CHAPITRE DEUXIÈME
Le dimanche à Paris. — La Sainte-Chapelle. — La tour Eiffel. — Montmartre et le Sacré-Cœur, — Séminaire des Missions Etrangères. — Les Invalides. — Le Panthéon. — Le Louvre et les Tuileries. — Promenade à Versailles. — Le théâtre. — Le Parisien.
aris, dimanche. 18 octobre 1891. — De ma chambre, ce matin, j'entends les cris de la rue et le bruit des voitures. Il doit être bien triste, pour une première fois surtout, de voir profaner honteusement le seul jour de la semaine que le bon Dieu s'est réservé !
10 heures du soir. — Lors de mon départ du Canada, j'avais le bonheur de célébrer la sainte messe au Bon-Pasteur de Québec dans une atmosphère de recueillement et de paix. Au moment d'entreprendre un voyage d'outre-mer on éprouve des émotions nouvelles, et une prière plus fervente s'élève du cœur vers le ciel.
Le dimanche suivant a été d'une monotonie affreuse. Renfermé dans les flancs du Parisian j'étais en proie au mal de mer; mais du moins le repos dominical était observé autour de moi. Les protestants sont même d'une sévérité exagérée à cet égard; en ce jour-là, pas de jeu, pas de musique, abstention complète de tout divertissement.
Le troisième dimanche que je passe en voyage sera bientôt écoulé ; il a été sans contredit le plus triste. A Paris on ne remarque presque pas de différence entre le dimanche et les autres jours de la semaine. Au premier coup d'œil on pourrait croire que tous les magasins, cafés, restaurants sont ouverts. Ce sont partout les mêmes travaux, c'est la même activité fiévreuse. Le pauvre ouvrier qui a peiné toute la semaine reste encore courbé sous le poids du jour, et aucuns loisirs ne viennent délasser ses membres fatigués, et reposer son esprit absorbé dans les mille préoccupations journalières. C'est un mercenaire dont le rude labeur ne connaît point de relâche. Craint-il donc de manquer du nécessaire ? Mais Dieu, qui nourrit les petits oiseaux, eux qui ne sèment ni ne moissonnent, laissera-t-il périr l'homme, sa créature privilégiée ? Aux Juifs, dans le désert, il distribuait une double provision de manne pour le sabbat; de même il assure an travail de la semaine une rémunération spéciale, qui compense la perte apparente d'une journée sans salaire. D'ailleurs l'expérience est là, qui nous prouve que celui qui n'observe pas le dimanche use ses forces dans un travail ingrat, se1 prive des joies les plus pures de la famille, et n'en devient pas plus riche. On ne peut vraiment prospérer quand on est en guerre avec le ciel.
S le spectacle est triste dans la rue, on ne peut dire qu'il a sa compensation dans les églises. On n'y trouve pas en effet cet ordre, ce recueillement, cet esprit de famille, cette douce piété qu'on admire au Canada,
C'est an va-et-vient continuel : il y a surtout celui des étrangers qui ne cessent de parcourir l'église en tous sens pour la visiter. Chacun paraît agir un peu à sa guise ; celui-ci est assis, un autre à genoux, tandis qu'un troisième reste debout et daigne à peine baisser la tête pendant l'élévation; il ne paraît pas y avoir union de prières entre le prêtre à l'autel et cette foule mouvante. Cependant il est juste d'ajouter qu'on est profondément édifié en voyant quantité de personnes plongées dans une fervente oraison ; ces catholiques pratiquants sont des modèles de piété, et leur mérite est d'autant plus grand qu'ils ont à refouler le courant d'indifférence et d'impiété qui entraîne le grand nombre.
L'emploi des chaises au lieu de bancs m'a paru favoriser ce triste état de choses, et faire ressembler la nef d'une église au parquet d'une salle. Ces chaises sont placées à l'avance ou bien mises en réserve pour être présentées aux arrivants; encore faut-il souvent les passer pardessus la tête des voisins pour les rendre au destinataire. Et, tout le temps de l'office, une bonne dame parcourt les rangs pour recueillir leur prix de location.
Dans notre pays, au contraire, chacun peut se croire chez soi à l'église. Le banc, c'est un souvenir de famille. Ici même sont venus s'agenouiller les vieux parents, et les descendants tiendront à garder ce banc qui fut celui de leurs ancêtres. On se fait un point d'honneur de se trouver à son poste tous les dimanches. Les voisins se reconnaissent, et on aime à les retrouver chaque semaine aux places accoutumées. Les règlements de fabrique favorisent ces traditions.
