XX OISE
208 CcHAP. II. — LES IDÉES D'AUZIAS MARCH SUR LES FEMMES
son originalité, de retrouver dans sa conception de l’amour quelques traits empruntés à ses devanciers. Mais, avant de butiner dans les vieux auteurs, un poète qui chante l'amour a regardé plus près de lui, cherchant son bien en des fleurs moins lointaines. Avant d'écrire des chansons et de célébrer l'amour courtois, il a connu les plaisirs inconsidérés et les égarements de la jeunesse (1). Même quand il exalte les beautés de l’amour pur, les femmes ont pour lui d’incontestables attraits qui ne le laissent pas indifférent. Elles ont été, de toutes façons, une source d'inspiration à laquelle il a puisé dans certaines limites qu'il convient de rechercher. Ses chansons ressemblent un peu à ces lettres d'amour que feuillette avec avidité la curiosité contemporaine. Ce sont des documents intimes à l’aide desquels il est intéressant de dégager la physionomie des femmes qui lui ont fourni l’occasion de composer en vers.
La plupart de ses chansons sont dédiées à Plena de Seny, qu'il appelle aussi Lir entre carts, pour vanter en même temps que sa sagesse la pureté de ses mœurs, comparée ainsi à celle de la Sulamite dans le Cantique des Cantiques (2). Mais nous ne savons que par la pièce XXIII Lexant a part l’estil dels trobadors, quelle femme se cachait sous l’un et l’autre « signal », et, comme cette chanson souvent citée est de nature à nous éclairer sur le caractère de l'amour qu'Auzias March éprouve pour sa dame, il sera utile d’en donner auparavant la traduction :
Laissant à part le style des troubadours qui, dans leur ardeur, outrepassent la vérité, et, faisant abstraction de mon vouloir affecté & pour qu’il ne me trouble pas (torb), je dirai ce que je trouve en vous. Toutes mes paroles, pour ceux qui ne vous auront point vue, seront insuflisantes, car ils n’y ajouteront point foi ; et, si ceux qui vous verront ne regardent pas en vous, 8 leur âme aura de la peine à me croire.
(1) Molt he tardat en descobrir ma falta per joventut que m negà ’speriment !
(2) « Sieut lilium inter spinas, sie amica mea inter filias » (Cant. Cantic., IT, 2)