PERE MARCH IV
hommage éclatant qui mérite d’être cité. Pere March est sans doute assez âgé ; les courtisans du nouveau Roi n’ont plus pour ce vieux serviteur le respect qui convient. Aussi Pierre IV mande-t-1l de Lérida, le 18 juin 1336, à son procureur de Catalogne et à ses officiers de Barcelone, qu'ils aient à traiter avec les plus grands égards € son cher conseiller, son familier et domestique » Pere March, qui a rendu à ses prédécesseurs et lui rend encore à lui-même de bons et loyaux services.
Il mourut vers 1338, comme le prouve le testament qu'il fit le 13 juillet 1338 par devant Pere Folqueris, notaire de Barcelone (1), mais non sans avoir obtenu une dernière faveur du Roi, qui lui aurait confirmé, le 17 mai précédent, le privilège de moyenne justice dans le domaine d’Aramprunyà (2).
De son mariage avec Dona Maria (dont nous ne connaissons que le prénom) 1l restait, croyons-nous, trois enfants mâles : Perico, Jacme et Berenguer.
Déjà nous savions, par l’article de J. Torres y Reyeté (3), que Pere March, l'acquéreur du fief d’Aramprunyà, avait eu un fils appelé aussi Pere, comme lui. Mais trois lettres de l’infant Pierre d'Aragon, conservées à la Bibliothèque de l’Académie de l'Histoire, nous fournissent, sur ce quatrième Pere March, de plus amples renseignements. Elles mentionnent, en effet, comme attaché à sa propre Cour un certain Pere March, maître des comptes {dilectus racionalis curie nostre Periconus Marchi). Dans la première, du 20 janvier 1334, adressée de Saragosse au Roi, son père, l’infant charge ce Perico March, désigné aussi plus bas sous le nom de « don Pere March », de remplir diverses missions auprès de Jacme IT, entre autres, celle de lui demander (une avance sur l’argent que les juifs de sa Seigneurie doivent lui verser, afin d’acquitter quelques dettes de nourriture et de vêtements qui lui font grande honte » (algunos deudos que devem de viandas e de veslits ; los deudos son à el muy vergonytosos).
Les deux autres, écrites en 1335, l’une de Teruel, l’autre de Daroca, accréditent certains envoyés de l'infant et sont communiquées toutes les deux : 1° Dilecto suo Petro Marci, const-
{1} A. Paz y Mézra, Rev. de Archivos, V, 369. (2) J. Torres y Reveré, loc. cit., p. 62.
(3) Loc. cit., p. 62.
liario et magistro racionalt curiæ dicti Domint Regis ; 2° Dilecto suo Pericono Marchi (Petro Marci, dans la seconde lettre), racionalt curiæ nostræ.
Ce sont là deux personnages différents. Pere March, conseiller et trésorier du roi Alphonse, nous est connu. Perico March, trésorier de l'infant Pierre d'Aragon, ne peut être que son fils. Cela résulte évidemment du diminutif du prénom traditionnel qui lui a été attribué et des fonctions identiques à celles de son père qu'il remplit à la Cour du futur Pierre IV. Le chevalier d’Aramprunyà n'a pas voulu laisser s'étendre le prénom de ses aïeux, c'eût été un crime contre le sang, et il a obtenu ensuite pour son fils aîné, dans la maison du prince, un emploi auquel le désignaient des aptitudes pour ainsi dire héréditaires.
Nous ne savons guère autre chose sur ce Perico March. Il semble qu'il ait pris part, en 1332, à défaut de son père trop âgé, aux expéditions dirigées par Ramon de Cardona contre les Génois en Sardaigne (1).
Perico March ne paraît pas avoir laissé de descendants mâles et avec lui s’est éteinte là branche aînée des Marchs. C’est ce qui résulte des documents d’'Aramprunyà (1) où nous voyons un Jacme March hériter des titres et des biens.
Il est difficile de savoir exactement quelles relations de parenté unissaient ce Pere March avec les Marchs que nous rencontrons à Valence, à peu près à la même époque. Aucun témoignage formel n’est parvenu jusqu’à nous à ce sujet. La
première mention d'un Jaeme March (2) nous est fournie par
(1) Fezrv DE La PEñ4, Anales de Cataluña, IT, 196, 201, nomme un « Pedro March » parmi les Catalans qui se firent remarquer dans cette guerre.
(M)Moc\crt., p.02:
(2) On ne peut ajouter que peu de foi aux Trobes de Jaume Febrer qui font remonter la famille de Jacme March au x siècle, Un Jaeme March aurait participé à la reconquête de Cullera et à la prise de Bivar (1245) et aurait eu pour fils Guillem March, de Gandie. Le généalogiste, auteur des Trobes, a voulu flatter un des nombreux Jaume March du xvr® siècle. — Feriu px La PEña (Anales, T1, 294) signale un Guillem March en 1017.
JACME MARCH 1! 23
le Libre de Memories de Valence. On y lit parmi les noms des magistrats municipaux élus, en 1322, Berenguer March et Jaume March, en 1324, Arnau March, en 1340 et 1345, Jaume March (1). Rien ne permet d'identifier les deux premiers de ces bourgeois avec les frères de Perico.
