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LES CONCOURS POÉTIQUES DE VALENCE

entre la femme honnête et la malhonnête, P. Johan de Masdovelles écrit encore :

Dona qui té plena de seny la testa… (Fol. 133 vo).

Mais c'est dans la poésie morale en vers libres ou rimés que se manifeste le plus leur érudition intempestive. En Dionis Guiot, notaire de Valence, étale dans un éloge du roi d’Aragon (1), ses connaissances scientifiques et littéraires. La « nature naturante » s’y rencontre avec les planètes, Cicéron, Tite Live, Végèce, etc. Mestre Ferrando Metge faisant ses débuts devant le Consistoire de Barcelone par une pièce « contre la Fortune adverse », cite lui aussi ses auteurs :

D'est’ adversans alguns duptes engruna lo gran Albert, en lo segon dels Fisichs.

Los prosseguints dels Infaels la Suna, vells filosoffs e molts dels matefisichs ffort be repren, pus ella, la qual pena es temporal, de gran be privativa, no n’ha res dit, ab tot qu’en tal fahena es Deu present e causa perfectiva.

(Canc. de Paris, B. N. Esp. 295, fol. 158).

La poésie, on le voit, n’a rien gagné à se faire plus scientifique encore qu'avec Auzias March.

Ce n’est pas, il est vrai, l'unique caractère qu'elle prend à la fin du xv® siècle. Si on continue à déplorer les trahisons, les desconexences des femmes, et à vanter les charmes de l'amour «honnête » en catalan, en espagnol et même en italien, les préférences des auteurs vont cependant à la poésie religieuse.

C’est surtout à Valence que se concentre le mouvement littéraire. Là sont organisés depuis longtemps des concours de poésie en l’honneur de la Vierge et des saints auxquels prennent part Catalans et Castillans (2). On était revenu, du vivant même d'Auzias March, aux traditions du Consistoire

(1) Cancç. de Paris, B. N. Esp. 225, fol. 124. (2) Voir dans FERRER y BIGxé, 0p. cit., la liste trop souvent grossie de ces divers poètes du xv® siècle.

de Toulouse. Un peu après sa mort, une demande adressée par le frère Pere Martinez Caux troubadours (als trobadors) de Valence » (1), nous révèle encore l'existence, dans cette ville, d’une véritable école poétique analogue à celle de Barcelone. Les poètes catalans et valenciens s'interrogent d’ailleurs les uns les autres et s'efforcent de résoudre les mêmes énigmes (en la sala de Valencia ». Roquafort, maître en théologie, un des mainteneurs de Barcelone, et Francesch Ferrer répondent à la question de Martinez.

Mais c’est en 1474 que le culte de Marie suscite un nombre considérable de concurrents. Luis Despuig, maître de Muntesa et vice-roi du royaume de Valence, promet à celui qui louera le mieux la Vierge, en n'importe quelle langue, « une pièce de drap de velours suffisante pour un jupon ». Quarante auteurs se disputent le prix : tous sont reconnus dignes, même les plus médiocres, des honneurs de l'impression dans un livre qui passe pour avoir été le premier imprimé en Espagne (2). Nous retrouvons là les vers d’'arte mayor dont Auzias March nous a offert le premier exemple en Catalogne. Les poésies castillanes y voisinent avec les catalanes. C’est, comme l’a dit Ticknor (3), une (preuve positive que le castillan commençait à être connu et cultivé sur les bords de la Méditerranée ». En 1482 et 1487, les poètes sont encore invités à louer l’'Immacylée Conception, en 1488, saint Christophe. Notons seulement la variété des Joyas de 1487, au nombre de quatre : une fleur (racine de Jessé), un rubis, une carte de navigation et une caisse de massepain. On habillait le gagnant en 1474, on le nourrit quelques années plus tard. Toutes ces œuvres sont construites sur le même type et répètent mêmes idées et mêmes expressions.

On y sent partout la froideur, la monotonie, aucun art, mais beaucoup d'artifice, En se mettant ainsi uniquement au service de la religion, sous la direction du bon abbé Mossèn Bernat Fenollar, un disciple pourtant d'Auzias March, qui avait organisé le certämen de 1474, la poésie catalane se condamnait elle-même à une irrémédiable déchéance.

(1) Voir l’Introduction à not. éd. ecrit. p--.38. (2) Voir Les Trobes en lahors de la Verge Maria, publ. par Fr. Marti Grajales. (3) Hist. de la litt. espagnole (trad. Magnabal), I, 307.

ROMEU LULL : 401

C'est aussi l'impression que laisse la lecture du Jardinet d’'orats. Le titre même de « jardinet de fous » indique suffisamment qu'en 1486, à l’époque où fut composé ce recueil, les solennités poétiques importées de Toulouse n'étaient plus prises au sérieux. On raillait les plaisirs innocents que goûtaient les poètes dans les jardins fleuris, dans les « delitables orts » vantés par Auzias March.

Romeu Lull (+ 1484) est le principal de ces derniers troubadours de la Catalogne. Poète facile, il subit, lui aussi, plus encore que Pere Torroella, l’ascendant d’Auzias March. Il suffit de lire les premiers vers de ses chansons d'amour pour se convaincre immédiatement que son admiration pour lui est allée jusqu’à l’imitation.

Fantasiant Amor a mi descobre...

— Sin algun temps me clami sens rah6..

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