PERE MARCH. ET LE MARQUIS DE VILLENA
mare s'avance à leur rencontre. Les deux armées se trouvent en présence, le 3 avril 1367, près de Najera. « E no passà molt temps, dit Pierre IV d'Aragon dans sa Chronique (1), quels dits rey Pere e 1 princep de Gales, ab les dites lurs companyes, entraren per Castella, e combaterense ab lo dit rey don Enrich, qui fo vençut e desbaratat en lo camp de Nagera, e fugi e passà s'en a les parts de Ffrança, en la qual batalla foren preses molts, axi de gents de nostra naci6 com de gents de Castella, entre ls quals fonch lo comte de Denia, e lo maestre de Calatrava, e mossèn Bertran de Claqui,e molts de sa companya, e d’altres. » Avec le comte de Denia fut aussi fait prisonnier notre Pere March. Sérieusement blessé, 1l ne dut d’avoir la vie sauve qu’à ce qu il était en état de payer une riche rançon (2).
Après cette expédition, qui avait failli lui coûter la vie, Pere March rentre à Valence ou plutôt à Gandie. Il est désigné, en effet, dans la plupart des documents, par l'expression d’habitator ville Grandie, et nous savons qu'il y avait une maison particulière, en dehors même du palais ducal auquel il est attaché, vers 1370, en qualité de procureur et de chevalier de la maison du marquis de Villena, cavaller de casa del dit senyor marquès. Mais il devait résider aussi de temps en temps à Valence où il avait de multiples intérêts.
Suivant l'exemple de son frère aîné, il cultive la poésie. C’est le passe-temps le plus digne d’un gentilhomme.
Dès 1374, pendant un séjour à Valence de l’infant Jean d'Aragon, il est en relations littéraires avec lui et lui dédie un strventés, probablement celui qui commence par Tots grans senyors qui bé vol avenir (3). Sur le ton sentencieux et dogmatique, qui lui est propre, 1l lui enseigne les devoirs incombant à un grand seigneur tel que lui. Le fils aîné du roi Pierre lui répond, et, tout heureux de montrer à son père qu'il a pour l’art des vers le même goût que lui, 1l lui envoie à Barcelone la copie du strventés avec sa réponse et quelques autres pièces. [Il communique ensuite toutes ces œuvres au poète Bernat de 56 en l'invitant à en composer d’autres à son tour et sur le même style, et, par
(1) Cronica del rey En Pere IV, VI, d’après le manuscrit G. 35, fol. CIIT vo, de la bibliothèque de l’Académie de l'Histoire, à Madrid.
(2) Rev. de bibliog. cat., L. c., p. 140.
(3) Basezca, Canc. cat. de Zaragoza, p. 53, 381.
Am. PAGES. — Auzias March.
34 cHAP. 111. — ORIGINES PATERNELLES D A. MARCH (SUITE)
une curiosité bien naturelle, même chez un prince qui fait ses débuts littéraires, il charge spécialement le protonotaire de sa mère, de lui faire connaître les appréciations formulées, à la Cour, par le Roi, la Reine et les autres personnages qui lront ses premiers vers (1).
Les rapports de Pere March avec la Cour de Barcelone furent assez fréquents. En 1378, suivant Zurita (2), il remplit auprès du Roi une mission assez délicate. Le marquis de Villena prétend avoir des droits au trône de Sicile laissé vacant par la mort de Frédéric IT et de Constance, et il demande au Roi, par l'intermédiaire de son procureur, l'autorisation de les faire valoir. Mais le Roi lui-même aspire à la couronne de Sicile, sinon pour lui-même, du moins pour un de ses fils, et 1l répond catégoriquement à l’envoyé du marquis que les titres des infants sont supérieurs aux siens.
A la mort de son frère Jacme, seigneur d’Aramprunyà, cette propriété dut lui échoir, mais nous ne savons à quelle date. C’est ce qu'on peut induire de ce que, comme nous le verrons, un de ses fils, nommé Jacme March comme son oncle, fut seigneur d’Aramprunyà et hérita d'Auzias March au même titre qu'un autre de ses enfants, Francesch, citoyen de Barcelone.
De son premier mariage 1l eut trois enfants (3) : Jacme et Francesch, que nous venons de mentionner. Il faut, sans doute, y ajouter Johan (4), chevalier, qui épousa Yolanda de Vilarig
(1) A. Rugsré y Liucou, op. cit., 252-254.
(2) Anales de Aragôn, t. IL, lib. X, c. xxx, fol. 372 v0-373.
(3) La tradition familiale, à laquelle nous avons fait allusion, nous porte à croire qu'il avait eu, de son premier lit, un premier fils mort en bas-âge et prénommé Pere comme lui.
(4) Paz y Mélia en fait un fils de Pere March et de sa seconde femme. Mais, si ce renseignement était exact, il en résulterait que Johan March aurait eu à sa mort 18 ans au plus. C’est peu pour un chevalier, père de quatre enfants ! La date de sa mort résulte cependant, avec la plus entière certitude, des protocoles de Ramon Agualada (Archivo de Osuna, Gandia, n° 1122) où on lit, à la date du 23 avril 1406 : « Noverint universi quod ego Petrus March, miles, dominus loci de Beniarjo, habitator ville Gandie, tutor per curiam dicte ville Gandie, damus et assignamus filiis et heredibus venerabilis Johannis March, militis, filii mei quondam, ut constat de dicta tutela, per instrumentum publicum actum in curia dicte ville, receptum per diseretum Bernardum de Garrigas, auctoritate regia notarium publicum tunehque scribam dicte Curie, XVI2 die Aprilis anno a nativitate Domini M° CCC® XC2 octavo, ut de ipso notario subscripto plene constitit. »