Les cérémonies elles-mêmes ne se font pas avec toute la pompe, et le chanl n'est pas exécuté avec toute la beauté que mon imagination avait rêvées. Je n'ai rien trouvé qui fût supérieur au décorum et à la majesté qnî régnent dans notre vieille basilique de Québec.
Nous ayons visité la Sainte-Chapelle, l'édifice gothique le plus éléganl de Paris, un véritable bijou. C'est saint Louis, le grand roi de France, qui l'a fait construire, dans son palais, afin d'élever un monument moins Indigne des précieuses reliques de la Passion qu'elle devait renfermer. [ci, admirons sans réserve, car tout est grand et noble, depuis le pavé <ln temple jusqu'à res colonnes qui s'élèvent avec tant de grâce el de majesté, e1 soutiennent, comme le plus près possible du ciel, une route que décorenl les plus riches peintures. Restons en contemplation ;i ta vue de ces vitraux, de cette rosace surtout peinte avec une perfection qu'on ne peut plus atteindre. On est heureux de voir le trône sur lequel saint Louis vint, les pieds nus. déposer la sainte Couronniez (>n a dû la transporter depuis dans le trésor de Notre-Dame, pour la mettre en sûreté, lors de cette Révolution impie <pii ne sut rien respecter.
Nous avons terminé notre journée par la visite de la tour Eiffel. A moins d'en faire l'ascension, il est difficile de s'en former une idée
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Dès le premier étage nous sommes déjà transportés à une hauteur qui BUrprend. Au Becond, ;i peine ose t on d'abord s'approcher de la balustrade pour jeter an coup d'œil an dehors, et les hommes, qui rem-
plissent les places publiques, nous apparaissent comme des enfants. Nous sommes à quatre cents pieds du sol ; un nouvel ascenseur nous transporte à cinq cents pieds plus haut. C'est alors que Paris et ses environs ressemblent à un vaste damier, et les hommes à des fourmis qui se meuvent en tous sens. Cet ascenseur lui-même, qui d'en bas, lorsqu'on le voit monter dans la tour, pourrait être comparé à un panier, contient cent personnes. Sur cette plateforme du dernier étage, se
La Tour Eiffel.
trouve une salle vitrée où huit cents personnes se logent à l'aise. Audessus est la lanterne; il y a là un observatoire, des Laboratoires, <-t l'appartement privé du constructeur Eiffel.
Et la charpente de fer de la tour immense nVsi p;is une masse informe; au contraire, elle ne manque ni de symétrie ni d'élégance. Espérons qu'un jour la Croix, qui a sauvé li- monde, dominera le drapeau qui déploie ses trois couleurs à plus de mille pieds du sol.
Au retour, un bateau-mouche nous conduit jusqu'à la place de la Concorde. Ces légers bateaux sillonnent la Seine, comme les omnibus et les tramways parcourent les boulevards, et tous ensemble ne suffisent pas encore à la foule qui se presse de toutes parts.
19 octobre. — C'est aujourd'hui le plus beau jour depuis mon départ. Il m'a été donné de le passer en grande partie à Montmartre, le mont îles Martyrs devenu le mont de la pénitence.
Jusqu'à présent j'ai joui, mais d'une jouissance un peu stérile, et •vans que 1e cœur fût vraiment touché. Partout, je ressens un certain malaise qui ne peut se traduire, mais qui existe au fond de l'âme. Même dans ces édifices religieux, chefs-d'œuvre consacrés par l'admiration des siècles, on ne peut se défendre d'un sentiment de tristesse, lorsqu'on voit la maison du Seigneur devenue comme la maison de tout le monde, où chacun semble agir suivant son bon plaisir sans plus s'occuper quelquefois du Saint Sacrement que s'il n'y était pas, ne daignant pas même incliner légèrement la tête devant le tabernacle qui le renferme. Même les guides attachés au service de l'église, semblent souvent ignorer la présence du Dieu de nos autels.
Mais, dans In basilique de Montmartre, j'ai retrouvé la piété et le respect qui font le charme de nos églises. Tout de suite, en franchissant le seuil, on aperçoit des écriteaux qui avertissent de garder le silence, et on se trouve au milieu de personnes recueillies.
C'était un jour de pèlerinage. Les habitants d'une commune étaient venus, accompagnés de leurs prêtres, offrir au Sacré-Cœur des prières, lies vieux et des réparations. Après avoir eu le bonheur de célébrer la sainte messe à l'autel construit avec les offrandes venues du Canada, et dédié à saint Jean-Baptiste, notre patron national, je pris place dans la nef, afin d'assister aux cérémonies publiques. Je passai là de doux moments, et mes yeux furent humectés de larmes; je compris mieux en
• cite terre étrangère, combien sont vraies les paroles du cantique :
Un seul moment qu'on passe dans ton temple Vaut mieux qu'un siècle au palais des mortels.
