PERE MARCH V PÈRE D'AUZIAS
et qu'elle a été enterrée, en 1400, dans le couvent des Prêécheurs de Valence (1).
Le second fils du vieux Jacme March de Valence fut Pere March. C’est le cinquième du nom et prénom. Avec lui se renoue la chaîne des Pere, et il contribue, comme son frère, à rehausser le nom familial du prestige de la poésie. Nous ne connaissons pas la date de sa naissance, mais elle peut être fixée, avec assez de vraisemblance, aux environs de 1338, quelques années après celle de son frère. Jacme avait obtenu, par droit d’aînesse, le fief d’Aramprunyà ; à Pere échurent les possessions que la famille avait à Valence et à Gandie, et surtout la seigneurie de Beniarjé et de Pardines, acquise à une époque inconnue, mais dont l’origine première est, sans aucun doute, la concession de Jacme Ier le Conquérant.
Pere n’a pas écrit, comme son frère Jacme, le récit de son admission dans la Chevalerie, mais 1l a exposé, dans un poème intitulé par M. P. Meyer, le Harnois du Chevalier (2), les significations symboliques des anciennes armures des chevaliers. C’est un code du parfait chevalier où chaque pièce de l’armement représente une des vertus qu'il doit acquérir. Il est adressé à un très haut seigneur {mout aut senyor) que l’auteur ne nomme pas, mais qu'il désigne clairement en disant qu’ «il est tenu de le servir» {ceuy so tengutservir). Nous savons (3) que, pendant plus de quarante ans, il fut attaché à la maison d’Al phonse, marquis de Villena, comte de Ribagorça et de Denia,
& (1) J. P. Fusrer, Bibl. val., Valencia, 1827, I, 12. — À Paz y Mécra (l.c., p. 370), fait de cette Guillemona la mère et non la femme du poète. Mais on s’explique mal comment Pere March, fils de dona Constança (p.369), a pu avoir pour mère une Desplugues (p.370). Nous ne connaissons par Fuster que Guillemona Desplugues, qui a dû être la femme du second Jaeme March et non du premier.
(2) Romania, XX, 579.
(3) Rev. de bibliog. cat., I, 139.
32 cHAP. 111. — ORIGINES PATERNELLES D'A. MARCH (SUITE)
qui prit aussi plus tard le titre de due de Gandie (1). I fut « son procureur général pour toutes ses villes, châteaux, lieux et seioneuries ». Il n’est pas douteux que c’est à ce haut personnage, amateur et protecteur des lettres, qu'il « préseñte » son harnois allégorique. Tandis que Jacme, son frère, vécut à côté de Pierre IV, Pere eut le cousin du Roi, Alphonse de Gandie, pour seigneur et pour maître.
C’est en sa compagnie qu'il dut faire ses premières armes, puisqu'il le «suivit », comme le déclare le fils même du marquis, dans « tous ses vaillants et belliqueux exploits » {en lots sos strenuus e bellicosos feyts). La Chronique de Pierre IV le Cérémonieux cite, en effet, le marquis Alphonse, sous le nom de comte de Denia, parmi les barons qui prirent une part importante à la guerre de l’Aragon contre Pierre le Cruel, roi de Castille, de 1356 à 1365. Les barons, nobles, chevaliers et « généreux » du royaume de Valence y furent aussi largement représentés. On sait enfin qu'Henri de Transtamare, frère bâtard du roi de Castille, vint grossir, avec ses partisans, l’armée du roi d'Aragon. Ce dernier triompha d'abord sur mer, mais toutes les places qu'assiégea ensuite le roi de Castille, Alicante, Elche, Denia, etc., se soumirent à lui, et il vint, après une suite de succès, camper sous les murs de Valence. Pierre IV se porta alors à sa rencontre par Tortose et le bord de la mer, et le roi de Casülle fut contraint de se replier en hâte sur Murvedre, qui lui ouvrit ses portes. Cette ville se rendit à son tour à l’armée catalane, après un siège de quelques mois, auquel, comme nous l'avons vu, Jacme March assista en personne et où devait aussi se trouver Pere March avec son maître.
L'année suivante, grâce au concours du roi d'Aragon et surtout des grandes compagnies, à la tête desquelles était Bertrand Duguesclin, lillustre condottière breton, le comte de Transtamare s'empare du trône de Castille. Pierre le Cruel se réfugie en Galice, et, de là, écrit au roi de Navarre et au Prince de Galles pour obtenir leur appui. Pierre de Castille et le Prince Noir passent les Pyrénées en février 1367. Henri de Transta-
(1) Le 13 avril 1399. Voir Vicrana, Crénica de Valencia, II, 1881, p. 27. La concession du château de Bayrent et de la ville de Gandie par le roi Jaeme II
à son fils'aîné, Pierre, comte de Ribagorça, date du 6 juin 1323. Cf. El Archivo, IV71828: