LA SEIGNEURIE DE BENIARJO
Pierre d'Aragon, remit en liberté tous les chrétiens qu’il retenait captifs (1).
Digne fils de Pere March, l’ancien combattant de Najera, tel nous apparaît, dans ces expéditions de la Sardaigne, de la Corse et de Kerkenah, le futur poète Auzias March. Ses services militaires ne méritent peut-être pas l’épithète de « valiente capitän » décernée par Feliu de la Peña (2), ni la comparaison avec le dieu Mars que lui consacre, avec une emphase toute castillane, le poète Gil Polo (3) : mais il a été un soldat courageux, un strenuu et valerés cavaller, comme l’ont appelé, avec plus de simplicité et aussi de vérité, quelques-uns de ses premiers éditeurs.
De cette vie des camps, de la guerre et de ses diverses péripéties, il gardera un souvenir fidèle et leur empruntéra plus tard quelques-unes de ses plus vivantes images (4).
Dès le 20 avril 1425, le roi d'Aragon rend hommage à sa valeur, et un de ses anciens chefs immédiats, le comte Frédéric de Luna, signe, avec son souverain, deux des trois chartes qui lui sont octroyées à cette date (5). Si le Roi intervient ainsi dans les affaires du duché de Gandie, c’est que le due Alphonse, son oncle, est mort, le 31 août 1422, sans héritiers légitimes. En qualité de suzerain, 1l décide de donner à son frère, l’infant Don Juan, le duché de Gandie, ainsi que les comtés de Ribagorça et de Denia qui relèvent de lui. Mais le désaccord qui existe entre Don Juan et Don Enrique de Villena, retarde cette concession (6), et c’est pendant que, le duché de Gandie ayant fait retour à la couronne, le Roi en exerce toutes les prérogatives, qu'il est amené à récompenser son vassal indirect, le nouveau seigneur de Beniarj6.
Par la première charte il confirme en sa faveur le privilège de juridiction civile et criminelle sur Beniarj6, Pardines et Verniça, que le duc de Gandie avait accordé à Pere March, son père.
1) Mas Larrie, op. cüt., I, p. 311.
(2) Anales de Catal., TIT, 27.
(3) Dans son Canto de Turia (Diana Enamorada, III, p. 153).
(4) Voyez, notamment, X, 16, 29-32 ; XVII, 49 ; XLV, 185-188 ; LXXI, 33 ; XONIIT, 25:
(5) Rev. de bibliog. cat., T, 139-153.
(6) Zurrra, An. de Aragôn, IIL, Liv. XIII, fol. 160, col. 4. Cf. E. CorarELo v Mori, Don Enrique de Villena, p. 88, note.
70 cHAP. IV. — ENFANCE ET JEUNESSE D'AUZIAS MARCH
Dans la seconde, Alphonse V lui renouvelle, en raison des nombreux services rendus et de ceux qu'il ne cesse encore de lui rendre, le droit de prélever la dîme du trézaim sur le territoire de Beniarjo et ses dépendances. Le titre de ce privilège que les Marchs possédaient de temps immémorial, avait été brûlé à Gandie, lors de la guerre contre le roi de Castille, probablement en 1364.
Enfin, le Roi lui témoigne encore sa reconnaissance, dans une troisième charte, en lui attribuant à perpétuité la haute justice, celle qui donne à son possesseur le pouvoir de dresser des fourches et un carcan {furcas et costellum), de pendre, de fustiger, de mettre à la torture et de flageller sans appel. C'est le droit de souveraineté qui est ainsi assuré à Auzias March avec toutes ses conséquences, merum el mixltum 1mperium.
Des services d’une autre nature que ceux qui lui ont valu tous ces titres ne tardent pas à lui être demandés. A Valence (1), dans l'orta et près de l’Albufera où le gibier abonde, Alphonse V a fait installer, probablement depuis qu'il administre lui-même le duché de Gandie et le comté de Denia, un office de vénerie et de fauconnerie où il élève des chiens et des faucons, autant pour se livrer lui-même aux plaisirs de la chasse que pour faire de riches présents aux princes et à d’autres personnages importants. On trouve trace des comptes de cet office dès 1425 (2). Mais, en 1426, Auzias March est placé à sa tête,
(1) Auzias semble avoir habité Valence à cette époque. Il est qualifié d’habitador de Valencia dans le « Compte de Frances Çarçola, tesorer » ad ann. 1426, fol. 79 vo, (Arch. general del reyno de Valencia, Mestre racional) — et les dépenses qu'il fait pour ses faucons lui sont remboursées à Valence (7bid. ad ann. 1427, fol. 79 v° et 89). Mais üil n’y est pas définitivement établi, et voilà pourquoi d’autres documents que nous verrons le signalent comme habitant encore Gandie.
(2) Valence, Arch. general del reyno. Mestre Racional. Cuentas generales. de 1425.