‹ Auzias March et ses prédécesseursChapitre 123 sur 302 · LXII · texte numérisé non relu

LXII

Peu importe d’ailleurs que sa dame soit mariée et qu’elle ait des enfants, comme l'avoue Auzias March. N'est-il pas convaincu, avec tous les poètes de l’époque et sans qu'il ait besoin de le dire, que le véritable amour ne se rencontre qu’en dehors du mariage ?

S1 nous ajoutons à ces compliments les épithètes banales de « noble » (1) et « bonne » (2) dont il gratifie parfois sa belle, nous connaîtrons, dans ce qu'il a d’essentiel, l'éloge qu'il en fait. Mais ses mérites lui paraissent tels qu'il la considère comme un Dieu terrestre et qu'il va même jusqu'à l’adorer, au risque d’être accusé d'idolâtrie :

À vos ador, sin m'en repreneu.

Dexau a mi carrech de consciença.

En tant estrem es ma gran benvolença

que vos confés per un terrenal Deu (3).

La perfection de l’objet aimé soutient pour ainsi dire et justifie celle de l’amant. Plus une femme l'emporte sur les autres par sa beauté physique et morale, plus elle rend meilleur celui qui la contemple. L’attrait qu’exerce son esprit, par l'intermédiaire du corps, sur l'esprit de l’amant, fait que ce dernier aspire

à s'identifier à elle.

Per molt amar en altre mi tresport,

si qu’esser pens tot la person’aquella.… (LIV, 21-22).

Lo pensament dels amadors cogita si que un cors fa dels dos qui molt s’amen.

Los esperits dins en aquells se clamen com u’n lo cors de l’altre no habita..

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