AVANT-PROPOS
Le chapitre d'histoire de la littérature catalane que je me suis proposé d'écrire intéresse la France à plus d’un titre.
Des deux côtés des Pyrénées orientales se parle encore la langue dont s’est servi le poète classique de l’ancienne Catalogne, celui qui est l’objet principal de notre étude. A l’époque d’Auzias March, plus sûrement qu'aujourd'hui, cette communauté d'idiome était l'indice d’une identité de race, d’une ressemblance dans les mœurs et dans les goûts, auxquelles nous ne saurions rester indifférents sans négliger l’histoire d’une de nos régions.
En outre, les relations littéraires de la France et de la Catalogne ont été si étroites, aux x1v® et xv® siècles, Jusqu'après la mort d’Auzias March, que l’on peut voir dans la vieille poésie catalane comme un prolongement de notre littérature, Sans doute, nos troubadours ne vont plus chercher un refuge auprès des rois d'Aragon, comme l'avaient fait leurs prédécesseurs après la bataille de Muret, et exciter par leurs chants l'émulation de leurs nouveaux compatriotes. Mais la langue nationale de la monarchie aragonaise, bien que se propageant chaque jour davantage dans les pays récemment conquis, reste l'organe de la vie familière et de la prose. Il faut pour l’art divin des poètes un instrument spécial, qui ait déjà fait ses preuves, et l’on continue à versifier en provençal, ou plutôt en «limousin», suivant l'expression encore usitée de Ramon Vidal de Besal. La Catalogne n’est qu'une province poétique de la langue d’oc. Aussi l’appel que lancent les sept bourgeois de Toulouse, après la fondation, en 1323, du Consistoire de la Gaie Science, est-il entendu par delà les Pyrénées. Les Catalans prennent part à ses concours. L'institution est pour ainsi dire commune aux deux pays voisins Jusqu'à l'établissement à Barcelone, en 1393, d'une Académie autonome.