‹ Auzias March et ses prédécesseursChapitre 58 sur 302 · GCHAP. IV. — ENFANCE ET JEUNESSE D AUZIAS MARCH · texte numérisé non relu

GCHAP. IV. — ENFANCE ET JEUNESSE D AUZIAS MARCH

il est absent de Valence et remplacé par le sous-fauconnier Galceran Curça. Les livres de comptes ne le nomment plus, et son titre est attribué à Mossèn Hugo Dolms. Mais il n’en reste pas moins un passionné chasseur, comme il le dit lui-même dans une de ses dernières pièces :

Tot mon delit resta sols en caçar.

(CXXII bis, 13).

Il continuera même à dresser des animaux pour la chasse, mais sans doute à titre privé.

Durant les séjours que, depuis sa majorité, il a faits hors de Gandie, soit dans les îles de la Tunisie, soit à Valence, ses intérêts ont été représentés principalement par sa mère, Elionor de Ripoll. En vertu d’une procuration qu'il lui a donnée, le 1er juillet 1423, par devant le notaire Andreu Jolia, elle vend, le 23 avril 1426, à Johan Mateu, de Gandie,une rente de 33 sous 4 deniers (1). Mais d’autres mandataires spéciaux, tels que le notaire Lluch Pons et Johan Morata (2), touchent, en son absence, en 1425, et, notamment, le 3 mars 1427, diverses sommes ou règlent quelques questions htigieuses.

Parmi ces affaires, il en est une qui excite plus particulièrement notre curiosité. Le 25 juin 1427, il nomme pour procureur l'honorable Johan de Monpalau jeune. Ce damoiseau comparaît le même jour devant le Justicia de Gandie, aux lieu et place du chevalier Auzias March, pour répondre à l'accusation qui a été portée contre lui au sujet d’une certaine Leonor, fille d'En Rodrigo Alfonso, habitant de Gandie (3). De quelle nature était ce grief ? Les documents notariés n’en disent rien et se contentent de renvoyer à la Cour de Valence, devant laquelle le procès vient d’être engagé. Mais il devait offrir une réelle gravité, puisque la mère de la jeune fille, Ysabel, n’a

per fer gits, ruibarber, pindoles e aygua dindia per obs dels falcons que te del dit Senyor en l’offici dessus dit de falconer major ». (Ordinari cinquè d’en Ffrancesch Sarçola, mai 1428, fol. 153).

(1) Arch. de Osuna, Gandia, n° 1212 : Protocoles P. Belsa de 1426 et Memorial de Palma, sub finem.

(2) Valence. Col. del Patr. Protocolos, leg. n° 806 : P. Belsa, 1427.

(3) Valence, Zbid.

SON RETOUR A GANDIE 73

hésité à dénoncer au Roi la conduite de son vassal. Un instant le Roi a songé à se saisir de son fief et à exiger que les habitants de Beniarjé lui prêtassent directement l'hommage et le serment de fidélité. Mais, après avoir examiné toutes les pièces, il donne l’ordre de casser (cancellari) les actes de procédure qui ont été faits, et, par une lettre expédiée de Valence, le 8 novembre 1427 (1), mande « aux bailli, jurés et hommes » de Beniarj d’avoir à obéir, comme par le passé, à leur seigneur chevalier.

Peut-être est-ce à cet incident qu'est due la cessation des fonctions qu'il remplissait à Valence dans la maison du Roi. IT est vrai que d'importantes raisons de famille l’ont rappelé à Gandie, précisément à la même époque. Sa mère meurt dans cette ville, le 24 août 1429 (2). Il obtient peu après, le 29 août, du justicia Fr. Verdaguer, la curatelle de sa sœur Peyrona, héritière universelle des biens maternels, mais incapable de les gérer, à cause de sa surdi-mutité (3). L’inventaire en est dressé immédiatement, et, pour les garantir, une hypothèque générale est prise sur la fortune immobilière et mobilière d'Auzias March, sur ses possessions de Beniarj6, Pardines et Verniça, sur la dot et le creix que lui a laissés sa mère, ainsi que sur la somme de 25.000 sous héritée de son père (4).

Auzias March est au seuil de l'âge mûr. La mort de sa mère l’a privé d’un soutien et d’un appui sur lequel il aimait à se reposer. Sa sœur est comme une âme emmurée sur laquelle 1l veille sans qu'il puisse communiquer avéc elle. Sur les champs de bataille et dans les fonctions publiques qu'il a exercées 1l a connu les joies de l’action et aussi ses meurtrissures. La vie retirée le tente de plus en plus, ainsi que l'étude qui en sera pour lui l'accompagnement indispensable. Assagi par l'expérience, il

(1) Valence. Arch. gen. del reyno. — Communes Val. Alf. III, n° 14, fol. 70.

(2) A. Paz y Méura, L. c., 369. Elle avait testé le 9 août et demandé à être enterrée dans le cimetière de l’église de Gandie. Parmi les biens qu’elle avait laissés à sa fille figure un moulin dans le territoire d’Oliva, un héritage appelé La Canal d'En Benites et une maison à Gandie.

(3) A. Paz y Mézra, loc. cit.

(4) Memorial de Palma.

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