On sait toutefois que des rapports ont existé entre Pere March, trésorier des rois d'Aragon et un Jacme March, venu sans doute à Valence pour y remplir quelque office royal. Dans une pièce des archives d'Aragon, datée du 20 février 1334 et publiée par Rubi6 y Ors (2), Pere March reconnaît, en qualité de trésorier du roi Alphonse, qu'il est dû à Jaume March « de casa d’aquell mateix senyor » la somme de 15.000 sous de Barcelone. L'infant d'Aragon, désireux de participer aux dépenses qu'avait entraînées son mariage, les lui a donnés à titre gracieux. En foi de quoi, et sur l’ordre même du Roi, 1l lui délivre une quittance {albard) ou plutôt un mandat de paiement en bonne et due forme.
Ce Jacme March nous paraît avoir été, avec le chanoine Berenguer March, un des fils puînés du vieux trésorier. En 1341, son frère Berenguer le choisit pour exécuteur testamentaire et le qualifie de «citoyen de Valence ». Mais, le 20 février 1301, nous le retrouvons à Barcelone avec le titre de chevalier (miles) et recevant du trésorier du Roi, Bernat de Ulsinelles, le complément de la somme que Pierre IV lui avait promise, quand il n’était qu'infant, vingt-sept années auparavant(3). Paiement tardif et qui tient sans doute à ce que le Roi, parfois à court d'argent, oubliait, contrairement à une parole célèbre, les engagements pris par le dauphin.
Il est probable aussi qu’à la mort de son frère Perico, 1l a recueilli la succession des chevaliers d’Aramprunyà (4) et c'est
(1) Bib. Nat. de Paris, Esp. 147, p. 9, 10, 22, 27. — La forme Jacme a été modernisée par les compilateurs de ces annales. Parmi les quinze generosos choisis pour recevoir le roi Pierre IV en 1336 figure aussi En Marti March (p. 17). Un Francesch March est juré en 1348, justicia civil en 1353. Nous ignorons leur parenté avec les précédents.
(2) Ausias March y su época, p. 87. Il faut lire « MCCCXXX Quarto.» Cf. Ibid., p. 20, note 2.
(3) Rusré v Ons, loc. cit, p. 87.
(4) L'histoire de ee château vient d’ètre écrite par D. Francisco de Bofarull, le savant directeur des Archives de Barcelone. Elle contribuera, nous l’espérons, à éclaircir bien des points encore fort obscurs dans la transmission
de ce domaine.
à lui que l’on peut rapporter le plus vraisemblablement l’inscription gravée dans la pierre, sur le côté sud du château : Ex LANY DE LA ENQUARNACIO DE NOSTRE SENYOR MCCCLXXV FO COMENÇADA LA OBRA DEL MUR D AQUEST CASTELL PER MOSE* JacmEe Marc.
Il meurt enfin, quelque temps après, vers 1376, comme en fait foi une lettre de Pierre IV rapportée par Ribera (1), et est enterré, comme son père, dans une chapelle du couvent des Prêcheurs de Barcelone (2).
Le second frère puîné de Perico March a été, selon toute apparence, Berenguer March, chanoine de Barcelone et de Valence. Peut-être est-ce en souvenir de Berenguer March,de Tarragone, dont nous n'avons pas retrouvé de descendants, que son prénom lui fut attribué. En tout cas, il est curieux de constater que les deux Berenguer March du xrve siècle embrassèrent l’état ecclésiastique, comme 1l convenait à cette époque aux fils de fanulle dépourvus d'héritage. Docteur en droit {legum doctor), chanoine de Barcelone, il dut avoir de fréquents rapports avec cette ville qui avait été le berceau de sa famille ; mais 1l a surtout habité à Valence. En 1322, un Berenguer March fait parte, on l’a vu, du corps des jurats de cette ville, mais nous ne pensons pas que ce soit notre ecclésiastique, à qui ces fonctions étaient interdites en vertu d’une ordonnance de Jacme IT (3). Sacristain (4), puis chanoine et prévôt (prepositus), c'est-à-dire chef du chapitre de Valence, ce fut un homme très instruit et dont le souvenir dut se perpétuer dans la famille. Ses qualités de « légiste » le désignèrent aussi pour être arbitre dans un procès auquel
(1) Mil. Merc., n° 717. La lettre est du 10 mars 1376, et le roi s’y exprime ainsi : Propler magna servitia quæ Jacobus March miles quondam habitator Barchinonæ et alii de genere suo Nobis et Prædecessoribus nostris præstiterunt.
(2) A. Paz y Mérra (1. c., p. 370) rapporte cependant, d’après le testament du poète Pere March, que ce Jacme March et son père, le conseiller des rois d'Aragon, furent enterrés dans une chapelle du couvent des Prêcheurs de Barcelone.
(3) Aureum opus regalium privilegiorum civitatis et regni Valentiæ, Valence, 15145, in-fol., fol. 51 vo.
(4) C'est ce qu’indique l’ex libris : Berengarii Marchi sacriste Valentie qu’on lit dans un manuscrit de la Cathédrale de Valence que nous a montré D. Roque
Chabäs. Il contient une copie des fueros et privilèges de Jacme Ier et de ses successeurs jusqu’à Jaeme II.