LA VIEILLESSE D 'AUZIAS MARCH. SES DERNIÈRES POÉSIES
Les dernières années de la vie d’Auzias March méritent d’arrêter un instant notre attention.
A partir de 1445, ses œuvres prennent un caractère moral plus marqué. La philosophie en fait presque uniquement le fond. Cette seconde phase de son talent débute, avec la pièce XCIT, par les quelques poésies qu'il a consacrées, suivant une très ancienne tradition, à la mort de sa muller aymia, c’est-à-dire de sa dame. Mais il y flotte sans doute aussi le souvenir de sa première femme légitime prématurément emportée en 1439 et pour laquelle il a dû verser des larmes moins poétiques.
L'amour n'est plus qu'à de rares occasions le thème de ses chansons. D'autres pensées conviennent mieux à son âge. La vieillesse, avec ses infirmités, dont on suit pour ainsi dire les progrès de pièce en pièce, l'avertit de songer à la mort. Mais l’âge n’a pas entièrement amorti ses sens. Son tempérament ardent a des réveils qu'il déplore dans quelques-unes de ses dernières strophes et dont son testament nous a révélé la véritable nature.
Peut-être aussi faut-il voir dans telle ou telle de ces méditations, non pas seulement la préoccupation de son salut,mais encore l’influence des malheurs qui l’accablent à la fin de sa vie. Il perd son fils Francesch, celui qui paraît être l’unique enfant issu de sa première union régulière. De plus, sa seconde femme meurt, en 1445, sans lui avoir donné les héritiers légitimes qu'il en attendait, et il voit désormais dévolu à quelque collatéral ou même à un étranger l'héritage de ses ancêtres.