Cette dévotion an Sacré-Cœur, j'ai essayé de l'entretenir dans mon àme et dans celle de mes paroissiens, et je me trouve dans le principal temple construit en son honneur, le monument du Vœu national!
Et comment ne pas être ému? Sur l'autel brille l'ostensoir au milieu de mille lumières; en arrière, comme suspendue dans les airs, les bras étendus et la poitrine enl Couverte, se dresse la statue du Sacré- Cœur. Tout an fond, sur un autel, apparaît celle de la Sainte Vierge <|iii. elle aussi, a l'exemple de son divin Fils, élève vers le ciel des mains
• •i des regards suppliants. Dans la nef, ces enfants conduits par des religieuses, tous ces hommes et ces femmes représentent la France repentante, et ils sont venus a leur tour répéter les paroles qu'on voit écrites en prros caractères an fond de l'abside: Sanratissimo Jesu GalUa pot nitruR < l ih i ota.
Oui, la noble nation des Francs veut se repentir, reprendre la ferveur des anciens jours. Malgré toutes les manœuvres infernales des franc-maçons qui étouffent les élans généreux de son cœur, elle s'arrachera à leurs criminelles étreintes. La Révolution de 89 a ramené pour elle l'ère des martyrs ; mais douze apôtres ont renouvelé la face de l'univers, et le Cœur de Jésus régénérera la France. Il lui a demandé un monument national, elle l'a promis par vœu. Ce vœu, il s'accomplit, c'est le gage du salut.
A la communion, le spectacle devient plus émouvant. Tous ces pèlerins, dévoués serviteurs de la plus sainte des causes, se dirigent lentement et dans le plus profond recueillement vers la Table sainte, et, lorsqu'ils ont reçu le Dieu qu'ils adorent, ils regagnent leurs places, plus lentement encore, la tête pieusement baissée, les mains jointes sur la poitrine. En ce moment la présence réelle remplit le saint lieu. Dans la personne de quelques-uns de ses enfants, la France est prosternée au pied des autels, et c'est le Cœur de Jésus qui implore le pardon de la grande coupable, en faveur des quelques justes qu'elle renferme encore dans son sein.
La messe est suivie d'une chaleureuse allocution, et la cérémonie se termine par la consécration solennelle au Sacré-Cœur.
Je revins plus confiant dans l'avenir. Sursum corda, en haut les cœurs avec les saintes aspirations ! Le mal est dans la plaine, mais sur les hauteurs se tient la France repentante. Hier, c'était le deuil des sentiments patriotiques et religieux à la vue de la profanation du dimanche, et la France me paraissait ensevelie dans le linceul de ses vices et de ses impiétés; aujourd'hui, un horizon moins sombre s'ouvre à mes espérances ; je la vois qui commence à secouer ses langes de mort et cherche à sortir du tombeau où ses ennemis, ou plutôt ses enfants dégénérés, veulent l'ensevelir avec sa foi et ses mœurs. Ne désespérons donc pas; car, à côté de la France qui blasphème, il y a la France qui prie et qui répare.
La France n'est pas une nation comme une autre; elle est comme le cœur des peuples civilisés ; ses palpitations se font sentir partout et répandent dans le monde entier des germes de vie ou de mort. Ses principes de 89 ont bouleversé le continent européen; son esprit, redevenu chrétien, fera de nouveau circuler la sève du christianisme dans les veines de l'humanité, et l'on pourra encore redire avec un noble orgueil : Qesta Dci per Francos.
La colline de Montmartre prête ses assises de pierre pour soutenir à plus de trois cents pieds au-dessus de la Seine la basilique du Sacré- Cœur, à l'endroit même où, suivant la tradition, furent martyrisés sain! Denis, premier évêque «le Paris, et ses compagnons, d'où le nom de monè martyrum. L'église du Vœu national n'es! pas encore complètement terminée. Comme les monuments que les siècles lèguent aux siècles, elle s'élève lentement ; mais, comme eux. elle défiera les injures du t<'in|>s. Les fonds nécessaires pour sa construction sont fournis par des quêtes et des souscriptions volontaires «huit le montanl s'élève déjà a vingt cinq millions de francs.
l'd octobre. — Les humbles dévouements touchent plus que le faux ëclat'des grandeurs humaines, et il y a plus de bonheur à entendre les discours sans prétention d'une piété sincère que les phrases creuses des beaux diseurs. L'habit d'un martyr, troué par la balle qui lui a valu le ciel dit plus au cœur que les vains ornements de personnages quelquefois tristement célèbres dans l'histoire.
