce, rayon, le nuage avenir.

Mais quel est ce cadet beau comme un souvenir, Monté sur une pierre et drapé de noblesse ? Sa main, levée, appelle; on approche; on s'empresse; E1 comme, au point du jour, l'aube chasse la nuit, Il semble dissiper de l'ombre autour de lui.

« Que veut Dollard ? On dit qu'en France une fredaine

« Lui valut d'éprouver l'ire d'un capitaine;

« Mais il a de l'étoffe et vient ici montrer

« Qu'au temple de la gloire il est fait pour entrer.

« Ce garçon m'intéresse. » Ainsi parle Lemoyne,

Et Closse lui répond : « Cette face de moine

« Lance des traits d'éclair, et l'aile de corbeau

« Qui lui bat sur le front rend le geste plus beau;

« Mais elle manque un peu d'airain: la voix qui prêche

« Le sang-froid qu'il nous faut ne doit plus être fraîche;

« On aime qu'elle sorte en notes de clairon

l'expédition de dollar d 83

« D'un gosier qu'a durci l'haleine du canon.

« Ce gaillard, tout de même, a quelque chose en tête:

« Au fond de son œil noir s'agite une tempête. »

Et Dollard : « Mes amis, des bruits inquiétants « Mêlent de l'amertune aux gaîtés du printemps. « Si le ciel est pour nous, si ce bourg en détresse « Doit trouver des sauveurs, où sont-ils ?.. »

. « Le temps presse « L'Iroquois endiablé, pour calmer ses remords, « Avec du sang français veut consoler ses morts ; « Et déjà ses jongleurs pensent voir monter l'astre « Qui doit de notre ville éclairer le désastre. »

« Voici que cinq tribus se lèvent contre nous. « Qu'on laisse s'accomplir leur fatal rendez-vous « Fixé par un oracle à la Roche-Fendue, « Et no1 re colonie est détruite , perdue. »

« A nous donc la ruine ou l'exploit fabuleux. « Opter pour le second, se préparer aux deux, « Paraît sage : en dépit de présages contraires, « La fortune parfois sourit aux téméraires. »

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