I.e Fronça
Anglais, le chagrin t étouffe; Pourquoi cet air abattu.
Lorsque de rire je pouffe ?
Dis-moi, cher ami, qu'as-tn ?
-tu quelque maladii (^ue tu n'oses découvrir Ne cache rien, je t'en prie ar je pourrais te guérii
LA ngfaù
Une mauvaise pituiu Qui m'a donne sur le cœ Que j'ai négligée ensuite,
Me fait mourir en langueur. N'as-tu pas de médecine Qui pourrait guérir ce mal ?
Donne-moi quelque racine Pour m 'éviter l'hôpital.
Le Français
Si tu veux taire merveille Et te guérir comme il faut :
Tu prendras une bouteille De la poudre de Rigaud, Quelques bonbons de Montcalme.
1 )c Villiers un petit grain.
De Ligueris une drachme.
Kt tu guériras certain.
L'Anglais
Je vois bien que tu me railles
là De me plains qu'à demi;
Tu n'as vraiment pas d'entrailles
Et dois être un ennemi.
Tu m'accables d'ironie Sous le masque d'Arlequin Je vois ton subtil génie:
Tu parles de Chouaguen
LE (HATE W RAMEZAY Le Français
Quoi, l'on t'a pris cette place Qui te fit tant de renom, Et n'avait pas une face Où ne grondât le canon ; Que recouvrait une voûte Et revêtaient des lambris ; Que flanquait une redoute :
Autant d'utiles abri^
//Anglais
Il est vrai qu'en Angleterre.
Nous avions toujours compté De ne pas vous laisser fairv Mais tous nos coups ont. raté Car vous avez tant d'adres^ Vos fusils portent si bien Que si l'un ne tue. il blc, Et les nôtres ne font rien. !
1 Bien qu'il ait fallu corriger presque tous les vers d chanson et en refondre plusieurs, elle est authentique et conserve toutes ses qualités. L'auteur a cru devoir y laisser, au not Montcalm, un e terminal, et, au mot génie, son sens quelque peu surranné. Elle fut évidemment composée entre la priai Chouaguen ( 1756) et celle de Québec. On la chantait encore, il y a quelques cinquante un*-;.
On aime à voir voler les nues; Mais, que leur fuite fait penser ! . Comme ces belles inconnues, Le plaisir ne fait que passer.
La gloire aussi : sur une branche Ce passereau ne languit pas . . .
De l'Anglais prenant sa revanche l>e Manoir entendit les pas.
11 vit de nouvelles figures, D'autres couleurs sur les drapeaux :
Le parler, l'humeur, les allures Devinrent tristement nouveaux.
On fit de lui plus d'un usage Qu'il subit en pleurant le sien.
11 est maintenant d'un autre âge Et ne veut plus servir à rien
LE CHATEAl' RAMEZ A V 363
A rien qui lèse sa noblesse, Sa séculaire dignité, Et mette à sa belle tristesse Un masque indigne de gai té.
Devant les hauts toits métalliques, Avides de gratter le ciel, Et les nouveaux transatlantiques, Il est triste, bien que sans fiel.
Derrière ses canons austères Dont l'un rongé par l'Océan, Et qui de la foudre étaient firèn Il vit silencieusement.
Le temps lui fait son grand mensonge Sans qu'il en fronce les sourcils . . . O fier Château, dis-nous quel songe Tu fais sous tes combles noirci
*Jtô4 AUX TEMPS HÉROÏQUES
A la Mort lente qui t'isole Ne pouvant enlever sa faulx, Tu recueilles ce que la folle A laissé dans les noirs tombeaux.
Et tu n'es plus qu'une masure Où rongent la rouille et le temps, Où des ancêtres en peinture
Vous regardent du fond des ans.
Chez ceux-ci l'humeur belliqueu Dort avec l'éclat de leurs voix; Autour d'eux la gloire orgueilleuse N'a plus de vent dans ses pav< •
Oui. dans ton émouvant silence. Les os et les armes : tout dort :
Le divin totem et la lance Se résignent au même sort
Ici gît la hache <le guerre
Auprès du calumet de paix; Là des crânes qui, dans la tem Ont perdu leur- deux veux suspects.
LE CHATEAU RAMEZ Al 265
Le tomahawk à tête dun Une vitre le tient reclus ; Le panache de la figure Qu'il orna ne se souvient plus
Les chapelets de porcelaine Qu'interprétait verbalement.
