L' AGE MUR. LA VIE PUBLIQUE D’AUZIAS MARCH
Il semble que, vers 1430, Auzias March ait renoncé à tout espoir de prendre une part plus active dans les affaires du royaume. À Gandie d’abord, où il est revenu, puis, de 1450 jusqu'à sa mort, à Valence, 1l a été avant tout, si l’on s’en tient à nos documents, qui nous permettent presque de le suivre année par année, un administrateur attentif de ses domaines. Aucune guerre ne désole n1 la Catalogne ni Valence durant cette longue période de trente ans. C’est en Italie que les passions ardentes des chevaliers du royaume d’Aragon se donnent libre carrière, sous l'impulsion et le commandement d’Alphonse le Magnanime. Îl faut de l’or pour fournir aux dépenses de la conquête qu'il a entreprise des Etats de Naples et de la Sicile, et, sans se rebuter de son absence, ses sujets travaillent énergiquement afin d’en payer les frais.
L'ancien combattant de la Sardaigne, de la Corse et de Kerkenah se croit quitte envers le roi et laisse à d’autres la gloire de prendre part à cette expédition belliqueuse. Pour lui, s'il ne se désintéresse pas de la vie politique, il se sent cependant plus attiré vers la vie morale que favoriseront et la famille et La fortune, auxquelles il va désormais consacrer les loisirs de la paix. De là sortira l’œuvre littéraire dans laquelle 1l a mis le meilleur de lui-même.
Nous allons exposer cette seconde partie de la vie d’Auzias March, non plus dans un ordre strictement chronologique, mais à ces différents points de vue, nous attachant à dire ce que nous
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savons des fonctions publiques qu'il a encore remplies, de ses mariages et de sa famille, enfin de la gestion de ses fiefs qui ne font que s’accroître de jour en jour et dont il s'efforce de tirer le meilleur parti possible.
À Gandie, Auzias March redevient le seigneur féodal ordonnant des chevauchées avec ses écuyers, chassant, tenant un compte exact de toutes les redevances auxquelles il peut prétendre. Il met tout son zèle à exercer les prérogatives que la coutume et les privilèges royaux lui confèrent, dispensant la justice à ses vassaux ou discutant dans les Corts les affaires du royaume.
Le 6 juin 1433, le roi de Navarre, Juan d'Aragon, à qui son frère Alphonse, parti pour l'Italie, a définitivement donné le duché de Gandie et remis le gouvernement général « de tous ses royaunes et terres », lui cède, par une charte signée à Tudela (1), à titre de donation entre vifs et de franc alleu, la juridiction eriminelle, le & mère et mixte empire », sur les lieux de BemarJ6 et de Pardines. Ces droits lui sont renouvelés non pas seulement en raison des services qu'il a rendus au roi Alphonse, mais aussi pour ceux qu'il rend et continuera à rendre, le roi du moins l’espère, à son souverain. Il ajoute que quelques-uns de ses familiers et domestiques sont intervenus en sa faveur (nonnullorum familiarium et domesticorum nostrorum per humiles intercessus). Mais cette concession est subordonnée à des conditions nouvelles, à des restrictions que n'avaient pas stipulées les anciens ducs. Seuls, les Sarrasins qui, après avoir commis un crime, auront été pris sur le territoire de Beniarjé et de Pardines, seront ses Justiciables, Le roi excepte encore ses propres vassaux, à
(1) Arch. de Osuna, Gandia, 700-2,— Il résulte de documents des archives municipales de Gandie, suivant T. LioreNTE (Valencia, 11, 673, note), qu’en janvier 1439 le roi D. Juan de Navarre possédait le duché, en juillet 1441, avril 1444, mai 1449, le prince de Viane, et en mai 1452, une seconde fois, D. Juan de Navarre.