LE CHATEAU RAMEZ A Y
Il revoit, dans leurs beaux costumes De parade et de grand gala, Et coiffés de chapeaux à plumes.
Les officiers de ce temps-là.
Tous braves, sabreurs émérites Et d'une gaîté de printemps.
Ignorant presque les limites Entre les salons et les camps.
Devant sa large chemina Ensemble, ils causèrent souvent , Le soir d'une rude journée, Lorsque dehors sifflait le vent .
Alors, pendant qu'une voix claire Dû sonnait l'écho du buccin, Enlaçait un chant militaire Aux doux accords d'un clavecin.
La flamme grimait leurs figures.
l>eur rêve les éblouissait.
Et le démon des aventures Par leurs prunelles regardait
256 a IX TEMPS HÉROÏQUES
Les fourreurs chassèrenl l'idylle Qui s'aimait chez les Ramezay, Et firent du Château l'asile D'un dieu moins sage qu'avisé
En dépôt de pelleterie
Ils en changèrent le salon Qui lâcha sa galanterie Pour 1i r et le vison.
Devant le feu qui, sur la bûche Dansait, évoquant l'ancien bal Des barons a plumes d'autruche Tatèrenl le divin métal
Et, sur la grève, les Houilles Que les vagues taisaient bercei Jetèrent d»-s gars et des lilk-s
Qui passaient les soirs à danser
LE CHATEAU KAMEZAY 25*
Des sagamos coiffés de hures, Drapés de chapes en chevreuil.
Et les précieuses fourrures Qu'un marchand caressait de l'œil.
On couchait sur l'herbe fleurie Les canots peints de vermillon.
Venus du saut Sainte-Marie Et peut-être du Nipigon.
Ils reposaient sur leur flanc mince, Comme fatigués du chemin.
Ayant encore sur leur pince L'ombre des flots et du poudrin.
La lente d'écorce Légère Rougissait, la nuit, près du feu ; Et la lune pâle, en arrière, La teintait de nacre et de bleu
Bah! ces heures furent moins dou< Mais, en ce temps-là, les traiteurs Avaient d'élégantes frimons Et les coureurs de bnïs. des coeurs.
£58 A( \ rBMPS BÉROIQUBS
Le Château noble, aux heures graves Ix>rsque la poudre était dans l'air, S'ouvrait encore pour les braves Dont l'héroïsme sonnait clair
Les succès,, aux Français fidèles, Chantaient-ils dans les bois obscurs On entendait bruire les ailes De la gloire autour de ses murs
W>< officiers de tien mine Lui revenaient de Carillon, Avec du plomb dans la poitrine Kl l'auréole autour du front
Ils disaient <|ue notre furie
[)onî L'Anglais ne raffolait pas
Enjambait sans forfanterie
Tout l'art dt vaincre, en un seul pas
LE CHÂTEAU RAMEZA1 250
Et, sous ses lambris, la jeunesse, Pour qui tout finit en chanson, Rimait parfois une prouesse De la belle ancienne façon.
Un beau soir, en veine de rire, Chantèrent deux jeunes Français L'un joua de sa propre lyre, L'autre prit celle de l'Anglais