Branche par branche, un capitaine.
N'ont plus besoin de truchement.
Enfin ,la massue et l'épée
Qui n'étaient pas toujours d'accord.
Après des luttes d'épopée
N'ont plus de belliqueux transport
Nobles murailles qu'ont flétn< s Les injures de deux cents ans Avec vos morts, vos vieillen Vous rendez pensifs les vivants
Car votre concise éloquence Ne sait que dire: Tout finit Et l'illusion recommence Tous les jours à faire son nid
£e Uieux Cadrai du Séminaire
// se souvient.
Que fait là-haut, coi, solitaire, Sur ce vieux mur sombre, £ron< Ce vieux Cadran couleur de terre ?
Que lait -il ? Rien. Que peut-il faire
Il se souvient d'un long pn-
Bien délaissé
270 ai \ TEMPS HÉROÏQUES
Il se tait jusqu'à l'éloquence; Et s'il desserre aussi les dents, Il converse de préférence, A cause de l'indifférence Et de la morgue des vivants, Avec les vents
Ce que ce rêveur peut bien dire, Montréal devrait le savoir.
Le jour sa belle âme transpin
Car le soleil le fait sourire ;
Mais il ne parle que le soir, Quand il fait noir.
Emouvante est sa voix éteinte Qu'exaspère son cœur vibrant ( )n pourrait comparer la plainte IXi bronze qui dans la nuit tinte Et dont le glas s'en va mourant, Au ton qu'il prend.
Une obsédante souvenance
l )(■ jours à jamais révolus
Le rend mélancolique il pense
A leur définitif silence Et, lourd de regrets superflu- Ne marche plus.
[1 dit tout bas: « Mon terme approche « L'angoisse m'envahit ; je sens « Mon marteau lourd comme uiu* roche « Mes refrains figés dans ma clochi « Et vois, pensif, sur mes vieux ans « Passer le temps. »
Sait-on que l'hiver en furie Déride ce désenchanté r . . .
Si quelque soir la poudrer n Blanchâtre fantasmagorie.
Etend son grand voile agité Sur la rite,
Alors les tilles de Mémoire Animent sa face de boi- Et, comme trêve à l'humeur noire L'écho de l'émouvante histoire Oue vécut la ville autre!' Remplit sa v
// rhanfe.
« Je n'ai qu'une corde à ma lyre.
« Et cette corde veut chanter. . .
« Soit!. . . Tu n'auras, mon beau délire « Que l'ombre et le vent qui soupir* « Pour l'écouter. »
« Mrs souvenirs aux doux visages, « Consolez-moi quelques instants * Vous qu'à l'égal de mes rouagi
h Je chéris. . . parlantes images
<( I )u hou vieux temps *
i Reconstruisez Ville-Marie « Avec ses invisibles murs i I )c foi, d'aplomb, de crânerie, i Qui, refaits en maçonnerie,
« Seraient moins sûr
Sait-on que l'hiver en furie Déride ce désenchanté ? . .
« On a dit, j'en ai souvenance,
« Qu'aux fondateurs le Ciel parlait.
« Et leur donnait l'apercevance
« Qu'une œuvre, en la Nbuvelle-Frani e
« Les appelait. »
« Par-dessus la mer étoilée,
« En ce pays d'ombre couvert, « Ils voyaient la ville isolée « Au fond de l'immense val lé»
« Du fleuve vert. »
« Il ne pouvait naître d'obstacle « Trop grand pour ces hommes pieux « Forts de l'initial miracle.
« Ils se confiaient en l'oracle « Tombé des cieux
On leur disait : « Tout l'or d'un prince, « Un régiment de paladins
« El les soldats d'une prOVÎn
« Appuîraicnt d'un espoir trop min. »
« Vos grands dessein
« Ignorez-vous que la prudence « Est conseillère des projets .
« Que Je rêve et l'extravagance * Ne poussent pas d'intelligence « Vers le sticcès ? »
« Qu'en savez- vous ?. . . Laissez-nous faire « L'oiseau peut voler sans effroi ; « Ainsi, sans être téméraire, « C'est toujours entre ciel et terre « Qu'agit la foi. »
« licou teuse des altitudes.