Ces réflexions me viennent naturellement à l'esprit, en ce jour où j'ai eu le bonheur de célébrer la sainte messe dans la chapelle du séminaire des Missions étrangères. C'est donc ici que se forment ces prêtres à l'âme héroïque, qui vont porter le flambeau de la foi chez les nations plongées dans les ténèbres de l'idolâtrie! A travers la demi-obscurité qui règne dans la crypte, je puis admirer la piété angélique de ces aspirants au martyre, et il me semble déjà les voir au milieu des toitures qui attendent la plupart d'entre eux. Ils sont plus de cent cinquante qui étudient les langues étrangères, afin de se mettre en état d'annoncer la parole de Dieu aux peuplades infidèles. Car leur vocation à tous est décidée. Dans quelques années, quelques mois peut-être, ils laisseront patrie, famille, ce qu'ils ont de plus cher ici-bas, pour aller sur des plages inconnues et inhospitalières. Ils ne sont déjà plus à la terre, mais tout entiers à leur sublime vocation.
On est pénétré d'un religieux respect et d'une sainte émotion, lorsqu'on visite la chambre des Martyrs, et que l'on considère les instruments de supplice des missionnaires, les vêtements teints de leur sang Le l'ère Bérard qui m'accompagne, doit partir le mois prochain pour la Birmanie. A la vue de tous ces objets, et surtout de la fameuse cangue chinoise, à la vue de ces martyrs de la foi que les tableaux nous représentent couverts de plaies sanglantes, la tête penchée et le cou découvert tandis (pie le bourreau s'apprête à frapper, il devait penser qu'un pareil soit lui était probablement réservé. La religion, et une religion divine est seule capable de développer de semblables vocations. Le Père Bérard me laissa une image de Notre Dame de la Salette: je la conserve avec soin: elle peut devenir le précieux souvenir d'un martyr.
Monsieur le Supérieur eut la boute de me recevoir. 11 me dit tout l'intérêt qu'il porte au Canada et en particulier au séminaire des Missions Etrangères de Québec. Il me fit don des reliques de trois martyrs contemporains donl la canonisation est introduite en cour de Rome: les Vénérables PP. Borie et Bonnard décapités au Tonkin et Gagelin étranglé en < îoehinchine.
Le Bang de la France est noble puisqu'il entretient encore la source de pareils dévouements, malgré les efforts des sectes impies pour en faire le Bang impur d'hommes sans foi el sans mœurs.
.le n'avais visite qu'un petit nombre de monuments, et j'étais a la veille de mon départ. 1 1 eu reiisciiieii t , je lis la reucoulre d'un guide intell igenl qui connaissail son P;iris par cœur: "Je vois que vous êtes
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étranger, dit-il en m'abordant. Je vous aurais volontiers accompagné si nies services n'avaient pas été retenus." Puis, se ravisant : " Voilà plus d'une heure que j'attends; décidément l'on ne viendra pas au rendez-vous; je suis à votre disposition". C'était un rusé, celui-là, il savait plus d'un tour, et le personnage en question n'avait sans doute existé que dans son cerveau pour donner plus de prix à ses services.
Nous commençons notre journée par les Invalides. Vaste hôpital fondé par Louis XIV pour servir de retraite aux soldats infirmes ou âgés, il peut contenir cinq mille pensionnaires ; mais il n'en compte ordinairement que quelques centaines, les invalides préférant vivre indépendants avec la pension qu'ils reçoivent du gouvernement.
La galerie des Armures et le musée ethnologique offrent un intérêt tout particulier, ainsi que l'église Saint-Louis avec ses deux rangées de drapeaux enlevés à l'ennemi; mais ce qui attire surtout l'attention et commande l'admiration de tous, c'est le tombeau de Napoléon 1er, placé sous le dôme doré. La lumière pâle et mystérieuse qui nous arrive de la coupole, contribue encore à augmenter l'impression de solennelle grandeur qui règne sur ces cendres.
Le sarcophage, fait d'un seul bloc de marbre, est entouré d'une couronne de laurier en mosaïque, et occupe le milieu d'une crypte circulaire ouverte par le haut; tout autour sont des chapelles destinées à recevoir les dépouilles mortelles des membres de la famille impériale. L'exilé de Chislehurst a sa place réservée dans cette demeure funèbre, vraiment digne des grands de la terre. Il y sera déposé lorsque les événements permettront de ramener son corps en France.
