‹ Auzias March et ses prédécesseursChapitre 19 sur 302 · RÉPARTITION DE GANDIE, PERE MARCH I · texte numérisé non relu

RÉPARTITION DE GANDIE, PERE MARCH I

qu'on ignorait généralement les liens étroits qui unissaient Auzias March et ses ascendants à la ville de Gandie.

Les registres des Repartimientos ne nous indiquent expressément ni d'où venait cet homme à qui le Roi concédait ainsi une part des terres reconquises, ni quelle était sa condition.

Mais nous pouvons, en les examinant attentivement, en tirer quelques conclusions tout au moins indirectes sur l’un et l’autre point.

Ces listes de répartition signalent d'ordinaire la provenance des donataires, mais, chose curieuse et qu’on n’a pas relevée à notre connaissance, on n'y trouve qu'assez rarement la mention de Barcelone. Or, comme il y avait assurément dans l’armée de Jacme le Conquérant, et, parmi les pobladores des pays nouvellement acquis, bon nombre de Barcelonais, on peut en induire que tous ceux dont le lieu d’origine n’est pas mentionné, ou tout au moins la plupart, étaient originaires de la capitale de la Catalogne.

Mais il n’y a là, hâtons-nous de le dire, qu'une simple présomption en faveur de notre hypothèse et nous serions condamné à ne rien affirmer de précis sur la patrie du premier Pere March, si un document, un peu postérieur au Reparttmiento de 1249, n’était venu nous apporter des lumières nouvelles. Elles émanent d’un acte notarié du 28 juillet 1260 par lequel les ambassadeurs de Manfred, roi de Sicile, s’engagèrent à obtenir de leur maître le consentement au mariage de sa fille Constance avec l’infant Pierre d'Aragon. Cette pièce offre cette particularité, intéressante pour nous, qu'elle a été écrite dans le palais même du roi Jacme, père du fiancé, et scellée par les soins d'un notaire publie de Barcelone désigné sous le nom de Petri Marci, c'est-à-dire Pere March (1).

ployée par un éditeur du xvi® siècle (voir l’Introd. à notre édit. erit., p. 56) a contribué aussi à mettre les biographes sur une fausse piste.

Un homonyme et presque certainement un des parents de notre Pere March, Berenguer March, de Tarragone, est appelé March dans la répartition de Majorque (p. 32) et Marchi dans celle de Corbera (p. 387). Ce prénom de Berenguer reparaîtra, à plusieurs reprises, dans l’histoire de la famille.

Il n’en est pas de même de Ramon March, dont parle la Chronique de Jaome Ier (éd. Aguilé, p. 480, 514, $$ 491-492, 536).

(1) On lit, en effet, à la fin de ce document publié par P. be Boraruzz (Coleccion de Doc. inéd. del Arch. de Aragôn, NI, 151) : Signum Petri Marci notaris

.publici Barchinone qui hoc scripsit et clausit die et anno predicto.

16 cHAP. II. — ORIGINES PATERNELLES D'AUZIAS MARCH

Nous n’hésitons pas à identifier cet officier ministériel qui, en 1260, instrumentait à la Cour avec le personnage auquel le Roi avait attribué, onze années auparavant, une partie de la plus belle région du royaume de Valence.

Il est à remarquer d’ailleurs que tous ceux auxquels des terres avaient été concédées n'étaient pas tenus d'y résider. Des femmes (1), des ecclésiastiques, voire même des enfants, avaient reçu des lots qu'ils étaient incapables de faire valoir par eux-mêmes. [ls les affermèrent à des colons venus du dehors ou même aux musulmans restés dans le pays et se contentèrent d'en percevoir les revenus.

Rien ne s'oppose, par conséquent, à ce qu'un notaire de Barcelone ait pu, sans abandonner sa charge, devenir propriétaire à Gandie et participer aux générosités d’un monarque qui avait déjà, sans doute, fait appel à ses services.

C’est ainsi qu'il semble possible de résoudre, à l’aide de textes officiels, la question si souvent débattue de l’origine de la famille March. L’Aragon, la Catalogne et Valence revendiquaient la gloire d’avoir donné le jour à son plus ancien représentant. La Catalogne nous paraît avoir plus de titres à l'emporter dans cette lutte plusieurs fois séculaire, aussi honorable pour les provinces rivales que pour la mémoire des hommes de talent qui en étaient l’objet.

S'il est probable que le fondateur de la lignée des Marchs, le quadrisaïeul de notre Auzias, était barcelonais, il est plus incontestable encore qu'il fut un citoyen sans éclat, un tabellion digne de la confiance royale, mais qui ne fit nulle action méritoire ni périlleuse. Les Repartimientos ne le rangent ni parmi les nobles proprement dits, ni même parmi les chevaliers. Ce fut un de ces bourgeois qui composaient la haute classe, la mûà major de l’estament popular. On sait que les bourgeois catalans combattirent, dans les milices des communes, à côté des troupes féodales contre les Sarrasins (2). Mais il n’est pas certain que le notaire Pere March ait pris part à ces nouvelles croisades et acquis, dès le milieu du xrr1° siècle, à défaut de la noblesse du sang, la vraie noblesse, celle que confère le mérite

(1) C’est ainsi que le roi n'oublie pas, dans ses largesses, sa maîtresse « Theresa Gil » de Vidaure (p. 187).

(2) Voir sur ce point Ch. de Tourtoulon, Jacme Ie le Conquérant, 1, 280.

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