« Ses calculs où l'or entre peu, « Pleins de divines certitudes, « I )c bannir les inquiétudes « Se font un jeu . »
« La Vierge là-bas nous devance . .
« Si le colon est massacré, « Ses cendres seront la semence « I )'un héroïsme plus intense Et plus sacré •
LE VIEUX CADRAN DU SEMLNAlki- 275
« Voici les pionniers qui toisent « Le mont Royal au front cache « Sous les vieux arbres qui le boisent « Et dont les branches s'entre-croisent, « Et l'air fâché. »
« Ceinte d'un long ruban d'opale « L'île est morne à faire songer ; « Et dans tout bruit, dans la rafale, « L'écho, la voix de la cigale,
« Gronde un danger. »
« Ces preux, cuirassés d'as&urani « N'ont pas la crainte pour tourment « Dans leur sac, en quittant la Frai « Ils ont mêlé de l'endurance t Au dévoûment. »
" A L'erreur, aux forêts, la guene « Commence, et le sang qu'ont coûte a Nos premières arpents de terre « Vaudrait qu'un génial trouvère « Nous l'ait chanté. »
« Après les haches les araires.
« Les champs s'élargissent; les toits a Les murs percés de meurtrière^ « Se dressent au prix des misères « E1 des exploits. »
« Les pionniers aux fortes âmes « Se battent en fauchant leur grain, « El leurs enfants comme leurs femmes.
•< Vivant toujours entre deux drames, 0 N'ont peur de rien. »
«< A Ici te' Assaut [ On court ... On tire <« Plusieurs soldats se t'ont blesS4 l « Jeanne Mance saura suffire, « Jour et nuit gardant son sourire « A les panser. »
LE VIEUX CADRAN DU SÉMINAIï 1,'
« Les braves meurent et renaiss»
« Comme les herbes des pampas
* Les Iroquois les reconnaissent :
* Le sang de ceux qui disparaissent
« Ne tarit pas. »
h Sœur Bourgeoys fail :ol<
« La pépinière des héi « Et, je le dis sans hyperbole.
« Elle leur met sous la coupole tf Plus que des mots
« Dollard dépouille la Victoire « Il sauve en tombant Montréal.
« Et, sans rêver d'une autre gloire * Ajoute une page à l'histoire « De l'idéal. »
« (lusse, autre héros d'épop
« Fait mille coups d'audace, et m< i
« La horde hostile dissipée
vi Au ll.'imboîment de son épée I Le erainl eneor. »
« Ils ont tous l'âme simple et fière « Au gré d'une femme, souvent, « Jeanne Mance fera commère ■ El de Maisonneuve compère
« 'l'ont bonnement. »
« Leur rêve de la foi relève:
« C'est au céleste Eldorado, « But de leur course longue ou brève, « Qu'ils veulent déposer le glaive « Et le fardeau. »
« Ils sont messagers d'une aurore « Fatale au ténébreux sorcier, « Au mensonge qu'elle déflore « Et qui fuit, laissant le fol k-lore
« Sur le métier. »
« |i vois, dans leur ville lumière, « Un point du jour si radieux.
« ( Hi'il lait d'une nuit séculaire « Sortir cette nouvelle terre.
« Ces nouveaux cieux •
LE VIEUX CADRAN DU SÉMINAIRE 27fi
« Qu'elle est belle avec la nature « Encore vierge pour décor!
« Dans ses champs une onde murmur « Et le bois sombre fait ceinture « Avec un ruisseau qui s'endort.
« Aux moissons d'or. »
« Peupliers, chênes, aubépines, « Celles-ci de fleurs se voilant, « Entre les champs, sur les collines « Et près des vagues opalines, « Se laissent balancer au vent, « Si noblement! »
« J'entends le^ doux bruits des navel « Et du peigne sur les tissus, « Mêlés à des voix de fauvettes ; « Et, plus loin que les maisonnett< « Je vois là-bas des prés herbus « Pleins de goglus. »
« Les martinets de Notre-Dame
« Entourent le clocher haut
« Que le soleil plus jeune enflamme
« Et l'on entend vibrer une âme « Sons le marteau qui, plein d'entrain « En bat l'airain. »
« Les héros, x>rès du sanctuaire.
« Dorment auréolés d'exploits
« Las! ils n'ont plus de cimetière « lu Ton profane leur poussière « D'ici môme je l'entrevois
« Sous les charrois. »
// pleure.
