PERE MARCH III
d'acheter, le 4 février 1322, au Roi, qui a besoin d'argent, le château d’Aramprunyà pour la somme de 120.000 sous (1).
Cet achat fait entrer dans la famille March, à titre de franc alleu, l'immense domaine d’Aramprunyà, avec ses dépendances et ses fiefs, ses droits réels et personnels, immobiliers et mobiliers. Le Roi ne se réservait que la haute et moyenne justice. Encore ne tarde-t-il pas à lui concéder aussi cette dernière (2).
Le nouveau seigneur d’Aramprunyà prend possession de son château et de ses terres, le 7 février suivant, avec le cérémonial accoutumé, et ses vassaux, parmi lesquels figurent Dona Blanca de Centellas, châtelaine de Sitjar, et Arnau de Vilarnau, viennent à son hommage.
Peut-être est-ce à ce moment que se place son admission dans la chevalerie. C'était, en tout cas, le terme naturel de la fortune croissante de sa famille et des multiples faveurs dont elle n'avait pas cessé d’être comblée par les rois d'Aragon (3). La notice que lui consacre Ribera, dans son histoire de l'Ordre de Muntesa, fait même soupeonner qu'il eut quelques rapports avec cette milice récemment (4) organisée par son suzerain, le roi Jacme II. Ce qui est certain, c’est que, de 1323 à 1324, il fut un des chevaliers qui combattirent en Sardaigne sous le commandement de l’infant Alphonse et tranchèrent les discussions des Pisans et des Génois à propos de cette île en s'en emparant par les armes (b). Le siège fut mis devant les places-fortes d’Iglesias et de Cagliari qui, malgré les efforts désespérés des Pisans, durent ouvrir leurs portes. La République de Pise signa, le 12 juillet 1324, un traité de paix reconnaissant au roi d'Aragon
(1) J. Torres y Reveré, Associaci Cat. d'exc. cient., III, 60.
(2) Le 18 sept. 1323.
(3) Un document des Archives de la Couronne d'Aragon (Reg. 2589, fol. 109) que D. Ramon d’Alés a bien voulu copier pour nous, prouve qu'aux kalendes de juillet 1323 le roi Jacme II, reconnaissant les services de son « cher et fidèle trésorier » Pere March, lui octroie pour lui et pour les siens, à titre perpétuel, diverses immunités. — Cette charte sera renouvelée plus tard, le 30 mars 1420, en faveur du chevalier Jacme March, huissier d’Alphonse V, et du chevalier Luis March, qui avait servi le roi Ferdinand, son père.
(4) Le 10 juin 1316. C£. Marin ne VicianA, Tercera parle de la Crénica de Valencia, Valencia, 1882, in-fol., p. 117.
(5) Lire le récit, très bref, mais lumineux, de cette expédition dans le premier livre de la Chronique de Prerre IV d’Aracox.
la suzeraineté sur la Sardaigne. Le chevalier Pere March dut faire son devoir dans cette glorieuse et meurtrière campagne, puisque l'infant, désireux de lui témoigner sa reconnaissance, lui fit donation d’une ville sarde par une lettre du 29 septembre 1324 (1).
À son avènement au trône sous le nom d’Alphonse IIT, le vainqueur de la Sardaigne ratifie, le 13 janvier 1327, l’abandon qui lui a été fait de la moyenne justice sur le territoire d’Aramprunyà (2).
Enfin, le 25 mars 1337, usant du droit de retrait féodal (fatica), qui lui avait été concédé par le roi Jacme IT (3), Pere March achète à Dona Blanca de Centellas, femme de Bernat de Calders, le fief d’Aramprunyà, en sorte que désormais la possession du château et celle du fief seront réunies dans la même personne.
Pere March semble avoir réalisé par ce dernier acte ce qui avait dû être l'ambition de sa vie. Sa famille est devenue une des plus considérables du royaume et fait maintenant partie de la noblesse catalane. Chevalier, seigneur d’Aramprunyà, possesseur de grands domaines à Gandie et en Sardaigne, il a, de plus, mérité la confiance des trois rois Jacme Il, Alphonse [IT et Pierre IV qu'il a servis en qualité de conseiller et de trésorier. Le Cérémonieux lui rend même, dès le début de son règne, dans des circonstances qu'on devine aisément, un
(1) Risera, loc. cit., p. 533, n° 715. — « Reducentes ad memoriam qualiter nuper existentibus nobis in insula Sardinie propter grata et accepta servicia per vos dilectum consiliarium nostrum Petrum Marci, thesaurarium, ete. Ex certa sciencia damus perfecta et irreparabile donacione inter vivos, vobis dicto Petro Marci et vestris et quibus veltis, perpetuo, in feudum, secundum morem Îtalie, villam vocatam Gesici sitam in curatoria de Siurgos… Datum Barchinone tercio kalendas septembris anno Domini MCCC vicesimo quarto ». (Arch. de la Cor. de Aragôn : Reg. 389, fol. 38 v°, d’après une copie de D. Ramon d’Alés).
(2) J. Torres x Reveré, loc. cit., p. 62. — le 21 février 1331, Pere March, est mêlé aux négociations entamées par le roi d'Aragon avec le roi de France: pour l’organisation d’une croisade contre les Mores de Grenade. Cf. sur ce sujet l’art. de Joaquim Miret ÿ Sans dans l’Anuari de l’Institut d’estudis catalans. ONU 20
(3) Le 21 déc. 1322 (12 kal. 1323). J. Torres y Reyer6 (l. c., p. 54-55) imprime 1332 ; mais, à cette époque, Jacme IT était mort. La correction 1323 s'impose.