LES JOIES DE L'AMOUR
nous offrent l'expression poétique la plus nette (1), mais qui a des origines bien plus lointaines. Avec eux et leurs successeurs, il reconnaît qu'il s'opère chez les amoureux de telles transformations que le sot devient savant et l’avare libéral :
Amor ha fet dels seus bons servidors, del pech sabent (2) e franch del pus escas.… (L, 23-24).
C'est qu'il y a au fond de cet amour la recherche consciente d’un idéal suprême d'intelligence et de bonté qui prend chez Auzias March, comme chez ses prédécesseurs, un caractère religieux. [1 nous donne un avant-voût des joies qui nous attendent au Paradis. Aussi sa dame est-elle pour lui, comme nous l'avons vu, l’objet d’un véritable culte. C’est un Dieu dont la contemplation est la source du bonheur :
Vos, Dona, sou mon Deu e mon delit.
Mais ces effets bienfaisants ne proviennent pas de toute espèce d'amour. Le « gai savoir », cette science dont la possession confère la vraie félicité, a appris à notre poète que, si Amour dispose de trois flèches pour atteindre les hommes (3),
(1) J. Coucer, Le troub. Guilhem Montanhagol, p.49 ss. C£. AnGrane, G, Riquier, p. 252.
(2) N’Ar pe Mons :
Sapchon li fin ayman Que per amor si fan
Elh pec saben e cert.
Elh cobe franc de cor...
(Brev. d’am., II, 433-434).
{3) Los colps d’Amor sôn per tres calitats e veure s pot en les flexes que für, perque ls ferits sôn forçats de sentir dolor del colp segons seran plagats.
D'or e de plomb aquestes flexes sôn e d’un metall que s’anomen’ argent.