U^ venu de son envol< Au terre-à-terre du présent, Le Cadran, rame désolée, Aussi triste qu'un mausolée, D'une voix plus sourde reprend Plaintivement
« Plus on s'est grisé d'espérance, « Plus on gémit, désenchanté !
« L'aurais- je cru ? l'invraisemblance h S'appelle, aux jours de décadent « Réalité. »
« Ce passe n'est plus que fantôme; « Le monde a changé de pivot ; « Les fleurs n'ont plus le même arôme, « Ni l'esprit sa fleur; sur le dôme « On ne voit plus flotter, si beau !
« L'ancien drapeau. »
« Adieu' temps d'essor magnanime,
« Avec la honte intransigent, « Où l'on volait de cime en cime « Plus pauvre, mais d'élan sublime « Moins indigent, i
« Tout s'amoindrit; on dévergonda
« Le cul-de-jatte se croit grand ; « L'ignorant tranche, ergote, fronde « Et voudrait refaire le monde « D'après son plan I
« On voit trop de gens sans vergogne « Qui moissonnent du capital « Sur un tas d'obscure besognv « Et que brûle une soif d'ivrogne « Pour 1e métal. >
« On voit trop d'or qui mue en gloir<
.uérit toutes les pauvret* « Enlève aux hontes la mémoire « Et les fait rêver d'une foire G Aux dignités. »
« Elle s'en va l'âpre noblesse " Dont les reins ne savaient pli '< Pour flagorner aucune altesse, « E1 ne retrouvaient leur souplesse « Que pour prier. •
« Pour un grand nom que j'ai vu naïf «< J'en ai vu cent se ruiner, « Dans l'entant ( c'est mon tort peut-être ) « Je ne vois qu'une ombre d'ancêtre « Pérégriner u
LE VIEUX CADRAN Dl SEMINAIRE
« Le mérite n'a plus l'empi!
« Et le noble orgueil s'est perdu « L'honneur et la vertu font rire, « Et le bon sens ne saurait dire, * Au point où le voici rendu, (( Oui l'a mordu. »
« On néglige ce qui s'effact t Sous les ors menteurs du blason « Vertus et fierté de la n.
« On ne décore que la face, « Et beaucoup plus que de raison « De sa maison. »
" Du haut de ma niche- murale, l J'ai vu deux siècles s'écouler:
« Une pitié presque ancestrale « Et l'expérience fatale.
H Alors que je m'en vais allei « Me font parle
Le vieux cadran parle comme un vieillard qui aurait ^on ne verrait aujourdhui qu'à travers son admiration pour i et généraliserait trop les torts de nos contemporains
« Je redis une chanson vieille, « Moi si vieux ; ma voix faible endort « Tel un bourdonnement d'abeille ; « On n'y prêta jamais l'oreille, « Et maintenant qu'on me croit mort.
« J'ai deux fois tort. »
« Vraiment, aurais-je pu me taire
« Quand la cupidité rongeait,
« Chez le fils, l'idéal du père i5 « Hélas! de mon aiguille austère.
« j'indiquais l'heure avec regret, « Car tout changeait. »
H I ) nit's anciens héros de race, « Dignes d'honneurs à mon avis, « Lorsque sur vous l'oubli s'amas.sc « Sans pouvoir nu- voiler la face, « Je vous survis. »
i Seul de mon temps, je vis encore « Ah ! qu'on me relègue au grenier « Ici, la honte me dévore « Lorsque je vois ce qu'on adoi « ( >u veut nier. »
• Rendez, rendez à ma détres-i t Mes beaux espoirs anéantis ;
« Ou laissez-moi, fou de tristesse, « Pleurer les héros sans faibles « Qui sont partis. »
« Les heures me sont trop amères « A moi que leur image suit « Comme la mousse suit les piei
* Quand rentrerai-je, âmes si chères
(( Dans votre nui'
« Ah! nies illusions si belles' <« Le temps, ce fourbe prometteur « N'a fait que leur couper les .nies « Et je veux mourir avec ell
« Puisque tout meurt »»
Sa voix, enthousiaste ou sombre, Laisse les coeurs indifférents. . .
lorsqu'on a vu des jours sans nombre.
On n'a plus que le vent et l'ombre Pour confidents.