‹ Aux temps héroïques; poèmesChapitre 21 sur 23 · LE CHATEAU RAMEZ A Y · texte numérisé non relu

LE CHATEAU RAMEZ A Y

Il revoit, dans leurs beaux costumes De parade et de grand gala, Et coiffés de chapeaux à plumes.

Les officiers de ce temps-là.

Tous braves, sabreurs émérites Et d'une gaîté de printemps.

Ignorant presque les limites Entre les salons et les camps.

Devant sa large chemina Ensemble, ils causèrent souvent , Le soir d'une rude journée, Lorsque dehors sifflait le vent .

Alors, pendant qu'une voix claire Dû sonnait l'écho du buccin, Enlaçait un chant militaire Aux doux accords d'un clavecin.

La flamme grimait leurs figures.

l>eur rêve les éblouissait.

Et le démon des aventures Par leurs prunelles regardait

256 a IX TEMPS HÉROÏQUES

Les fourreurs chassèrenl l'idylle Qui s'aimait chez les Ramezay, Et firent du Château l'asile D'un dieu moins sage qu'avisé

En dépôt de pelleterie

Ils en changèrent le salon Qui lâcha sa galanterie Pour 1i r et le vison.

Devant le feu qui, sur la bûche Dansait, évoquant l'ancien bal Des barons a plumes d'autruche Tatèrenl le divin métal

Et, sur la grève, les Houilles Que les vagues taisaient bercei Jetèrent d»-s gars et des lilk-s

Qui passaient les soirs à danser

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Des sagamos coiffés de hures, Drapés de chapes en chevreuil.

Et les précieuses fourrures Qu'un marchand caressait de l'œil.

On couchait sur l'herbe fleurie Les canots peints de vermillon.

Venus du saut Sainte-Marie Et peut-être du Nipigon.

Ils reposaient sur leur flanc mince, Comme fatigués du chemin.

Ayant encore sur leur pince L'ombre des flots et du poudrin.

La lente d'écorce Légère Rougissait, la nuit, près du feu ; Et la lune pâle, en arrière, La teintait de nacre et de bleu

Bah! ces heures furent moins dou< Mais, en ce temps-là, les traiteurs Avaient d'élégantes frimons Et les coureurs de bnïs. des coeurs.

£58 A( \ rBMPS BÉROIQUBS

Le Château noble, aux heures graves Ix>rsque la poudre était dans l'air, S'ouvrait encore pour les braves Dont l'héroïsme sonnait clair

Les succès,, aux Français fidèles, Chantaient-ils dans les bois obscurs On entendait bruire les ailes De la gloire autour de ses murs

W>< officiers de tien mine Lui revenaient de Carillon, Avec du plomb dans la poitrine Kl l'auréole autour du front

Ils disaient <|ue notre furie

[)onî L'Anglais ne raffolait pas

Enjambait sans forfanterie

Tout l'art dt vaincre, en un seul pas

LE CHÂTEAU RAMEZA1 250

Et, sous ses lambris, la jeunesse, Pour qui tout finit en chanson, Rimait parfois une prouesse De la belle ancienne façon.

Un beau soir, en veine de rire, Chantèrent deux jeunes Français L'un joua de sa propre lyre, L'autre prit celle de l'Anglais

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