LA GRANDE PLAIE DU MISSISSIPI
Il s'embarque en notre pirogue, Sur l'azur du Mississipi, Et, pendant qu'à nos frais il vogue.
Il nous torture sans répit.
Si nous passons près du rivage.
Parmi des cannes et des foins.
C'est un nouveau droit de péage Pompé par d'autres maringouins.
Un vrai délire d'épopée Semble animer leurs cœurs de bois.
Il n'est coups de feu ni d'épée Qui puissent gêner leurs exploit-
Mouchoirs volants et vent qui cingle Ont beau disperser leurs essaims.
Dans leurs fines têtes d'épingle Restent grondants leurs noirs desseins
Le vent s'endort, le bras se lasse.
Plus tôt que leurs lances de fer.
Le jour, le soir, la nuit, tout pai Excepté leur rage d'enfer.
Sommes-nous des fleurs pour ces drôles ? Ils nous aiment pour butiner.
Et nous font payer, sous les saules.
Notre misérable diner.
Avec les maringouins on mange ; On cause avec les maringouins ; Part-on, de maringouins on change Partout leurs voix et leurs groins
Lorsque de la voûte enflammée.
Tombe, en rougissant, le soleil.
( )n rôve encor plus de fumée Une de repos et de sommeil.
On cherche, en accostant, des mou
Des feuilles mortes et des joncs; Et les maringouins, à nos trousses, Semblent voir à quoi nous songeons