‹ Auzias March et ses prédécesseursChapitre 55 sur 302 · SES CAMPAGNES. LA REINE MARIE · texte numérisé non relu

SES CAMPAGNES. LA REINE MARIE

puis, le 21 octobre, devant Bonifacio (1). Cette place-forte se défend avec vigueur, mais l’ardeur des assiégeants, parmi lesquels se distingue notre chevalier, est telle qu’elle est prête à se rendre, lorsque les galères génoises viennent à son secours. Une terrible bataille s'engage entre la flotte des Catalans et celle des Génois : elle dure du lever au coucher du soleil et se termine par la défaite d’Alphonse d'Aragon et l'introduction dans la place de vivres et de renforts.

Le Roi, fatigué de ce long siège, se décide à abandonner la Corse aux Génois. Son ambition est d’ailleurs plus vaste : elle vise les Etats de l'Italie du Sud. Depuis longtemps appelé par La reine Jeanne de Naples, il part, dès les premiers jours de février 1421, pour la Sicile (2), avec la plus grande partie de sa flotte, tandis qu'Auzias March retourne sans doute à Gandie, heureux et fier d’avoir servi courageusement (viriliter) son suzerain, comme le reconnaîtra, dans un acte publre, le Roi luimême, quelques années plus tard.

À cette époque deviennent plus étroites les relations qui l’unissent au Roi et à la famille royale. Le 7 février 1422, la reine Marie, qui gouverne le royaume d'Aragon pendant l’absence d’Alphonse V, lui écrit de Barcelone et le prie « affectueusement » de faire bon accueil à son secrétaire Guillem Berenguer Çabrugada qu'elle envoie à Valence pour conclure le mariage de Na Vilaraguda, nièce de Mossèn Berenguer de Vilaragut. Elle charge particulièrement son secrétaire de s’entretenir avec « Auzies » March de cette union, à laquelle elle tient, nous ne savons pourquoi, au plus haut point (3).

La même année, devenu majeur, il reçoit son compte de tutelle qui accuse au profit de sa mère et tutrice, Na Elionor, un reliquat de 8.586 sous 2 denrers qu'il reconnaît lui devoir dans son récépissé (4).

La carrière militaire d'Auzias March ne devait pas se borner aux campagnes de la Sardaigne et de la Corse. En août 1424 (5),

(1) Libre de Memories, ad ann. 1420, p. 327.

(2) À. Giménez SOLER, Itinerario del Rey Don Alfonso de Aragôn, p.45, 48.

(3) Romania, XVI, 204-205.

(4) Voir plus haut, p. 57, note.

(5) V. BazaGuERr (Hist. de Cat., NT, 41, 44), place l'envoi dela flotte en 1425 et l'attaque de Kerkenah en 1427. C’est une double erreur que nous soupçonnions déjà, en 1901, dans notre article de la Revista de Bibliografia cata-

gi 3 68 CHAP. IV. — ENFANCE ET JEUNESSE D AUZIAS MARCH

comme nous l'avons vu, le roi Alphonse envoie une flotte, commandée par le comte Frédéric de Luna, au secours de son frère, Pierre, duc de Noto, gouverneur de la Sicile, menacé dans ses possessions de Naples. L'infant profite de ces renforts pour bloquer le port de Gênes et triompher de la résistance des Génois unis aux Milanais. Au retour de cette expédition victorieuse, le Roi, qui veut flatter l’orgueil des Siciliens en reconquérant leurs anciennes colonies d'Afrique, donne l'ordre à son frère d'aller s'emparer de l’île de Djerba dont les pirates infestent les côtes de la Sicile et de l'Italie. À ce moment, Auzias March rejoint, sur quelque galère valencienne, les deux chefs de l’expédition (1).

Ils se dirigent d’abord sur l’île de Djerba, mais ils en sont repoussés et font porter alors tous leurs efforts sur l’île des « Guergues », appelée encore Chergui, Querquens ou Kerkenah, à l’autre extrémité du golfe de Gabès.

Notre jeune chevalier aborde en personne l'île des Guergues et contribue, après une sanglante bataille, à la capture de 4.000 Sarrasins et Infidèles. Le Roi lui-même relève ce trait glorieux de sa vie, mais peut-être exagère-t-1l, par un sentiment d’orgueil bien naturel, le nombre des prisonniers. Les historiens de la Sicile le réduisent à 3.000. Ce qui est certain, c’est que le roi de Tunis, Abou-Farès, effrayé par la victoire de

lana, I, 137. — Capmany, dans ses Memorias histéricas sobre la marina, LU, 30 et suiv., assigne la date de 1424 au premier événement, et, la même année, a eu lieu l’expédition dans les îles Tunisiennes suivant tous les chroniqueurs italiens. Le document du 20 avril 1425, publié par la Revista de Bibliograjia catalana, 1, 151, ne fait que confirmer ces dernières indications. Le roi y signale le débarquement dans l’île des Guergues comme s’étant passé jampridem, c’est-à-dire « récemment » ou « naguère », par conséquent, vers la fin de 1424. Voir Mas Larrie, Traités de paix avec les arabes de l'Afrique septentrionale, T, 311 ; Archivio Storico Siciliano, 1892, pp. 1-27.

(1) C’est ce qu’on peut conclure de cette phrase du document cité plus haut : € Vos jampridem, cum nostro victrici galearum exercitu, inclitum infantem Petrum fratrem et Ffredericum de Aragonia consanguineum nostros carissimos sociando.…. » D'autre part, le Libre de Memories relate le fait suivant, ad ann. 142% :« Com la ciutat dona al señor Rey XII Milia florins per a anar contra la armada que los Genovesos e altres han fet contra lo señor Rey e mes fon afigit al donatiu tres milia florins en aixi que serien quinze milia florins y la galera nomenada Sent Juan. » ù

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