ORIGINES
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CARACTÈRE DES MARCHS 53
Avec la richesse augmentent les loisirs. À la Cour du Roi ou dans l’entourage des ducs, les savants et les poètes se donnent rendez-vous. On devise d'armes et d’amour au son de la musique des jongleurs. Le monarque lui-même et ses plus hauts barons se piquent d'écrire dans la langue « la plus avenante et la plus fine », suivant Ramon Vidal de Besalü, en « limousin », ou plutôt en provençal.
Elevés dans un tel milieu, les Marchs inclinent naturellement vers les belles-lettres. Ils croient que le goût des études littéraires est compatible avec la valeur militaire, et ils diraient volontiers avec le marquis de Santillana : « La sçiençia non embota el fierro de la lança, nin façe floxa el espada en la mano del cavallero (1). »
Tous reçoivent d’ailleurs une éducation foncièrement religieuse. Mais les cadets, qui ne peuvent aspirer ni aux titres ni aux dignités, se consacrent plus particulièrement à l’étude de la théologie en entrant dans le clergé ou à la défense de la religion et de la civilisation en s’affihant aux ordres militaires. Aussi la poésie ne sera-t-elle point pour eux un simple délassement, n1 une pure distraction, mais surtout un instrument de propagande morale ou religieuse.
Issu d'une famille de chevaliers, comptant parmi ses parents collatéraux des ecclésiastiques ou des guerriers soumis à une discipline monacale,fils, neveu et cousin de poètes soucieux dè moralisation, Auzias March ne pouvait que difficilement se soustraire à toutes ces influences, et 1l serait étrange que de tels exemples et une hérédité aussi multiple n'aient pas laissé quelques vestiges dans l'esprit et dans l’œuvre d’un crivain, en qui toutes les forces vives de la race devaient
é s'épanouir comme dans son dernier rameau.
(1) Obras del Marqués, p. 24.