C'est donc ici que dort son dernier sommeil celui qui a rempli l'univers du bruit de son nom. Il fit trembler les rois sur leurs trôn-es, et1, devenu l'arbitre de l'Europe, partagea des couronnes entre les membres de sa famille. Lui-même régna sur le plus beau pays du monde. Il aurait pu asseoir solidement sa dynastie; mais l'homme de génie méconnut sa sublime vocation ; les fumées de l'orgueil obscurcirent en lui les pures lumières de la foi, et dans son ambition il voulut servir ses propres intérêts avant ceux du Dieu qui avait fait sa grandeur. Le devoir lui. incombait de rétablir en France le culte catholique; il ne le fit qu'à moitié, et il eut l'audace sacrilège d'attaquer le Vicaire de Jésus-Christ. Aussi son œuvre n'a pas été durable. Battu par l'Europe conjurée contre lui, devenu prisonnier d'Albion, il alla mourir sur un rocher perdu au milieu de l'océan, n'ayant à ses côtés que deux fidèles serviteurs, lui qui avait vu tant de peuples à ses pieds. Et voilà que le même siècle qui a été témoin de la fondation de sa dynastie, la voit s'éteindre misérablement sur la terre étrangère.
Heureuse infortune cependant qui a fait descendre dans l'âme, de l'empereur déchu la réflexion salutaire, et l'a ramené au Dieu de son enfance !
En 1840, son corps fut transféré solennellement aux [nvalides. C'était la réalisation de ses dernières volontés. "Je veux, dit-il <lans son testament, que mes cendres reposent sur les bords de In Seine, au milieu de ce peuple que j'ai tant aine- '".
Louis XV éleva un temple eu l'honneur de la patronne de Paris sainte Geneviève, sur remplacement de son tombeau. C'est une église en forme de croix grecque avec dôme et portique. Convertie en pantbéon par la Constituante, elle fut destinée à la sépulture des grands hommes de la patrie. Napoléon la restitua au culte, mais la Eévolution de 1830 s'en empara de nouveau. En 1851, elle fut rendue une dernière fois à son premier usage, et resta la possession des catholiques jusqu'au moment où elle fut odieusement désaffectée, lors des obsèques solennelles de Victor Hugo .
Je pénétrai dans la crypte à la suite du gardien de ces lieux, homme a la carrure robuste, au verbe retentissant. La bougie qu'il tenait à la main ne répandait autour de nous qu'une pâle lueur. Nous nous trouvâmes bientôt en face du cénotaphe de Jean- Jacques Rousseau ; une fausse main sortie du cercueil entr'ouvert tient un flambeau allumé comme pour éclairer le monde: amère dérision! Tout auprès est le tombeau de Victor Hugo qui disparaît sous les fleurs et les ornements de toutes sortes; plus loin, le monument de Voltaire que surmonte sa hideuse statue. Je ne pus me défendre d'un moment de terreur et je me crus transporté dans les sombres demeures du maître que ces hommes néfastes ont servi. Les louanges du guide à l'adresse de ces malfaiteurs de l'humanité n'étaient pas de nature à dissiper mes appréhensions; il n'aurait pas été prudent, sans doute, de laisser voir mes sentiments. Un moment sa voix sonore réveilla des échos de ces tristes lieux ; puis, avec une lanière de cuir il frappa le mur à diverses reprises, et au loin on entendit comme les échos du tonnerre rouler sous les voûtes basses du souterrain.
Le Louvre et les Tuileries formaient le palais le plus vaste et le plus splendide de Paris.
Ces bâtiments, réputés la meilleure œuvre d'architecture française, occupaient, sur la rive droite de la Seine une superficie de plus de cinquante arpents carrés.
C'est d'abord le vieux Louvre, fondé par François 1er, puis le nouveau dont les ailes, avant L872, étaient reliées par les Tuileries. A la suite viennent la place de la Concorde de sinistre mémoire, les Champs- Elysées, el la superbe avenue de même nom qui conduit jusqu'à l'arc de triomphe de l'Etoile d'où partent, pour rayonner dans toutes les directions, et comme tirées au cordeau, douze superbes avenues avec double rangée d'arbres.
Depuis les Champs-Elysées jusqu'au Louvre six ponts relient les deux rives de la Seine Il y en a jusqu'à vingt dans les limites du chemin de fer de ceinture, el certes ils ne sont pas trop nombreux. Parmi les plus remarquables, citons ceux d'Iéna en face de la tour Eiffel et du Trocadéro, de l'Aima, des Invalides, celui de la Concorde jeté entre la Chambre des députes et le centre de la place de la Concorde, el d'où l'on peut apercevoir, à l'extrémité de la rue Loyale, l'église de la Madeleine