‹ Auzias March et ses prédécesseursChapitre 118 sur 302 · ÉLOGE DE THÉRÈSE · texte numérisé non relu

ÉLOGE DE THÉRÈSE

La vision de l’homme stupide n’est pas assez obscurcie qu'il ne juge votre corps pour noble.

Il ne le connaît pas comme celui qui est subtil, Oui, il en sait le teint, mais non la trame.

Tout ce qui appartient au corps, sans participer de l’esprit, l’homme grossier le connaît bien. Votre teint et votre taille, il peut bien les percevoir, mais déjà pour le maintien, il ne pourra en bien parler.

Tous nous sommes grossiers en ce qui concerne le pouvoir d’expliquer ce que mérite un honnête et beau corps.

Des jeunes gens nobles, bons savants, l’ont requis, et, affamés, il leur a fallu jeûner.

Votre intelligence fait ce qu’un autre ne peut pas, car elle sait gouverner la multitude des subtilités. En vous s’endort la paresse à accomplir toute espèce de bien. Si vous n'êtes point vierge,c’est que Dieu a voulu qu'il sorte de vous une caste.

À peine a-t-elle suffi pour vous la bonne pâte que Dieu garda afin d’en faire des femmes singulières. Il en a fait assez de très sages et très bonnes, mais la perfection dame Thérèse l’expérimente. Elle a en soi si grande connaissance qu’il n’y a rien qu’elle ne connaisse entièrement. Sa beauté aveugle l’homme qui la prie ; aux entendeurs son entendement sert de pâture.

Les Vénitiens ne gouvernent pas aussi pacifiquement que votre intelligence ne gouverne les subtilités (car l’entendre vous nourrit) et le mouvement impeccable de votre beau corps. Tout homme instruit éprouve un si grand plaisir et est si occupé à vous entendre que le désir corporel ne peut s'étendre jusqu'au vilain vouloir, mais reste comme mort.

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