‹ Auzias March et ses prédécesseursChapitre 150 sur 302 · SES MALÉDICTIONS · texte numérisé non relu

SES MALÉDICTIONS

— Maldich lo temps que fuy menys de consell, dones amant més que a mi mateix.….

— Amor me fon tostemps descominal per yo amar per bon desig e bell.

Dona del mén no vol cor ne cervell (1) :

Hon serà, hon, la que no s troba tal ?

(CXXII bis, 25-28).

40 Contre le monde, qui va de mal en pis, et dont il veut dénoncer les vices (XLI), s’attaquant surtout à l'amour vénal, dans la pièce Vos qui sabeu de la tortra l costum et dans maints

autres passages aussi caractéristiques :

Si fossem nats vos e yo ‘ntre ls antichs, lay quant amor amant se conqueria, sens praticar alguna maestria.…

Axis conquer en aquest temps aymia :

Cobles e lays, dances e bon saber lo dret d’amor no poden conquerer... (2) (VIII, 5-7).

Désespérant enfin de triompher des injustices d'Amour, de l’inconstance de la femme et de la bassesse de son siècle, il ne lui reste plus qu'à mourir, et mille fois (3) il déclare solennellement que sa dernière heure a sonné, comme l'avaient fait déjà avant lui tant de troubadours découragés, eux aussi, de poursuivre un idéal inaccessible ou d'aimer une princesse trop

lointaine.

(1) Cf. LXXI, 101 :

Lur cap no val perquè no y ha cervell.

(2) CÉ. Gurraur DE BoRrNEL« :

leu vi qu'om prezava chansos

E que plasia tresc'’e lays,

Mas eras vei, pus que hom s’estrays

De solatz ni de fagz gensors..

(Rayn., Lex. I, 380).

Voir aussi une strophe de Bertran Albaric citée par P. Meyer, Bib. de l’Ec. des Chartes, XXX, 655.

(3) VII, 40 ; XIII, 44 ; XXI, 43-44, etc.

dAG CcHAP. III. — AUZIAS MARCH ET LES TROUBADOURS

D'autres fois il renonce à l'amour des femmes pour celui de la Vierge Marie (1) ou implore sa « merci» (2) afin de faire cesser en lui le mal qui le torture.

Mais l'amour est aussi Joie. C’est une « douleur délitable » (XIX, 6; XCVIII, 59). À ses maux se mêle quelque plaisir. Il y tient même tant de place qu'il préfère sa « tristesse » et sa « langueur » à toute autre satisfaction (XXXIX, 25-28). Après l’'énumération des peines amoureuses, voici les biens qui aident à les supporter, la paix après la guerre, la vérité après « l'erreur » (LX, 4) (3).

Par l’exaltation qu'il produit dans notre vie affective, l’amour est le principe des plus nobles vertus.

Plena de seny. vullau vos acordar com per amor venen grans sentiments...

s'écrie Auzias March, et 1l reprend à son tour cette théorie du pouvoir ennoblissant de l'amour dont Sordel et Montanhagol

(1) Per sa bondat, prech la Verge Maria qu’en son servir cambie mon voler, mostrant-me clar com han perdut carrer los qu’en amor de les dones han via.

Cf. Cicaza :

Gloriosa sainta Maria, eus prec e’us clam merce que’us plaia lo chanz que mos cors vos presenta ; e s’anc iorn chanteï de follia ni fis coblas d’amor savaia, ar vueill virar tota m'’ententa e chantar de vostr’ amor fina, qu'autr’ amors no vueill que’m vensa.….

(Appez, Prov. inedita, 184).

Même opposition entre l'amour inconstant, passager, et le culte de la Vierge dans un « chant royal en l’honneur de Marie » (P. Heyse, Romanische inedita, 1856, p. 165).

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