CXVII
il veut aussi qu'on se montre bienfaisant pour les pauvres (CIII, 53) : n'est-ce pas une manière de mépriser la richesse que de la répandre ?
E, lo rich hom de larguesa desert, gran suma d’or pobretat no 1 defensa. (XV, 7-8).
Le vrai but de la fortune est enfin d'assurer l'existence des générations futures, l'avenir des enfants. Aussi approuve-t-1l le riche qui, à la mort de son fils pour lequel il a amassé des biens, s’en dépouille volontairement :
Si com l’hom rich que per son fill treballa e sol per ell vol que l’haver servesca, e, quant la Mort vol que 1 fill jorns fenesca, déna sos béns e tot goig de si talla
(LVIIL, 1-4).
106 cHAP. VII. — FORTUNE D A. MARCH. PREMIÈRES POÉSIES
Auzias March a été riche, mais rien dans ses théories morales.
ne le condamnait à faire vœu de pauvreté.
IT
Nous voici au terme de cette seconde période de sa vie qui a commencé vers 1430 et dont nous venons de retracer les principaux aspects. Avec elle coïncide l’activité Httéraire d’Auzias March. À côté du chevalier, de l’homme privé et de l’administrateur apparaît le poète. Nous avons déjà entrevu les liens qui unissent étroitement ces divers personnages. Comment pourraitil en être autrement chez un auteur qui se met presque toujours. en scène ? En s’analysant lui-même, comme il le fait dans la plupart de ses œuvres, il ne saurait éviter d'exprimer, ne seraitce qu'indirectement, quelques-uns des traits dominants de son caractère, certaines idées ou émotions qui l’ont préoccupé ou agité.
Mais cette période comprend elle-même, au point de vue de la production littéraire, deux phases que nous avons déjà distinguées dans notre Etude sur la chronologie des poésies d’Auzias March. L'une va des environs de 1430 à 1445 ; l’autre de: 1445 à sa mort.
Vers 1430, il est de retour à Gandie après avoir pris part à des expéditions belliqueuses et rempli quelque temps les fonctions de grand fauconnier du roi : 1l a des loisirs nombreux. Suivant le remarquable exemple de plusieurs de ses parents, la poésie. devient un de ses passe-temps. Au surplus, à Valence, si proche de Gandie et qu'il vient d’habiter, à Barcelone, où l’appellent des relations de parenté et peut-être même ses fonctions, les belles-lettres sont en honneur. Il cède sans difficulté à l’engouement de ses prédécesseurs et de ses contemporains pour la poésie lyrique et amoureuse.
Mais les continuels soucis de la gestion de son domaine, les. charges qu'il remplit, les conflits auxquels il se heurte, l'occupent et le préoccupent encore : il compose lentement. Ce sont du reste, en partie tout au moins, des pièces de circonstance, à l'occasion de quelque incident amoureux ou de quelque fête: